Canicule, sécheresse, incendies : le bilan climatique hors normes de l’été 2026
L'été 2026, marqué par des canicules, sécheresses et des mégafeux de forêt en Gironde, dans les Landes et le Var, a été "le plus chaud" jamais enregistré en France, a confirmé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, appuyant le bilan climatique hors normes de cette saison dressé par Metéo-France, lors d'une conférence de presse ce 3 septembre. De nouvelles mesures concrètes seront annoncées "d’ici la fin du mois de septembre" pour "être mieux préparés" aux chocs climatiques.
© Météo France et Adobe stock
Après avoir annoncé ce 1er septembre des cartes de vigilance plus précises à l'intérieur de chaque département pour quatre nouveaux phénomènes (vent, orages, pluie-inondation, et neige-verglas), Météo-France s’est attelé à dresser le bilan climatique de l’été 2026, lors d’une conférence de presse, aux côtés de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.
L’été 2026 présente une anomalie de +5°C (par rapport à un été moyen de l’ère pré-industrielle), dont environ 2,4°C directement imputable au changement climatique. "Cet été, il aurait été quasi impossible, sans le changement climatique. Mais c'est aussi un été qui reste rare, puisque même dans un climat moyen qui s'est réchauffé, on continue à avoir des années plus chaudes et des années plus fraîches. Et là, c'était indéniablement une année plus chaude", remarque Virginie Schwarz, présidente-directrice générale de Météo-France.
Avec une température moyenne sur 24 heures de 24°C (+3,6°C), devant les étés de 2003 (+2,7°C) et de 2022 (2,3°C), c’est l’été "le plus chaud jamais enregistré en France" avec des niveaux de température de jour comme de nuit "inédits" sur l’ensemble du territoire "en quasi-permanence au dessus de la normale".
Enchaînement de vagues de chaleur sans précédent
C’est également confirmé sur les températures maximales : 90% du territoire a connu au moins une fois au cours de l’été une température maximale supérieure ou égale à 35°C et 40% une température égale ou supérieure à 40°C, ce qui pour la France métropolitaine est "un seuil tout à fait exceptionnel". "Certains territoires ont eu 50-60 jours avec des températures supérieures à 35°C, mais finalement, partout en France, même dans la moitié nord de la France, on a pu avoir un nombre de jours tout à fait significatif à plus de 35°C. (…) Donc on n'est plus sur quelque chose qui concerne uniquement des zones très spécifiques, on est bien sur quelque chose qui prend de l'ampleur", observe Virginie Schwarz.
L’enchaînement des vagues de chaleur est lui aussi sans précédent : trois vagues de chaleur se sont succédé pour un total de 53 jours (contre 33 jours en 2022) marquant là encore "un saut". La plus intense mesurée depuis 1947 est au mois de juin (avec 72 départements placés en vigilance rouge canicule du 17 au 30 juin), et la plus longue au mois d’août. Aucun territoire n’a été épargné en termes de vigilance canicule. Tous les départements ont été concernés par une vigilance orange au moins une fois et 73 l’ont été au moins une fois en vigilance rouge canicule été.
Déficit de pluie quasi-généralisé
L’été 2026 est aussi le moins pluvieux depuis 1959, avec 40% de déficit par rapport à la normale, en contraste avec les pluies abondantes du début d’année (+35%). A l’exception d’une petite partie du sud-est, quasiment tout le territoire est concerné. Avec pour conséquence une sécheresse des sols également historique et généralisée à l’ensemble du territoire dès le mois de juin. Début août, des records de sécheresse ont été battus : "c’est la période la plus sèche de tous les temps, tous mois confondus sur la France".
Autre marqueur de l'intensité climatique, les conséquences en termes de risque d’incendie, ce qu’on appelle la "météo des forêts", avec notamment 74 jours consécutifs (du 8 juin au 20 août 2026) avec au moins un département dans lequel on avait un danger élevé de feu. Fin août, les feux de forêt avaient déjà brûlé six fois plus de surface par rapport à la moyenne des vingt dernières années, a rappelé la ministre. Et la situation reste "fragile" en septembre malgré les quelques passages orageux.
Pour les océans, on atteint là encore des niveaux de températures jamais observés avec des écarts très importants par rapport à la normale qui se situent entre plus 2°C pour la Manche et plus 2,8°C pour la Méditerranée.
Se préparer pour l’été prochain
"Ce constat, malheureusement, il préfigure l'avenir. Ces températures qui sont inédites dans le climat actuel, malheureusement, elles deviendraient plus habituelles dans le futur. Et en particulier, les températures moyennes de l'été 2026 correspondraient à un été ordinaire dans une France à +4°C [à horizon 2100]", explique la PDG de Météo-France.
"Ce que nous avons vécu cet été, on ne peut pas le revivre à l’identique", a jugé la ministre, appelant à "être à la hauteur des enjeux" en matière climatique pour mieux se préparer à l'été prochain. Monique Barbut a promis de remettre au Premier ministre "d'ici la fin du mois de septembre" les conclusions du travail qu'elle s'est vu confier fin juillet pour accélérer la mise en œuvre des solutions d’adaptation. Il ne s'agit pas selon elle d'aboutir "à un énième plan, mais d'identifier parmi les solutions qui existent celles sur lesquelles nous pouvons concentrer nos efforts pour aboutir à des résultats concrets et rapides en levant des obstacles existants", citant l’exemple de la prise en compte du confort d'été dans les règles qui encadrent la performance énergétique des constructions neuves. Des mesures qui devraient être ajoutées dans le cadre du projet de loi Logement en cours.
"Faire preuve de réalisme"
"Ces travaux nous invitent aussi à faire preuve de réalisme", estime-t-elle. "Car si nous n'aurons pas rénové toutes les écoles d'ici l'été prochain, nous pouvons à minima y faire installer des volets et des brasseurs d'air. De même, nous n'aurons pas diversifié les essences de toutes les forêts d'ici à la prochaine canicule. Mais nous pouvons d'ici là imaginer des solutions rapides pour faciliter l'accès des pompiers". Des annonces seront également faites en ce sens à la mi-septembre. Sur le volet financement, elle table sur "un programme d'investissement chiffré et financé sur les cinq prochaines années", avec notamment une mobilisation accrue de l'épargne des Français pour financer des solutions d'adaptation.
Les collectivités territoriales seront également associées à ces travaux, "car la mise en œuvre d'un grand nombre de solutions repose aussi sur elles". Il en va de même pour les parlementaires que la ministre envisage de réunir mardi prochain pour recueillir leurs idées.