Attractivité dans l'ESS : selon l'Udes, les employeurs ont bien compris que le "sens" ne suffit pas
S'ils ont peu de marges de manœuvre sur la rémunération, les employeurs de l'économie sociale et solidaire (ESS) s'efforcent d'améliorer la qualité de l'emploi et des conditions de travail dans leurs secteurs, notamment en agissant sur la démocratie interne et le parcours professionnel. C'est ce que démontre une enquête réalisée par l'institut Verian pour l'Udes.
© Udes et AR
L'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (Udes) poursuit la démarche "employeurs engagés" qu'elle avait initiée en 2021 (voir notre article). L'objectif : encourager les membres de son réseau – 44.000 entreprises via 21 syndicats d'employeurs adhérents – à améliorer la qualité de l'emploi et des conditions de travail. En effet, "si l’apport du sens au travail est l’atout distinctif de l’ESS, il est loin d’être suffisant à lui-seul et doit s'accompagner d'une politique RH proactive", peut-on lire dans une enquête conduite par l'institut Verian auprès de 767 dirigeants d'entreprises de l'ESS (dont une majorité d'associations) et présentée le 3 novembre 2026 lors d'une conférence de presse.
Résumée par le président de l'Udes David Cluzeau, l'idée est de "renforcer l'attractivité de l'ESS, de renforcer notre 'employeurabilité', en miroir de l'employabilité que nous attendons des salariés". Dans un contexte de "crise budgétaire au long cours" et de transitions, les employeurs sont ainsi "fortement engagés sur une grande diversité d'enjeux", explique celui qui dirige l'organisation professionnelle Hexopée et le syndicat d'organismes de formation Synofdes. Selon l'enquête, 93% des dirigeants déploient au moins 10 mesures d'"employeurabilité" et 54% au moins 20 mesures.
Démocratie interne et parcours professionnel : des axes "très investis"
La démocratie dans l'entreprise fait l'objet de nombreuses actions dans tout type d'entreprise de l'ESS.
Les mesures les plus répandues portent sur l'égalité hommes-femmes, la communication de la raison d'être de la structure, la consultation des salariés pour le projet stratégique et la participation des salariés à des instances (telles qu'un conseil d'administration).
Un axe également "particulièrement investi" concerne le parcours professionnel, avec souvent un travail sur l'intégration des salariés, leur formation, le recrutement de jeunes salariés et l'emploi de personnes en situation de handicap. D'autres volets jugés importants par les dirigeants interrogés sont encore peu développés : la politique de recrutement de profils seniors, l'emploi en insertion ou encore le recrutement de personnes issues de quartiers prioritaires de la politique de la ville.
La qualité de vie au travail (QVT) fait l'objet de mesures surtout dans des structures de taille importante. Selon l'enquête, cet axe peut en effet "être plus compliqué à couvrir largement eu égard notamment à la nature de certains métiers au sein de l’ESS" – la mesure la plus répandue, le télétravail, n'étant par nature pas possible pour certains métiers tels que les aides à domicile. Le "soutien à la santé mentale des salariés" fait partie des leviers considérés comme sous-exploités.
Les deux autres axes explorés dans l'enquête sont d'une part le dialogue social et les pratiques managériales et d'autre part l'impact environnemental. Ce dernier domaine est considéré par les dirigeants interrogés comme moins décisif en matière d'"attractivité employeur" et, "de fait, en dehors des politiques de gestion des déchets et d’achats responsables, les différentes mesures sont moyennement ou peu répandues".
Rémunération : "on voit les limites de l'exercice"
Quid de la rémunération, levier parmi les leviers de l'attractivité employeur ? "On travaille sur ce sujet avec toutes les limites qui sont les nôtres et qui ne dépendent pas complètement de nous", répond le président de l'Udes, qui distingue certaines entreprises notamment coopératives (pouvant avoir davantage de marges de manœuvre) d'associations dont la mission d'intérêt général est financée par l'État et/ou les collectivités territoriales. Il s'agit pour ces dernières de rappeler l'État "à ses obligations et à la nécessité d'avoir un niveau salarial absolument suffisant pour l'ensemble des salariés de nos secteurs", indique David Cluzeau. "Mais on voit les limites de l'exercice", répète-t-il, évoquant les "difficultés extrêmes" que connaissent actuellement certaines structures de l'ESS.
"Parallèlement, on maintient donc un effort assez important sur tout ce qu'on peut faire, qui semble coûter moins mais qui ne coûte pas moins", affirme le président de l'Udes. Pour ce dernier, "on doit avoir le bon niveau de rémunération de base et après on peut agir sur l'ensemble des autres sujets", y compris en termes de "partage de la valeur".