Comment impliquer les entreprises dans la lutte contre la précarité
Des associations de lutte contre la pauvreté misent sur le soutien actif des entreprises via le mécénat. Aujourd'hui, les entreprises mécènes privilégient les projets culturels ou sportifs, seules un quart d'entre elles choisissent des projets sociaux.
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Comment engager les entreprises dans la lutte contre la précarité et la pauvreté ? C’était le sujet d’une "rencontre nationale", organisée mercredi 17 juin, par la délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté qui, depuis quelques années, cherche à impliquer le secteur privé dans sa stratégie.
Une mission loin d’être évidente. "Les entreprises sont conscientes de la précarité mais elles ne connaissent pas les chiffres, les besoins", explique la directrice générale de la fondation Break Poverty, Valérie Daher, qui lutte contre les causes de la pauvreté auprès des jeunes générations. Elle souligne le poids des stéréotypes au sujet des personnes en situation de précarité chez les entreprises : "Elles nous disent, par exemple, que les jeunes ne veulent pas travailler. Il y a ce type d’image à déconstruire."
En 2023, les entreprises ont soutenu avant tout des initiatives autour du sport et de la culture. 26% des entreprises mécènes choisissent des projets sociaux, selon le baromètre national 2024 d’Admical.
Impliquer les salariés
Les associations jouent un rôle moteur dans leur engagement. Au-delà de l’appel au don ou à la taxe d’apprentissage, elles veillent à nouer une relation de proximité avec les entreprises. "On met l’entreprise au centre du projet associatif", souligne Yann Lotodé, directeur de La Cravate Solidaire, qui accompagne 14.000 personnes par an dans leur recherche d'emploi en leur proposant notamment un "dressing solidaire" pour les candidats à un emploi en situation de pauvreté.
L’association propose ainsi aux collaborateurs d’entreprise de faire des dons de vêtements mais aussi de participer à leur tri et à leur rangement dans ses locaux. Les collaborateurs RH ont aussi la possibilité d’accompagner des candidats en insertion en tant que coachs. "Ces actions constituent des points d'entrée à faible coût d'engagement pour des salariés, qui peuvent ensuite s'impliquer plus substantiellement", souligne Yann Lotodé.
Insertion par le travail
"On a mis le travail comme pierre angulaire du parcours d’insertion", souligne Rodolphe Baron, le directeur de Solenciel, une association créée en 2017 pour accompagner des femmes souhaitant sortir de la prostitution via l’insertion professionnelle.
Cette structure d’insertion par l’activité économique a obtenu le soutien des pouvoirs publics pour régulariser ces femmes, parfois sans-papier, et leur permettre ainsi de rejoindre les métiers du nettoyage voire de la restauration collective, grâce au soutien du groupe Elior, qui a accueilli certaines de ces femmes.
"On a cette logique d'aller rencontrer les associations", souligne Fyntha Parant, directrice diversité de ce grand groupe, qui s’est associé à cette SIAE dans un appel d’offres "pour montrer que la coopération entre une association et une entreprise est possible".
"Dotation d’action territoriale"
Mais encore faut-il parler le même langage, souligne Valérie Daher. C’est sciemment qu’elle adopte le vocabulaire des entreprises et répond à leur demande de clarté et de lisibilité. Break Poverty a ainsi créé une "dotation d’action territoriale", qu’elle présente comme un mécanisme de mobilisation des entreprises contre la pauvreté des jeunes. Plus de 6 millions d’euros ont été levés depuis 2018 pour financer près de 200 projets et dans une quarantaine de territoires, avec pour objectif d’accompagner 100.000 jeunes d’ici fin 2026.
L’ONG - qui travaille entre autres avec des missions locales - identifie les besoins territoriaux, élabore un plan d’action, cherche des associations susceptibles d’apporter des réponses et propose aux entreprises de soutenir financièrement leur projet. "On demande aux entreprises de Maubeuge de soutenir les jeunes de Maubeuge. On va leur dire qu’elles vont œuvrer à la sortie de la précarité de 1.500 jeunes", illustre Valérie Daher. La fondation promet aux entreprises un reporting détaillé tous les six mois, permettant à celles-ci de valoriser leur engagement.
Pactes locaux
Un tel travail nécessite non seulement de soutenir le monde associatif mais aussi les frais d’ingénierie associés, souvent négligés dans le monde de la philanthropie, pointe Valérie Daher. La délégation interministérielle de lutte contre la pauvreté mise, de son côté, sur les pactes locaux de solidarité pour susciter des rencontres entre le monde de l’entreprise et celui de la solidarité.