Grippe A - Comment les collectivités se préparent à la pandémie

Achats de masques et de produits d'hygiène, entretien renforcé des locaux, communication tous azimuts... Les collectivités - tout du moins les plus grandes - prennent très au sérieux la menace d'une pandémie grippale qui pourrait mettre en danger leurs agents et désorganiser leurs services. Comment agissent-elles en interne et comment articulent-elles la protection du personnel avec l'impératif de continuité du service public ? Enquête.

La propagation de la grippe A (H1N1) pose un vrai défi aux dirigeants territoriaux. Si la France devait se trouver en situation de pandémie, comment les collectivités concilieraient-elles la continuité de leur activité avec la protection de la santé des personnels, deux objectifs fixés par le plan national de prévention et de lutte contre la pandémie grippale ? Avec les menaces qu'a fait planer la grippe aviaire, un certain nombre de collectivités ont mis en place, dès 2006, des plans de continuité d'activités (PCA) programmant une stratégie de crise. "Très fortement recommandée" par l'Etat, la préparation de ces plans amène les collectivités à recenser, d'une part, les services essentiels – qui continueraient à fonctionner quoi qu'il arrive – et ceux, d'autre part, qui le sont moins et dont le fonctionnement peut être du coup interrompu partiellement ou totalement pour ne pas favoriser la contagion grippale. Les agents des services concernés seraient invités à rester à leur domicile le temps qu'il faut, continuant à être rémunérés. Certains pourraient poursuivre leur activité par le biais du télétravail. Les collectivités envisagent cette option, qui ne sera cependant possible que pour une infime partie des agents. Certains pourraient par ailleurs être appelés par leur employeur ou l'Etat à renforcer les services jugés essentiels. Le département du Nord recense actuellement les agents les plus aptes à être ainsi "mobilisables". Ceux qui ont des enfants en bas âge ne seraient pas les premiers appelés, "du fait des problèmes de garde que cela poserait", précise Valérie Chatel, DGA chargée des ressources humaines au conseil général. Les personnels qui devront répondre présents ne pourront faire valoir leur droit de retrait que de manière "tout à fait exceptionnelle", indique une circulaire ministérielle du 26 août spécifique à la fonction publique.

 

Bien gérer les stocks de masques

La fermeture des services non essentiels serait déclenchée si la pandémie faisait de "nombreuses victimes", rappelle ce texte - lequel sera bientôt complété par une circulaire dédiée aux collectivités locales. Le conseil général de la Somme se prépare à l'éventualité d'un tel scénario correspondant à un absentéisme de 40% et plus, même si, estime Yann Dubois, responsable de la mission ressources et appui, "il y a peu de probabilité qu'il se réalise". Si la propagation de la grippe reste modérée, comme il le pense, le conseil général fera face sans trop de difficultés. "Nous avons l'habitude de faire fonctionner les services avec 20% des effectifs absents, au moment de Noël ou au mois d'août", rappelle-t-il.
Dans le Nord, on se prépare aussi à toutes les situations, "y compris les plus graves". S'il est difficile à ce jour de dire précisément quelle sera l'ampleur de la vague de grippe, Valérie Chatel estime que le scénario le plus probable est la fermeture de certains services publics sur quelques territoires, mais pas dans tout le département.
Dans une situation de propagation virale relativement limitée - ce à quoi s'attendent beaucoup de spécialistes - l'objectif des collectivités consistera, d'après les textes, à assurer les activités "au niveau le plus élevé", sur le lieu habituel de travail des agents. Ce qui nécessite, du coup, des mesures pour la protection de leur santé.
A cette fin, les collectivités locales ont bien sûr commandé des masques... ou sont en passe de le faire. A Bordeaux par exemple, les stocks permettront d'équiper entre 600 et 800 agents pendant un mois. "Les collectivités qui n'auraient pas encore passé commande de masques doivent le faire rapidement, car les délais s'allongent", conseille Alain de Bouteiller, secrétaire général de la ville. Les grandes collectivités, comme le conseil général de la Somme, ont pour autre souci de "gérer au mieux les stocks". Au conseil général du Nord, on insiste aussi sur la difficulté de faire acheminer le matériel dans plus de 600 lieux de travail différents.

 

Chasse au virus

Généralement aussi, des solutions hydro-alcooliques, permettant de se laver les mains sans avoir à les mouiller, seront fournies à ceux qui ne disposent pas d'un point d'eau durant leurs heures de travail. Des lingettes désinfectantes seront parfois aussi distribuées. Les collectivités décident par ailleurs de renforcer la propreté de leurs locaux, les agents d'entretien ayant notamment pour consigne de nettoyer plus régulièrement les poignées de porte et les interrupteurs. Cette chasse au virus n'a cependant pas que des avantages. Ainsi, à Bordeaux, la mairie a abandonné temporairement l'utilisation de produits d'entretien écologiques, considérés comme moins efficaces. Des mesures plus exceptionnelles sont envisagées, comme à Saint-Etienne, où l'on va installer des vitres de plexiglas aux guichets d'accueil.
Les collectivités comptent par ailleurs sur les vaccins qui seront disponibles courant octobre. Ces vaccins seront proposés aux agents les plus exposés à la grippe et à ceux qui sont les plus vulnérables : femmes enceintes, personnes souffrant d'insuffisances respiratoires... Ces agents pourront bénéficier de mesures spéciales. Au conseil général de la Somme, ils seront, sur décision du médecin du travail, affectés sur un poste qui les expose moins au risque grippal. La mesure s'appliquera dans le respect du secret médial, "même si c'est une exigence qui n'est pas toujours simple à respecter", reconnaît Yann Dubois.
Toutes ces mesures sont-elles vraiment efficaces ? Pour les masques, Valérie Chatel répond par l'affirmative. "Ils permettent au porteur de la grippe de ne pas contaminer ses proches." Mais, ajoute-t-elle, "nos agents se rendent compte que ce n'est pas simple de les porter. Avec les masques de type FFP2, les personnels soignants par exemple font peur aux enfants !". Yann Dubois acquiesce : "Même pour des agents qui travaillent dans un bureau, il est difficile de porter un masque pendant 8 heures." Quelle que soit l'efficacité des mesures d'hygiène mises en place, elles ont le mérite de "rassurer psychologiquement les agents", estime Claude Louis, adjoint au maire de Bussy-Saint-Georges et médecin de formation.

 

"Ne pas dramatiser"

Rassurer, c'est bien certainement l'un des rôles aussi de la communication en direction des agents, qu'elle passe par le journal interne, l'affichage, l'envoi d'une lettre spéciale, l'intranet, des fiches ou des réunions. Les collectivités s'attachent régulièrement à informer sur la réalité du risque, les mesures qu'elles ont prises et les gestes d'hygiène. Sur un sujet aussi sensible que la pandémie, une bonne communication interne obéit à des règles précises. "Il faut en faire ni trop, ni trop peu et avoir un discours objectif ", estime Yann Dubois. La difficulté est d'"atteindre tout autant les personnes qui sont sereines sur la situation que celles qui sont inquiètes," souligne pour sa part François Driol, directeur de la sécurité civile à la mairie de Saint-Etienne.
La communication a joué un rôle important, voire essentiel, chez les collectivités confrontées au mois d'août à un ou des cas de grippe parmi leurs agents. A Bussy-Saint-Georges, on s'est attaché à "ne pas dramatiser l'épisode", explique l'adjoint au maire. Un article est paru dans l'édition locale du Parisien pour informer les usagers qui auraient été en contact avec l'agent en question, qui travaille au service de l'état civil. A Mérignac, la mairie a décidé de "faire taire les rumeurs" concernant les risques liés au cas de grippe découvert à la direction des ressources humaines. Elle a organisé dans les plus brefs délais une conférence de presse au cours de laquelle elle a présenté, plus tôt que prévu, les premières mesures de son plan de continuité.

 

Thomas Beurey / Projets publics
 

 

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