Culture - Bibliothèques départementales de prêt : toujours utiles, à condition d'évoluer

Dans un rapport volumineux - 345 pages ! - et très fouillé, l'Inspection générale des bibliothèques (IGB) se penche sur les bibliothèques départementales de prêt (BDP). Le sous-titre - "Indispensables autrement" - dit bien tout l'enjeu du débat. Près de 70 ans après leur création par l'Etat en 1945, suivie de leur transfert aux départements en 1986, la question de pose en effet de l'avenir de ces établissements, notamment face à la montée des intercommunalités.

Un recentrage sur quatre missions principales

Le rapport commence par rappeler le rôle clé de ces bibliothèques, qui desservent - de façon directe ou indirecte - près de 26,8 millions d'habitants et apportent leur appui à 17.500 communes. Malgré la montée en puissance des intercommunalités, l'IGB estime que les BDP conservent toute leur place, mais en se centrant sur quatre missions principales : faire émerger des bibliothèques municipales ou intercommunales efficaces, apporter un appui aux communes et EPCI et à leurs bibliothèques, créer et animer un réseau départemental au profit de chacune de ses composantes et, enfin, mettre leur expertise au service des politiques départementales. Pour cela, les 95 BDP doivent évoluer, car leur situation est aujourd'hui très variable. Tout en restant très diplomate, le rapport pointe en effet un degré d'engagement des départements en faveur de la lecture publique "très variable en intensité et en qualité".
Les évolutions proposées par le rapport passent, entre autres, par une place plus large faite aux ressources numériques et par une meilleure adaptation des types d'appui proposés en fonction des collectivités concernées. Ces évolutions doivent s'appuyer sur l'élaboration et la mise en œuvre d'un document stratégique : le plan départemental de développement de la lecture publique (PDLP), dont le rapport donne la méthode d'élaboration. Elles passent aussi par une meilleure association des communes et des EPCI.

Quel rôle pour l'Etat ?

Le rapport s'interroge également sur le rôle de l'Etat à l'égard des BDP. Si son action reste légitime - vis-à-vis des BDP comme des autres bibliothèques territoriales -, elle doit se positionner différemment, sur le registre de l'impulsion, de l'aide et du conseil. Ceci passe notamment par le développement de la concertation, de la contractualisation et de la transversalité. Les principaux outils en la matière sont les appels à projets, mais aussi le concours particulier "bibliothèques" de la dotation générale de décentralisation, qui continue de jouer "un rôle décisif".
Dans sa dernière partie, le rapport aborde d'ailleurs "les questions prioritaires appelant une concertation particulièrement étroite entre les collectivités territoriales et l'Etat". Figurent à ce titre la question des bâtiments des BDP mis à la disposition des départements par l'Etat, la formation initiale des personnels de catégorie A de la filière bibliothèques de la fonction publique territoriale (conservateurs territoriaux et bibliothécaires), ainsi que la question du rôle de l'Etat en matière d'acquisition de ressources numériques au profit des bibliothèques territoriales. Au-delà de la concertation avec l'Etat, le rapport évoque aussi la coopération entre bibliothèques, entre BDP d'une même région et entre les BDP et les autres bibliothèques du territoire.

Jean-Noël Escudié / PCA

Pour l'ouverture dominicale des… bibliothèques 

"Aujourd'hui, en France, les horaires d'ouverture des bibliothèques sont insuffisants et inadaptés". Face à ce constat, l'ONG "Bibliothèques sans frontières" (BSF) a lancé une pétition intitulée "Ouvrons + les bibliothèques" auquel quelques personnalités ont pris plaisir à répondre (Bernard Pivot, Lilian Thuram, Emmanuel Todd...). Un appel à l'ouverture des bibliothèques municipales et universitaires le soir, le week-end et pendant les vacances. "On n'apprend pas, on ne crée pas à horaire fixe, entre 9h30 et 18h, du lundi au samedi !" s'insurge BSF qui remarque que "ailleurs en Europe, nombre de bibliothèques ouvrent jusqu'à 22h et systématiquement le dimanche". Et de citer Copenhague et Amsterdam où les bibliothèques publiques frôlent les 100 heures d'ouverture hebdomadaire contre 30 heures en moyenne en France, 40 heures dans les plus grandes villes. 
"Les citoyens ont besoin des bibliothèques, et les bibliothèques doivent s'adapter aux besoins de leurs publics pour assurer leur avenir", prévient l'ONG. "A moyens équivalents, et dans le respect des agents, des solutions existent", affirme-t-elle citant : le décalage des horaires d'ouverture, le recours à des emplois étudiants et temporaires pour épauler les bibliothécaires, l'ouverture partielle des surfaces d'accueil, l'aménagement de plages de récupération et de compensations financières.
L'appel a été adressé aux ministres Aurélie Filippetti ("Nos bibliothèques doivent être ouvertes au maximum de gens et le maximum de temps", a-t-elle indirectement répondu lors de ses vœux à la presse le 21 janvier), Vincent Peillon et François Lamy. Il a aussi été adressé aux présidents de conseils généraux, aux maires et aux candidats aux élections municipales, ainsi qu'aux présidents d'université et d'établissement d'enseignement supérieur.

V.L.


 

 

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