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Confinement : un protocole pour organiser les visites en Ehpad et dans les ESSMS

Le ministère des Solidarités et de la Santé a diffusé le 20 avril une version amendée de son "Protocole relatif aux consignes applicables sur le confinement dans les ESSMS et unités de soins de longue durée" avec l'ajout de "recommandations relatives au rétablissement encadré des visites extérieures". Les consignes sur le déroulement de ces visites sont strictes et précises.

Après les annonces d'Édouard Philippe et d'Olivier Véran sur l'assouplissement des visites en Ehpad, lors de leur conférence de presse du 19 avril (voir nos articles ci-dessous des 19 et 20 avril 2020), il était indispensable de poser des règles précises sur l'organisation de ces visites. Et cela même si cette organisation reste placée sous l'autorité du responsable de chaque établissement, après concertation avec le médecin coordonnateur et l'équipe soignante. Le ministère des Solidarités et de la Santé a donc réagi très rapidement, en diffusant, dès le 20 avril, une version amendée de son "Protocole relatif aux consignes applicables sur le confinement dans les ESSMS et unités de soins de longue durée".

Un protocole qui s'appuie sur plusieurs recommandations

Ce document d'une dizaine de pages regroupe l'ensemble des consignes générales applicables aux établissements et services sociaux et médicosociaux (ESSMS), ainsi qu'aux unités de soins de longue durée (USLD), qui sont des structures sanitaires. Ce protocole s'appuie sur les recommandations, en date du 30 mars, du Comité national consultatif d'éthique sur le renforcement des mesures de protection des résidents des établissements d'hébergement pour personnes âgées (voir notre article ci-dessous du 2 avril 2020), sur les recommandations du rapport de Jérôme Guedj remises le 8 avril (voir notre article ci-dessous du 9 avril 2020) et sur celles de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG) du 11 avril concernant l'organisation et les soins des unités dédiées aux personnes âgées présentant des troubles envahissants du comportement.

Le protocole précise ainsi les modalités du confinement, les recommandations relatives à la limitation de la circulation au sein de l'établissement (jusqu'au confinement individuel en chambre), ainsi qu'au maintien du lien social.

Pour un "rétablissement encadré des visites extérieures"

La nouvelle version du protocole ajoute à cet ensemble une nouvelle partie, consacrée aux "recommandations relatives au rétablissement encadré des visites extérieures". Après avoir rappelé que la décision finale relève du directeur de la structure, après concertation collégiale avec l'équipe soignante et en particulier les médecins coordonnateurs (le cas échéant) et consultation, si possible, du conseil de la vie sociale (CVS), le protocole commence par traiter des visites des proches. Celles-ci sont soumises à un certain nombre de préalables : une demande émanant du résident (ou, à défaut, son avis), une demande écrite de rendez-vous (au besoin dématérialisée), une information précise sur les conditions de ces visites, une durée limitée (avec une durée de référence de 30 minutes, sans pouvoir excéder une heure), un maximum de deux personnes extérieures par visite, pas de mineur (sauf visite en cas de fin de vie), la tenue d'un registre dédié (traçabilité) et la signature par les visiteurs d'une charte de bonne conduite (s'appuyant sur le protocole, mais adaptée au contexte et à la configuration locale).

Le protocole précise également les modalités garantissant la sécurité de la visite : mise en place d'une double circulation (visiteurs et résidents ne doivent jamais se croiser) et respect renforcé des gestes barrières et des mesures de distanciation physique. Ce deuxième point, longuement détaillé, est particulièrement strict (et encore s'agit-il de règles "a minima").

Des règles de sécurité particulièrement drastiques

Il concerne en premier lieu l'arrivée des visiteurs : lavage des mains avec une solution hydro-alcoolique, prise de température avec déclaration sur l'honneur de n'avoir pas pris un traitement antipyrétique (paracétamol, aspirine...) dans les 12 heures précédentes (point à faire figurer dans le message aux familles), auto-questionnaire à remplir par les visiteurs pour confirmer l'absence de symptômes et port de masques chirurgicaux, "apportés par les proches ou, si possible, mis à disposition par les établissements".

Les consignes sont tout aussi strictes sur le déroulé de la visite : respect d'un circuit sécurisé, une seule visite par créneau horaire (ce qui exclut d'avoir plus de deux visiteurs en même temps dans un établissement, mais risque de poser un problème dans les grands Ehpad de plus de 80 ou 100 lits), distance physique d'au moins 1,50 mètre, avec matérialisation si possible (grande table, décoration végétale, éventuellement séparation mobile vitrée ou plexiglas) et, enfin, interdiction de tout échange d'objets ou de denrées.

Enfin, les consignes concernent aussi la fin de la visite, avec nettoyage des surfaces susceptibles d'avoir été touchées (et aération le cas échéant) avant et après chaque visite et respect du circuit des déchets d'activités de soins à risques infectieux (Dasri).

Des bénévoles formés pour limiter la charge des personnels

Autre point capital : "Pour assurer ces mesures de sécurité, il est nécessaire qu'un professionnel puisse être présent pendant les visites". Pour éviter de surcharger les personnels déjà fortement sollicités, notamment dans les Ehpad, il peut être envisagé, "en cas de nécessité", de faire appel à un retour des bénévoles, "en nombre limité, formés aux gestes barrières et à la distanciation sociale et connaissant les contraintes des établissements (ex : pompiers volontaires, Protection civile, Croix-Rouge...). En aucun cas, des bénévoles non formés et non encadrés ne pourront revenir dans l'établissement".

Le protocole évoque aussi les lieux de tenue de ces visites, en établissant un ordre de priorité. En premier lieu les rencontres en extérieur (tout en étant conscient que cela "ne sera pas nécessairement soutenable dans la durée, selon les régions, du fait de potentiels épisodes de chaleur"). Ensuite un espace dédié au rez-de-chaussée de l'établissement avec entrée indépendante pour les visiteurs. Enfin et en dernier recours, une rencontre en chambre en raison de l'état de santé du résident, mais avec des conditions particulières (une seule personne, durée raccourcie, équipements de protection requis...).

Dernier point, évoqué beaucoup plus brièvement : la visite des professionnels indispensables. Le protocole prévoit que le directeur de l'établissement "peut décider d'un retour très encadré d'intervenants libéraux et des professionnels strictement indispensables à la préservation de l'autonomie des résidents". Ceux-ci doivent alors signer une charte de bonne conduite et utiliser leur propre équipement de protection individuel. Pour limiter ces visites extérieures, il est aussi possible de demander aux professionnels de prendre en charge des personnes qui ne font pas partie de leur clientèle habituelle, tout en veillant à la continuité des soins et aux échanges écrits entre professionnels.

 

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