Canicule : Météo-France s'affirme comme un outil incontournable d’aide à la décision publique

La commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat a entendu Virginie Schwarz, présidente-directrice générale de Météo-France, afin de tirer les enseignements de l'épisode caniculaire exceptionnel qui a frappé l’Hexagone au mois de juin. Un partenariat plus que jamais indispensable à la préparation des élus face à des événements extrêmes appelés à devenir plus fréquents et plus intenses.

La vague de chaleur qui a touché l’Hexagone durant la deuxième quinzaine de juin a surpris par sa précocité et son intensité. Elle était malheureusement prévisible. Si à l'horizon 2100, il y a encore "des grandes marges à la fois d'incertitude scientifiques et d'action sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre", l'inertie climatique fait que à l'horizon 2050, "les éléments sont déjà quasiment acquis", a appuyé la présidente-directrice générale de Météo-France, Virginie Schwarz, lors de son audition par la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable. À la demande du président du Sénat, Gérard Larcher, la commission a engagé un travail de contrôle destiné à mieux comprendre cette crise climatique inédite, les vulnérabilités qu'elle a révélées et les réponses qu'elle appelle pour l’avenir. 

Records de températures de jour comme de nuit

Sur la période du 17 au 30 juin, l’organisme a mesuré les quatre après-midis et les quatre nuits les plus chauds jamais enregistrés à l’échelle de la France métropolitaine. Plus de 40% du territoire national a dépassé la température de 40° pendant l'épisode et presque un tiers, 31% de l’Hexagone, a battu des records absolus de température. En termes de vigilance canicule (dispositif d’alerte des autorités et des populations mis en place après la canicule de 2003), au plus fort de la canicule (le 25 juin) 72 départements ont été placés en rouge canicule et 14 en vigilance orange. Autre marqueur de l'intensité de cet épisode, les conséquences en termes de risque d’incendie, ce qu’on appelle la "météo des forêts", avec 52 départements en danger de feu élevé et deux en risque de feu très élevé.

Remis en perspective par rapport aux projections climatiques de Météo-France basées sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc) - à savoir en France hexagonale et en Corse +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 -, il faut s’attendre à des vagues de chaleur à la fois plus nombreuses, mais aussi qui commenceront plus tôt et qui se termineront plus tard. Sur la deuxième quinzaine du mois de juin, dès 2050, on pourrait avoir une probabilité d'avoir des vagues de chaleur de l'ordre de 20%, de l’ordre de 40% à l’horizon 2100, et "finalement ce type de vague de chaleur en juin à cet horizon-là pourrait se reproduire quasiment une année sur deux". Avec des conséquences majeures sur la sécheresse agricole : "On aurait dans une France à plus 4 de l'ordre d'un mois supplémentaire de sols secs dans la moitié nord et jusqu'à deux mois supplémentaires dans la moitié sud." Et un risque feu de forêt qui s'intensifie, mais aussi qui se généralise à la plus grande partie du territoire. 

Une expertise de plus en plus sollicitée

Il existe un certain nombre de productions spécifiques de Météo-France pour les autorités publiques : une assistance renforcée pour les feux de forêt où sont expertisées plusieurs centaines de micro-zones, avec des prévisionnistes physiquement présents dans les centres de crise des pompiers dans une grande moitié sud ; des bulletins canicule produits au long de l’été, présentant des tableaux de prévisions de température par département jusqu'à sept jours et des tendances mensuelles ; des appuis aux cellules de crise nationales et locales, ainsi qu'une participation à tous les dispositifs de suivi hydrologique.

Virginie Schwarz a également insisté sur l'appui particulier apporté aux grands opérateurs publics (SNCF, RTE, etc.) pour les aider à gérer au mieux ce type d’épisodes, ou encore s’agissant d'organisateurs d'évènements en plein air. Tous ces dispositifs "continuent à s'améliorer sur le type d'informations que nous donnons, mais aussi sur la qualité des informations", remarque-t-elle. Le conseil d'administration de Météo-France a d'ailleurs validé le 30 avril le budget pour un nouveau super calculateur. L’organisme table en outre sur l’intelligence artificielle pour muscler ses capacités de prévisions avec la conviction "qu'il est indispensable que l'Europe soit présente", faute de quoi les grands acteurs américains et chinois occuperont la place.

Mais les inquiétudes sont toutefois palpables. "On voit clairement que la multiplication de ces évènements crée et va créer des sollicitations de plus en plus nombreuses. Historiquement l'été était la période qui permettait à nos prévisionnistes de se reposer des très fortes sollicitations liées à la viabilité hivernale sur les routes et aux orages et tempêtes. Aujourd'hui clairement ce n'est plus le cas. Et avec l'augmentation sur l'année du nombre de vigilance, du nombre d'évènements météorologiques extrêmes à suivre, il y aura des questions certainement à se poser dans les prochaines années sur les moyens dont dispose Météo-France", reconnaît-elle. 

"Le déploiement de l’intelligence artificielle, si son potentiel se confirme, ne conduit pas dans mon esprit à réduire notre besoin de prévisionnistes." Météo-France produit de l'ordre de 350 scénarios de prévision par jour "pour être capable de refléter toute la diversité, toutes les incertitudes, voilà la compétence des prévisionnistes, c'est d'être capable d'analyser l'ensemble de ces informations pour, notamment, produire les avertissements en matière de vigilance". La patronne de Météo-France a par ailleurs insisté sur la nécessité de préserver la relation avec les acteurs de terrain.

C’est pour cette raison que la fonction de référents territoriaux a été créée, "justement pour nous permettre de garder un maillage territorial plus fin, pour avoir cette relation de proximité avec les acteurs des territoires et les aider déjà à connaître nos dispositifs, et puis ensuite à les accompagner dans leur utilisation". 

 

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