À Bordeaux, le Tour de France roule pour végétaliser les équipements sportifs
La ville de Bordeaux et ASO, organisateur du Tour de France, ont conclu un accord inédit de compensation volontaire des émissions de carbone au profit d'équipements sportifs locaux. Un dispositif qui s'appuie sur la labellisation "Bas carbone-Ville arborée".
© Tour de France Adobe stock
Pour une ville-étape du Tour de France, le rituel est immuable. Quelques jours avant l'arrivée du peloton, on se prépare, on se fait beau. Puis le jour J arrive, la foule se presse, les coureurs déboulent à des vitesses surhumaines, la joie explose, la fête est réussie. Mais dès le lendemain, il faut remballer et tout nettoyer, faire place nette. Il faut ensuite attendre quelques années avant de revoir passer la plus grande course du monde dans ses rues. La page est tournée, parfois pour très longtemps. Bordeaux a décidé d'en finir avec ce cycle. L'arrivée de la septième étape du Tour 2026, ce vendredi 10 juillet, va ouvrir une nouvelle ère. Cette année, le Tour de France laissera un héritage, continuera à vivre toute l'année à travers la végétalisation de plusieurs équipements sportifs communaux.
Des programmes au plus proche du parcours
Si l'initiative revient à la ville, qui en a fait la demande auprès de l'organisateur du Tour de France, elle entre dans le cadre des programmes de compensation volontaire qu'ASO a mis en place depuis 2021. "On a plus d'une cinquantaine de programmes labellisés bas carbone sur l'ensemble du territoire, explique Karine Bozzacchi, responsable RSE du Tour de France. Chaque année, on travaille avec le CNPF (Centre national de la propriété forestière, établissement public chargé de la gestion durable des forêts privées, ndlr) pour trouver des programmes au plus proche du parcours et on dédie une enveloppe correspondant à nos émissions directes pour six ou sept programmes de compensation."
Son bilan carbone, le Tour de France l'a réalisé dès 2013, puis il a refait ses calculs en 2021. Résultat : une réduction de 37% de ses émissions directes. Si 90% de celles-ci viennent des déplacements des spectateurs (scope 3), les scopes 1 et 2 – correspondant aux émissions de gaz à effet de serre (GES) directement produites par l'organisateur et aux émissions indirectes liées à la production de l'énergie qu'il consomme – représentent environ 22.000 tonnes de carbone. "On compense en réalité un peu moins, aux alentours de 80%, précise Karine Bozzacchi. On pourrait faire des programmes qui coûtent trois euros la tonne à l'autre bout de la planète et être dans les clous pour nos 22.000 tonnes. Mais on préfère faire de la compensation sur des programmes de qualité en France, à environ 30 euros la tonne. En 2023, un an après les incendies qui avaient ravagé plus de 20.000 hectares de forêt à Landiras, en Gironde, on avait demandé au CNPF de nous trouver un programme sur ce territoire."
Le label "Bas carbone-Ville arborée" gage de qualité
Pour Bordeaux, le Tour de France 2026 est une étape décisive. Celle du passage à l'acte. "L'idée est de faire baisser l'impact carbone des grands évènements sportifs que l'on reçoit, pointe Elliott Dos Santos, chargé de mission pour la transition écologique, les nouvelles pratiques sportives et la concertation à la mairie. Nous avons choisi de passer par le label 'Bas carbone-Ville arborée' pour proposer au Tour de France de financer la plantation et la végétalisation de sites sportifs, là où le Tour arrive, là où il y a production de CO2."
Le label "Bas carbone-Ville arborée", porté par la Société forestière de la Caisse des Dépôts et qui a pour objectif de valoriser le carbone stocké par des projets volontaires d'accroissement du couvert arboré des espaces urbains, a joué un rôle décisif dans cette opération de compensation volontaire. "Ce partenariat a pu se faire car nous sommes labellisés 'Ville bas carbone-Ville arborée', et dans ce cadre, l'opération est une première pour nous comme pour ASO, continue Elliott Dos Santos. On a travaillé avec le CNPF, qui fait office de mandataire entre nous et ASO. Pour ASO, le label est un gage de qualité, car il implique un suivi, avec des plantations séquestrées sur vingt-cinq ans et un contrôle annuel les cinq première années."
Une première pour des structures sportives
Sur le terrain, cette compensation volontaire d'ASO va accompagner la végétalisation de cinq sites sportifs choisis en fonction de plusieurs caractéristiques : foncier disponible pour réaliser des travaux d'arborisation, localisation et usages. "Sur un des stades concernés, illustre Elliott Dos Santos, on a de l'enrobé, beaucoup de captation de chaleur. On va décroûter, creuser des fosses et planter des arbres. L'objectif final est d'améliorer le cadre de la pratique sportive et le cadre de vie des habitants."
Autre réalisation à venir : la végétalisation d'une piste de BMX, ce qui a particulièrement retenu l'attention d'ASO. "C'est rare de faire des choses en ville et c'est la première fois que c'est lié à des structures sportives, se réjouit Karine Bozzacchi. Pour nous, ça fait un lien avec le vélo. Nous avons notre label 'Ville à vélo du Tour de France' où l'on analyse la cyclabilité des villes et leur investissement sur les différentes pratiques de vélo. Ça nous paraissait intéressant de travailler au côté de la ville de Bordeaux sur le sujet." Sur un coût total de 196.000 euros pour les cinq sites, ASO va participer à hauteur de 30.000 euros, soit l'équivalent des émissions d'une étape du Tour, environ 1.000 tonnes de carbone à 30 euros la tonne.
Après le sport, les évènements culturels ?
Le Tour de France 2026 est donc une étape décisive pour Bordeaux, mais seulement une étape. Elliott Dos Santos a déjà en ligne de mire d'autres évènements : "On a échangé avec la Fédération française de rugby sur un potentiel partenariat. L'idée est de privilégier des organisations sportives, grosses ou moyennes, de dire que si demain on organise un grand tournoi de rugby à sept, la contribution de la fédération sera de racheter des tonnes de carbone pour faciliter la plantation d'arbres sur un site sportif, culturel ou autre." Car pour la ville de Bordeaux, cette compensation volontaire des organisateurs pourrait dépasser le cadre sportif. Et ce, d'autant plus que tous les feux sont désormais au vert. "Si ASO, organisateur de la plus grosse compétition sportive mondiale récurrente, le fait et nous a permis de mettre un pied à l'étrier, pourquoi demain les autres ne pourraient-ils pas participer ? Maintenant que nous sommes labellisés, tous les services de la ville peuvent s'imprégner de la démarche, y compris pour des partenariats avec des organisateurs d'évènements culturels", conclut Elliott Dos Santos.