Sébastien Windsor (Chambres d'agriculture France) : "Nous avons besoin de cette loi d'urgence"

Loi d'urgence agricole, conférences de la souveraineté alimentaire, plan budgétaire et fiscal de 300 millions d'euros... Le président de Chambres d'agriculture France Sébastien Windsor accueille favorablement les annonces du gouvernement pour sortir d'un énième mouvement de colère agricole qui a pris de l'ampleur avec la signature officielle prévue samedi 17 janvier de l'accord de libre-échange avec le Mercosur.

Face à l'actualité, les chambres d'agriculture ont décidé de changer le programme de leurs vœux présentés à la presse le 14 janvier 2026. "Nous avons voulu réagir face à la situation de l'agriculture et aux annonces faites par le gouvernement et montrer le rôle des chambres d'agriculture pour sortir de cette crise", a expliqué en introduction Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France, choisissant ce sujet plutôt que la présentation du projet stratégique des chambres, qui devrait intervenir plus tard dans le calendrier.

Reparti en fin d'année pour dénoncer la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), le mouvement de colère des agriculteurs s'est étendu à toute la France avec la perspective de la signature officielle, samedi 17 janvier, au Paraguay, de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur.

Pour tenter de sortir de la crise, le Premier ministre a annoncé, mardi 13 janvier, une loi d'urgence agricole. La troisième pour la profession en moins d'un an (après la loi d'orientation et la loi Duplomb). "Parce que certaines simplifications relèvent de la loi, j’ai demandé à la ministre Annie Genevard de préparer pour le salon de l’agriculture une loi d’urgence agricole autour de plusieurs priorités : eau, prédation, moyens de production", a indiqué Sébastien Lecornu, répondant à une demande de la FNSEA, premier syndicat agricole. Le texte sera inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres "au mois de mars" pour être examiné par le Parlement "avant l’été".

Moratoire sur l'eau

Le Premier ministre a aussi annoncé "un moratoire sur toutes les décisions relatives à la question de l'eau" jusqu'à la présentation du projet de loi en conseil des ministres, le gel de la redevance pour pollutions diffuses pour le monde agricole dans le projet de loi de finances 2027, la suspension des textes fixant les volumes d'eau prélevables jusqu'à septembre, le déblocage d'un maximum de projets hydrauliques agricoles "à taille humaine". Enfin, le chef du gouvernement se dit "prêt à demander à la Commission européenne" de faire évoluer le cadre existant de la directive nitrates qui encadre notamment les plans d'épandages d'engrais par les agriculteurs sur leurs champs.

Le 9 janvier, le gouvernement avait déjà annoncé un plan budgétaire et fiscal de 300 millions d'euros dans le cadre d'amendements au projet de budget 2026 (et donc soumis à son vote) pour financer onze actions concrètes dans les domaines de l'eau, de la viticulture, des produits phytosanitaires... Et en fin d'année, le 8 décembre, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard avait lancé des "conférences sur la souveraineté alimentaire" alors que pour la première fois depuis 1978 la balance commerciale agro-alimentaire a terminé l'année en déficit (lire notre article du 5 décembre 2025). Une concertation qui doit conduire à la présentation d'un rapport final au second semestre 2026.

Une feuille de route pour chaque territoire

"Avec les conférences sur la souveraineté alimentaire, on va enfin vers une ambition, a estimé Sébastien Windsor, lors de ses voeux, nous souhaitons que chaque territoire écrive une feuille de route : quelles productions nouvelles à développer ?" Et dans ce domaine, les chambres d'agriculture demandent à être le coordinateur dans chaque région d'un plan de souveraineté alimentaire et assurer le suivi de la mise en œuvre.

"Il y a cinq ans, la France était fière de deux secteurs d'activité, l'aéronautique et l'agriculture et agroalimentaire, ce dernier étant le deuxième dans la balance commerciale, a détaillé Sébastien Windsor, en 2025, il est fort probable que la France ait importé plus de produits dans ce domaine qu'elle n'en aura exporté ! C'est quand même incroyable sachant que nous sommes le premier pays agricole d'Europe !" Et le revenu des agriculteurs s'effondre. On est à "-20% cette année après -39% l'an passé", d'après le président de Chambres d'agriculture France. "Je salue l'apport d'argent frais amené par le Premier ministre et le gouvernement, qui va nous permettre de passer ce cap, mais nous avons besoin de cette loi d'urgence", a aussi affirmé Sébastien Windsor.

Sur la PAC, "le compte n'y est pas"

Les chambres d'agriculture ont mis en avant les actions qu'elles mettent en place pour soutenir les agriculteurs dans cette période compliquée. Dans le domaine sanitaire, elles comptent faire avancer l'idée de la dématérialisation des passeports des animaux pour mieux les tracer. Et en matière de Politique agricole commune (PAC), dont le budget est en cours de finalisation au niveau européen, elles estiment que le compte n'y est pas et souhaitent obtenir un budget a minima identique à celui de la précédente programmation, prenant en compte l'inflation.

La semaine dernière la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fait débloquer de manière anticipée une enveloppe de 45 milliards d'euros du futur budget 2028-2034 (des fonds n'auraient pas été disponibles avant révision à mi-parcours de la PAC). "On a progressé sur le budget mais le compte n'y est pas, notamment pour la France", a assuré Sébastien Windsor.

Malgré le retrait mercredi matin des tracteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs postés devant l'Assemblée, le calme était loin d'être revenu. Mercredi soir, le gouvernement devait essuyer deux motions de censure déposées par le RN et LFI dénonçant l'accord avec le Mercosur. Motions qui ont finalement été rejetées (la motion LFI a obtenu 256 voix, et celle du RN 142, quand 288 étaient nécessaires). Quant au plan de 300 millions d'aides, "il ne pourra entrer en vigueur qu’avec l’adoption d’un budget", a rappelé le Premier ministre.

 

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