Baromètre Qualitel sur le logement : plus de confort, mais pas assez d'espace

La nouvelle livraison du baromètre sur la qualité de l'habitat pointe le "manque d'espace" qui "dégrade le quotidien de millions de Français". L'écart entre la surface jugée idéale et la surface réelle du logement, renforcé par le confinement, a donné des envies de déménagement à 22% des Français; À l'occasion de la publication de cette étude, Pierre-René Lemas a indiqué que le groupe de réflexion sur la qualité des logements sociaux devrait remettre son rapport d'ici fin octobre.

L'association Qualitel, créée en 1974 et dont la mission est de promouvoir la qualité de l'habitat par la certification et l'information du grand public, publie les résultats de la quatrième édition de son baromètre de la qualité du logement. Cette nouvelle livraison, intitulée "Logement : à la conquête de l'espace", est plus particulièrement centrée sur l'espace et l'aménagement intérieur des locaux. Réalisée par Ipsos, elle s'appuie sur un échantillon de 2.600 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, les répondants ayant été interrogés via un questionnaire auto-administré en ligne du 23 avril au 4 mai 2020. La précision est importante, car elle signifie que les questionnaires ont été administrés alors que les Français étaient encore confinés dans leur logement. Un sujet sur lequel Qualitel a déjà livré quelques résultats par anticipation, sur lesquels on ne reviendra donc pas ici (voir notre article du 17 juin 2020).

Les jeunes et les familles, premières victimes du manque d'espace

La conclusion de l'enquête tient en une phrase : "Les Français ont besoin d'espace ! Loin d'être une question de confort ou d'agrément, ce manque d'espace dégrade le quotidien de millions de Français et se heurte aux aspirations de larges franges de la population (familles, télétravailleurs, urbains)." Les jeunes et les familles sont en effet les premières victimes du manque d'espace. Le nombre moyen de mètres carrés par personne est ainsi de 39 chez les 25-34 ans, puis de 37 chez les 35-44 ans (à l'âge où les enfants sont là), avant de remonter à 46 chez les 45-59 ans et à 64 chez les 60 ans et plus. Dans l'agglomération parisienne, ce nombre moyen de mètres carrés par personne est respectivement de 30, 28, 34 et 52. Les deux tiers (65%) des foyers avec enfants estiment avoir besoin d'au moins une pièce en plus (proportion qui monte à 74% chez les 25-34 ans), contre 46% chez les foyers sans enfant.

L'écart entre la surface jugée idéale et la surface réelle du logement se réduit toutefois avec l'avancée en âge (et les revenus qui augmentent) : il est de 20 mètres carrés chez les 25-34 ans, mais seulement de 1 mètre carré chez les plus de 60 ans. La surface jugée idéale varie d'ailleurs elle-même en fonction de la localisation : 100 mètres carrés en agglomération parisienne (pour 83 mètres carrés de surface réelle), 104 et 93 mètres carrés dans les métropoles, 115 et 104 mètres carrés dans les villes moyennes, 137 et 128 mètres carrés dans les communes rurales.

Des conséquences très concrètes

L'espace insuffisant a des conséquences très concrètes : 34% des Français estiment que leur logement n'est pas adapté au télétravail, 40% n'ont pas de bureau ou de coin bureau, 41% des familles (d'au moins deux enfants) en appartement ne disposent pas d'une chambre par enfant, 50% des Français n'ont pas suffisamment de place pour des poubelles de tri sélectif, 23% pas assez de place pour installer un lave-vaisselle...

Plus insolite : l'étude rappelle qu'alors que les Français ont grandi en moyenne de 7 centimètres depuis 60 ans, la hauteur sous plafond des appartements a diminué de 60 centimètres au cours de la même période... Conséquence de ces différents constats : 58% des occupants d'appartements préféreraient habiter une maison dans l'idéal. Et le confinement a donné des envies de déménagement à 22% des Français. À noter : l'étude propose également une seconde partie consacrée à l'opinion des Français sur la façon d'optimiser et de repenser l'aménagement intérieur de son logement.

Le rapport de Pierre-René Lemas sur la qualité du logement présenté avant la fin du mois d'octobre

À l'occasion de la présentation de l'étude de Qualitel, le 6 octobre, Pierre-René Lemas, ancien secrétaire général de l'Élysée et ancien directeur général de la Caisse des Dépôts (et qui fut aussi directeur de Paris Habitat, l'OPH de la capitale), a donné des nouvelles des travaux du groupe de réflexion, lancé en octobre 2019 à la demande du gouvernement, sur la qualité des logements sociaux (voir notre article du 21 octobre 2019). Plus précisément, le groupe de travail devait se pencher sur "la qualité d'usage et la qualité architecturale des logements sociaux". Au-delà de l'intérêt des avancées sur la question, le but de la mission confiée à Pierre-René Lemas était aussi d'apaiser le climat entre l'USH (Union sociale pour l'habitat) et le CNOA (Conseil national de l'ordre des architectes). Celui-ci s'est en effet tendu avec la loi Elan (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique) du 23 novembre 2018, qui permet aux bailleurs sociaux de ne pas en passer par l'organisation de concours d'architectes. La démarche pilotée par l'ancien directeur général de la Caisse des Dépôts associe donc l'USH, le CNOA, la FFB, des élus locaux et des personnalités qualifiées.
Pierre-René Lemas a indiqué que la mission – bien sûr perturbée par la crise sanitaire – "espère" remettre son rapport, qui "n'est pas encore finalisé", d'ici à la fin du mois d'octobre aux ministres du Logement, de la Transition écologique et de la Culture. Il a indiqué que ce rapport se veut "un élément de réponse" au problème d’une thématique du logement devenue "une sorte d’angle mort des politiques publiques". Pierre-René Lemas a notamment regretté qu'"on parle du logement de manière quantitative, au travers de la hausse de la fiscalité et de la diminution des aides". Le rapport n'aura donc clairement pas pour objet de proposer des économies.

Avec AEF

 

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