Assistant familial : "un métier essentiel en voie de disparition"

En protection de l'enfance, la pertinence de l'accueil familial fait consensus. Pourtant, les effectifs d'assistants familiaux sont en chute libre. Émanant des réseaux de l'Ufnafaam et du GEPSo, des propositions visant à renforcer l'attractivité du métier ont été publiées par la Fondation Jean Jaurès. Un levier est en particulier mis en avant : celui du soutien opérationnel à ces professionnels, qui se retrouvent isolés face à des situations souvent complexes. 

"Alors que l’accueil familial est le mode de placement le plus économique et le plus adapté aux besoins des enfants, nous assistons – sans réagir – à sa rapide disparition." Dans une note publiée le 31 mars 2026 par la Fondation Jean Jaurès, Thierry Herrant pour l'Ufnafaam (Union fédérale nationale des associations de familles d’accueil et assistants maternels) et Thomas Larrieu pour le GEPSo (Groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux) alertent sur le fait que ce "métier essentiel" est "en voie de disparition". Selon une estimation de l'Ufnafaam, entre les départs à la retraite et "la multiplication des démissions", il pourrait ne rester plus que 20.000 assistants familiaux d’ici 2028 et 15.000 d’ici 2030. 

Les effectifs ont déjà baissé de façon importante ces dernières années pour atteindre 40.000. "Cette dynamique, corrélée à la hausse d’environ 50% du nombre d’enfants accompagnés par l’ASE [aide sociale à l'enfance] depuis le début des années 2000, explique comment la part des enfants confiés à l’ASE et placés en famille d’accueil est passée de 56% en 2006 à 36% en 2023", soulignent les auteurs. Cela en dépit d'un "consensus institutionnel comme scientifique" sur le fait que "l’accueil familial, s’il remplit les conditions de sécurité et de continuité théoriquement adossées à ce type d’accueil, est la 'meilleure' forme de prise en charge en protection de l’enfance". 

Des éducateurs référents qui n'ont plus le temps de suivre les enfants et leur famille d'accueil  

Pour les auteurs, "les vocations n’ont pas disparu, mais les conditions d’exercice ne sont plus assez attractives pour qu’elles se concrétisent ensuite". Ils appellent à un sursaut qui passerait en premier lieu par une contractualisation État-département assortie de financements sur "l’avenir du métier d’assistant familial", avec des mesures planifiées à trois ou cinq ans. 

Sur le fond, l'accent est d'abord mis sur l'isolement croissant des assistants familiaux, alors même qu'ils sont "confrontés à des situations de plus en plus complexes". La principale cause identifiée est le manque d'éducateurs référents chargés de suivre l'enfant placé et la famille d'accueil, avec comme conséquence des éducateurs référents qui sont "très majoritairement" en charge de suivre simultanément 40 à 50 situations – certains assistants familiaux n'auraient donc même pas une rencontre par an. Pour que le suivi soit effectif, la proposition est donc d'"instaurer un taux d’encadrement maximum de 20 enfants confiés pour chaque éducateur". 

Autres recommandations pour soutenir les assistants familiaux : former ces derniers à "la gestion des émotions et le désamorçage des conflits" ; mettre en place dans chaque département "une astreinte éducative et une plateforme technique de support pour venir en aide aux assistantes familiales en continu si nécessaire" ; favoriser "le rattachement des assistantes familiales à un établissement et service de protection de l’enfance" ; "rendre obligatoire la participation des assistantes familiales aux réunions de synthèse concernant l’évolution et la situation de l’enfant confié" ; et enfin "valoriser financièrement les assistantes familiales selon la complexité de l’accueil concerné". 

Autoriser le cumul d'emplois, mais uniquement pour des "familles d’accueil relais"

Concernant les conditions d'exercice du métier, "de nombreuses remontées font état de conditions d’exercice radicalement différentes d’un territoire à un autre", mettent en avant les auteurs. Ces derniers appellent donc l'État à garantir davantage d'équité en définissant à l'échelle nationale une indemnité d'entretien minimale due par les départements aux assistants familiaux, cela "en prenant en considération le coût de la vie propre à chaque territoire, les différences d’âge et de situation des enfants confiés". Un "cadre statutaire unifié" doit également être créé, selon les auteurs qui préconisent d'instaurer une convention collective nationale pour harmoniser les droits des assistants familiaux.

Parmi les autres propositions formulées, on peut citer le fait de "rendre obligatoire le droit à la suppléance professionnelle". Pour que cette mesure soit réalisable, il est recommandé de "favoriser le cumul d’emplois spécifiquement à direction des familles d’accueil relais". "Bien que le cumul soit aujourd’hui rarement autorisé – et ce de façon compréhensible en raison de l’exigence, légitime, d’une disponibilité quasi permanente auprès de l’enfant accueilli –, il peut constituer un outil très pertinent pour développer l’offre de relais le week-end ou pendant les vacances", justifient les auteurs. Outre le répit offert aux assistants familiaux "permanents", cette solution aurait l'avantage de créer une "porte d'entrée progressive" vers le métier. 

 

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