Carte scolaire : le Premier ministre marque son territoire

Sébastien Lecornu a pris une position forte dans le débat actuel sur l'évolution de la carte scolaire dans un contexte de baisse démographique. Le chef du gouvernement entend construire une carte plus transparente, plus territorialisée et pérenne sur la durée d'un mandat municipal.

Les discussions autour de la carte scolaire dans un contexte de forte baisse démographique ont encore rebondi, mardi 26 mai 2026, avec l'entrée en lice de Sébastien Lecornu. Absent du débat jusqu'à présent, le Premier ministre s'est largement exprimé, marquant ainsi l'importance du sujet pour le gouvernement.

Répondant à une question de Stéphane Peu, député de la Seine-Saint-Denis, qui lui demandait de "décréter un moratoire sur les fermetures de classes et les suppressions de postes" dans l'Éducation nationale, Sébastien Lecornu a voulu "clarifier" sa méthode "pour la préparation de la prochaine rentrée scolaire et toutes les rentrées scolaires à venir".

La méthode du Premier ministre ? Elle consiste à "ne pas passer du déni démographique dans lequel malheureusement une partie des élites de ce pays s'est plongée depuis quinze ou vingt ans, à une logique purement comptable, froide et aveugle". Après avoir affirmé qu'"1,7 million d'élèves en moins entre 2025 et 2030, c'est une réalité qui s'impose à tous", il en a appelé à "un changement d'approche", soutenant la position défendue depuis des mois par Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale.

Embarquer les communes de "façon très respectueuse"

Pour Sébastien Lecornu, ce "changement d'approche" tient d'abord dans la "transparence sur les chiffres". Il s'est ainsi dit "frappé d'un début d'incompréhension qui commence toujours par un désaccord chiffré" entre les services de l'État et les élus. Il a complété : "Nous sommes myopes dans la façon de donner ces chiffres, puisqu'en général autour des mois de février-mars, on commence à recevoir les chiffres pour la rentrée scolaire, alors que le problème démographique par définition est pluriannuel". Ce qu'il souhaite ? "Mettre un certain nombre de chiffres sur la table sur plusieurs années", idéalement sur  "cinq-six ans, c'est-à-dire ce qui correspond à un mandat municipal. Ce [qui] serait déjà une façon très respectueuse d'embarquer les communes avec lesquelles nous sommes en lien de compétences".

La deuxième "rupture" qui, selon les termes mêmes du Premier ministre, "n'est pas facile", relève du niveau du traitement de la carte scolaire. Pour lui, il faut pouvoir la traiter au niveau de la circonscription de l'Éducation nationale, soit à l'échelon infradépartemental, car "notre carte scolaire a été imaginée au XVIIIe siècle dans un pays où les enfants allaient à pied à l'école. C'est toute la question de la mobilité, de l'accessibilité, autre sujet que nous devons traiter avec les collectivités locales". 

"Recréer un embryon de Datar"

Par ailleurs, Sébastien Lecornu a affirmé qu'il souhaitait "avancer sur les dix-huit départements en expérimentation". Comme l'a annoncé Édouard Geffray, une expérimentation lancée à la rentrée 2026-2027 doit en effet permettre, à partir d'une projection démographique pluriannuelle, de travailler sur la carte scolaire au regard de différents critères, dont les effectifs attendus et les contraintes de transport propres à chaque territoire (lire notre article du 23 avril).

Enfin, face à "une réalité [démographique] qui nous tombe dessus, ce qui est vrai pour le service public d'éducation l'est aussi pour d'autres questions d'aménagement du territoire", a conclu le Premier ministre. C'est pourquoi il a demandé aux différents ministres de "recréer un embryon de Datar dédiée à ce sujet", afin de construire un aménagement du territoire "avec les élus locaux". De 1963 à 2014, la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale permettait d'anticiper les grandes orientations de la politique nationale d'aménagement et de développement du territoire.

 

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