Casse-tête en vue pour l'interdiction des téléphones portables au lycée
La mise en œuvre de l'interdiction de l'usage des téléphones portables au lycée le 1er septembre 2026 pose de nombreux problèmes aux établissements. Révision du règlement intérieur, détermination des espaces concernés par l'interdiction ou choix d'une solution pratique de rangement des téléphones sont autant de questions à résoudre.
© @Elysee/ Présentation du dispositif « sans portable » par les élèves du lycée Chaptal à Mende
En ce 1er septembre 2026, jour de rentrée scolaire, le président de la République s'est déplacé au lycée Chaptal de Mende (Lozère). Quelques jours après la promulgation de la loi du 24 août 2026 interdisant l'utilisation des téléphones portables au lycée, cette visite d'Emmanuel Macron donne un poids symbolique important à la mesure. Pourtant, sur le terrain, sa mise en œuvre ressemble à un véritable casse-tête.
La première embûche est d'ordre juridique. Pour faire appliquer la loi, chaque lycée doit en effet adopter via son conseil d'administration – où siègent des représentants des personnels d'enseignement et administratifs, des parents d'élèves, des élèves, de la région et de la commune et une personnalité qualifiée – une modification de son règlement intérieur. Si, selon le ministère de l'Éducation nationale, 28% des lycées ont opté pour un dispositif de restriction d'utilisation avant la rentrée 2026 et si d'autres ont anticipé durant l'été l'adoption de la loi, la grande majorité devra attendre quelques mois et l'élection des délégués des parents d'élèves ou des représentants des élèves pour faire voter la mesure.
Un encadrement cohérent avec le projet d'établissement
La modification du règlement intérieur va par ailleurs poser la question de la portée réelle de l'interdiction de l'utilisation des téléphones portables au sein de chaque établissement. La loi prescrit en effet que "les modalités d'application de cette interdiction et les exceptions à celle-ci sont déterminées par le règlement intérieur en cohérence avec le projet d'école ou d'établissement". Ainsi, le lycée Maurice-Ravel, situé dans le XXe arrondissement de Paris a-t-il décidé d'interdire l'utilisation des téléphones dans les couloirs, la cour principale et la cantine, en plus des salles de classe, mais de l'autoriser dans le foyer des élèves et dans une cour secondaire. Dans certains établissements, de tels choix risquent de poser problème, par exemple quand l'accès à la cantine dépend d'un dispositif numérique disponible sur le téléphone des élèves. Il peut en être de même quand des informations relatives à la vie scolaire ne sont, là encore, disponibles que par voie numérique (changement d'horaires, de salle de cours, etc.). Pour ces usages, il faudra nécessairement prévoir des exceptions... ou revenir à des dispositifs non numériques.
L'autre grande exception à l'interdiction de l'utilisation des téléphones portables au lycée porte bien entendu sur l'enseignement et la pédagogie. Dans un environnement éducatif de plus en plus numérisé, les enseignants ont régulièrement recours à des ressources en ligne. Certes, les règlements intérieurs prévoiront cette utilisation à dimension éducative en classe, mais cela nécessitera une certaine souplesse et partant, le bon choix en matière de "rétention" des téléphones.
Boîte collective ou pochettes en classe
D'un point de vue pratique, en effet, les solutions s'annoncent disparates. Dans son vadémécum publié début juillet (lire notre article du 3 juillet), le ministère de l'Éducation nationale rappelle que "des aménagements et équipements peuvent être mis en place dans les établissements, le cas échéant en accord avec la collectivité territoriale de rattachement". Il met même en avant des solutions : casiers individuels dans lesquels les élèves doivent déposer leur téléphone portable en arrivant au lycée, boîte collective destinée à recueillir les téléphones portables de plusieurs élèves, ou encore pochette individuelle où chaque lycéen range son téléphone à son arrivée dans l'établissement. Tout cela a un coût matériel, mais aussi humain.
La pochette individuelle a l'avantage de permettre à l'élève de garder son téléphone avec lui et d'éviter ainsi tout problème de responsabilité pour l'établissement, mais il nécessite, le cas échéant, plusieurs bornes de déverrouillage afin d'éviter les embouteillages aux heures de sortie de classe et implique la présence d'une personne habilitée à contrôler la "libération" des téléphones. Surtout, cette solution semble difficilement compatible avec un usage pédagogique, car cela nécessiterait des actions répétées de déverrouillage-revérouillage en classe, sous la surveillance des enseignants.
Consultation des élèves
Une solution plus simple, mise en œuvre dès la rentrée 2025 au lycée Chaptal de Mende qu'Emmanuel Macron visitait ce 1er septembre, consiste à placer de simples pochettes dans chaque classe où les élèves déposent leur téléphone chaque matin en arrivant, sous la surveillance de leur professeur. Après une année de concertation au cours de laquelle les représentants des élèves au sein du conseil de la vie lycéenne se sont beaucoup impliqués, l'établissement a délimité des zones avec et sans téléphone. Il a ainsi été décidé d'interdire l'usage du téléphone à la cantine et dans une salle dédiée à la détente mais de continuer à permettre son utilisation afin de partager une connexion avec les ordinateurs pour faire des recherches ou pour notifier des changements d'emploi du temps. Le tout accompagné d'un travail de consultation de tous les élèves du lycée.
À rebours de cette souplesse, le conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a décidé, dès le début de l'année 2026, d'accompagner financièrement les établissements volontaires pour expérimenter "l'interdiction totale du téléphone portable dans ses lycées". "Casiers sécurisés, pochettes de rangement etc., les établissements seront libres de choisir les modalités de mise en œuvre de cette interdiction, l'objectif étant de permettre à chaque lycée d'adapter ses choix à son organisation", précise la région dans un communiqué.
"On a vu le temps que cette interdiction a mis à s'appliquer au collège"
Où, quand et comment interdire l'usage du téléphone portable au lycée ? L'équation n'est définitivement pas simple à résoudre. Elle se complique encore si l'on ajoute une dernière inconnue : la sanction. Car si la loi prescrit que "la méconnaissance des règles {...] peut entraîner la confiscation de l'appareil", c'est une fois encore à chaque lycée qu'il reviendra d'établir ses propres règles pour punir les contrevenants.
Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a eu beau affirmer récemment que "l'interdiction des portables dans les lycées pourra être effective dès la rentrée", force est de constater qu'elle ne s'appliquera pas sur l'ensemble du territoire en ce 1er septembre et surtout pas de manière uniforme.
Les syndicats de l'éducation, pourtant favorables à l'encadrement de l'usage des téléphones à l'école, se montrent critiques face à une mesure imposée dans une certaine précipitation. François Resnais, secrétaire national du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d'établissement, dénonce "un mauvais timing" et estime que "les établissements ne sont pas prêts". De son côté, le Snes-FSU juge qu'"une interdiction effective, qui ne mette pas en difficulté les personnels à la rentrée, est donc impossible dans la plupart des établissements", et prévient : "Sur le terrain, ne manqueront pas de se poser, comme vécu par les collègues en collège [sic], les questions d'ordre logistiques, budgétaires et juridiques."
Pour faire baisser la pression en cette rentrée 2026, Emmanuel Macron a d'ailleurs reconnu implicitement lors de son déplacement à Mende que cela ne se ferait pas du jour au lendemain : "On a vu le temps que cette interdiction a mis à s'appliquer complètement au collège. Ce n'est pas évident."
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