Baisse des effectifs scolaires : en 2035, l'école face à un vertige démographique
Une étude inédite du ministère de l'Éducation nationale envisage une perte de près de 1,7 million d'élèves dans les établissements scolaires français d'ici à 2035. Tous les niveaux et tous les territoires seront affectés, même si la baisse sera plus marquée à Paris, dans l'Est et dans le Nord.
© Mathilde MAZARS/REA
Une baisse des effectifs de près de 1,7 million d'élèves à l'horizon 2035 dans les établissements scolaires publics et privés sous contrat, telle est la projection de la Depp (direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l'Éducation nationale) selon une étude publiée le 7 avril 2026.
La situation n'est pas nouvelle mais elle s'aggrave. S'il y a peu de temps encore, le second degré était épargné par la chute des effectifs et si certains territoires résistaient mieux, tous les niveaux scolaires et toutes les académies sont désormais concernés, et dans des proportions telles que le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a parlé récemment à l'Assemblée nationale d'un "vertige démographique" avant d'évoquer "une vague sismique" dans un entretien publié le 8 avril par Le Parisien.
Le scénario "intermédiaire" de la Depp s'appuie sur des données démographiques sans équivoque : les naissances ont chuté de 24% entre 2010 et 2025. Chute qui s'accentue d'année en année et entraîne une diminution progressive de la taille des générations entrant dans le système éducatif.
Une baisse marquée dès la rentrée 2026
Dans le détail, c'est une baisse de 1.676.800 élèves entre aujourd'hui et 2035 que la Depp anticipe, à raison de 933.000 élèves en moins dans le premier degré et de 743.800 élèves en moins dans le second degré, soit une diminution globale de 14,2% de la population scolaire ou encore la disparition de 1 élève sur 6.
Mais il ne faudra pas attendre dix ans pour constater cette chute des effectifs. Alors que la rentrée 2025 avait déjà connu une baisse historique, avec 121.600 élèves en moins, la rentrée 2026 devrait enregistrer un recul de 160.000 élèves, dont 125.400 dans le premier degré et 36.200 dans le second degré. L'écroulement récent du nombre des naissances va même entraîner une baisse de 46.500 élèves en petite section de maternelle dès la rentrée prochaine. Seule exception à cette tendance : les effectifs des lycées professionnels vont légèrement progresser en 2026, avant de se stabiliser en 2027 puis de diminuer en 2028.
Toutes les académies touchées
Autre enseignement de la Depp : tous les territoires vont être affectés, mais dans des proportions variables. Les projections à dix ans font état d'une fonte des effectifs du premier degré de -29,3% dans l'académie de Paris, de -23% pour la Martinique, de -22,1% pour l’académie de Nancy- Metz ou encore de -20,7% dans l'académie de Lille. Pour le premier degré, les académies les moins touchées sont Mayotte (-4,5%), Versailles (-11,4%), Nice (-11,6%) et Nantes (-11,6%).
Dans le second degré, les baisses les plus importantes sont attendues dans les académies de Martinique (-21,3%), Lille (-19,6%), Poitiers (-19%), Paris (-18,4%) et Reims (-18,3%). Si les académies de Mayotte et de Guyane pourraient voir leurs effectifs continuer d’augmenter, respectivement de +6,2% et +5,3% d'ici à 2035, les pertes pourraient être limitées pour les académies de Créteil (-6,3%), Versailles (-7,4%) et Nice (-8,3%).
Des disparités au sein d'une même académie
En termes d'évolutions territoriales, l'étude propose pour la première fois une approche fine, à l'échelon départemental. Quatorze départements vont connaître une baisse du nombre d'élèves d'au moins 20% dans le premier degré. Les chutes les plus fortes à l'horizon 2035 sont attendues à Paris (-29,3%), dans la Meuse (-27,4%), en Meurthe-et-Moselle (-24,5%) et dans les Ardennes (-23,9%). À l'inverse, Mayotte (-4,5%), les Alpes-de-Haute-Provence (-5,1%) et la Haute-Savoie (-5,3%) résisteront mieux.
Dans le second degré, on retrouve les prévisions les plus sombres pour la Meuse (-25%), les Ardennes (-23,4%) et la Haute-Marne (-23,2%). L'Essonne (-4,2%) et la Seine-et-Marne (-4,4%) étant promises aux diminutions d'effectifs les plus modérées, tandis que Mayotte (+6,2%) et la Guyane (+5,3%) connaîtront même des hausses d'effectifs.
On constate par ailleurs de fortes disparités au sein d'une même académie. Ainsi, dans l'académie de Limoges, la Creuse devrait perdre 20% de ses effectifs scolaires d'ici à 2035, contre 7,4% seulement pour la Corrèze. Même scénario dans l'académie de Rennes, où les Côtes-d'Armor seraient bien plus touchés que l'Ille-et-Vilaine : -20,7% contre -8,2%.
Alimenter les observatoires des dynamiques rurales et territoriales
Dans un communiqué, le ministère de l'Éducation nationale précise que "ces données alimenteront directement les observatoires des dynamiques rurales et territoriales", dont le rôle est, pour chaque département, de partager un diagnostic entre l'État et les élus locaux afin de construire une vision prospective de l'organisation scolaire. Enfin, si le ministère rappelle que la règle selon laquelle aucune école ne peut fermer sans l'accord du maire sera reconduite à la rentrée 2026, dans son entretien au Parisien, Édouard Geffray prévient : "Il est évident que, compte tenu de ces chiffres, ce principe a vocation à se conjuguer différemment [au-delà de la rentrée 2026], sans renoncer à un maillage très fin."
La discussion, le 9 avril en séance publique à l'Assemblée nationale, de la proposition de loi visant à encadrer les regroupements pédagogiques intercommunaux pourrait être l'occasion pour Édouard Geffray de préciser sa pensée et de revenir sur les conséquences à moyen et long terme de la chute des effectifs scolaires.