Datacenters : l'Arcep s'alarme de l'explosion de l'empreinte environnementale

L'Arcep a publié la cinquième édition de son enquête annuelle "Pour un numérique soutenable". Si la consommation des réseaux télécoms se stabilise enfin, celle des centres de données s'emballe sous l'effet de l'IA générative, sujet que l'autorité a commencé à investiguer dans une étude distincte. 

Le numérique – dans le périmètre étudié par l'Arcep : terminaux, réseaux et centres de données – a émis plus d'un million de tonnes de gaz à effet de serre en 2024. Si ces émissions sont quasiment stables, depuis 2021, elles pourraient repartir à la hausse, alerte l'autorité dans la cinquième édition de son enquête sur l'impact carbone du numérique, publiée fin mai 2026. Alors que globalement la tendance est à la baisse pour les émissions GES, avec – 3,4 % en France en 2024 (– 0,9 % pour les émissions directes), l'adoption massive de l'IA, et son pendant en termes de besoin de calcul, augure d'un dérapage incontrôlé. 

Des datacenters toujours plus puissants

L'Arcep note ainsi que la consommation électrique des seuls centres de données a progressé de 38% en trois ans, pour atteindre 2,7 TWh en 2024, avec une hausse de 12% sur un an. Si l'efficacité énergétique de ces équipements s'améliore très légèrement, ils montent en puissance. Les trois centres mis en service en 2024 atteignent en moyenne 20 MW, soit plus du double de ceux ouverts en 2023 (9 MW), et près de sept fois plus que la moyenne des centres déjà installés (3 MW). Au total, l'ensemble des centres étudiés pèse près de 600 MW (+14%). En toute logique, les émissions de gaz à effet de serre associées ont bondi de 23%.

L'enquête documente aussi les prélèvements d'eau. En 2024, les centres de données ont prélevé 575.000 m³, en quasi-totalité potable, un chiffre qui évolue à la baisse (-15%). L'Arcep relève que ces prélèvements peuvent générer des "conflits d'usage" localement.

Forte concentration francilienne

L'Île-de-France concentre toujours 56% des centres de données et plus de 70% de la puissance informatique et de la consommation électrique nationale. Avec les Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur, les trois régions totalisent 90% de la puissance installée. La tendance ne va pas changer à court terme : les trois nouveaux centres ouverts en 2024 sont franciliens.

Les chiffres de l'Arcep restent cependant incomplets. L'enquête se limite aujourd'hui aux données remontées par 23 opérateurs de colocation et co-hébergement. Les géants du cloud - AWS, Microsoft Azure, Google Cloud… - demeurent hors périmètre. Un manque que l'autorité a promis de combler. Une décision adoptée en décembre lui permet de collecter les données des hyperscalers, elles seront intégrées à l'édition 2027 de l'enquête. On peut attendre de cette enquête un peu plus d'éléments sur l'IA générative, sujet sur lequel l'Arcep manque encore de données (voir encadré).

La fibre contribue à la sobriété

La tendance à la stabilisation se confirme pour les réseaux fixes et mobiles avec 4,1 TWh de consommation en 2024, alors qu'ils avaient tendance à augmenter jusque-là. La consommation d'énergie des boucles locales fixes recule même de 16%, portée par la transition du cuivre vers la fibre, technologie plus efficace énergétiquement.

Sur le segment réseaux, la box est aujourd'hui le principal moyen d'optimiser les consommations, d'autant plus qu'elle pèse directement sur les abonnés. L'Arcep note que le parc de box internet et décodeurs TV a consommé 3,4 TWh en 2024, soit cinq fois la consommation des réseaux d'accès fixes. Cependant, 90% de cette consommation est invariable, indépendante du trafic ou des usages (contrairement au mobile). Et si les modèles récents sont moins énergivores, l'Arcep estime que les gains liés à leur meilleure performance en phase d'utilisation peuvent être inférieurs à ceux obtenus en prolongeant la durée de vie des équipements existants et en les éteignant la nuit.

Terminaux, 5G et câbles

Dans les autres enseignements de ce millésime, on notera que la tendance aux grands écrans pèse sur le bilan carbone des terminaux, qui représentent toujours la moitié de l'empreinte carbone du numérique si on y intègre la fabrication. Et seulement 4% des mobiles vendus par les opérateurs sont des seconde main.

Sur la 5G, elle note que les équipements d'une station de base en bande 3,5 GHz présentent une empreinte carbone embarquée 72% supérieure à celle d'une station sans cette bande, tout en offrant deux fois plus de largeur de bande exploitable.

L'édition intègre enfin une première évaluation de l'impact des câbles en fibre optique. Leur fabrication a mobilisé 170 GWh d'énergie en 2024 - soit 26% de la consommation énergétique des réseaux fixes - et 66.000 m³ d'eau prélevés en France et à l'étranger.

› L'Arcep veut des données précises sur l'IA générative

Concomitamment à cette enquête, l'Arcep a publié un premier rapport  sur l'empreinte environnementale de l'intelligence artificielle générative. Premier constat : 84% des modèles d'IA ne communiquent aucune donnée environnementale et les données disponibles sont peu comparables. Côté certitudes, les centres de données concentrent l'essentiel des impacts. La seule consommation électrique mondiale des datacenters est susceptible de doubler d'ici 2030. Google et Microsoft ont du reste revu leurs objectifs de décarbonation à la baisse. 

L'entraînement des modèles est très énergivore, mais c'est l'inférence - l'usage en temps réel par des millions d'utilisateurs - qui devient le principal enjeu à mesure que l'IA se généralise. Des tests conduits sur le supercalculateur Jean Zay montrent que les modèles les plus performants ne sont cependant pas forcément les plus énergivores, et que des techniques de compression permettent des gains énergétiques de près de 40% sans sacrifier la qualité des réponses. 

Pour avancer sur un sujet au cœur du dérapage de l'empreinte carbone du numérique, l'autorité formule des recommandations sur quatre axes : 
- imposer la publication de données standardisées aux fournisseurs de modèles et fabricants de puces ;
- intégrer l'écoconception dans la régulation européenne ;
- donner les moyens aux utilisateurs de choisir des systèmes d'IA sobres ;
- coordonner implantation des centres de données et politique énergétique à l'échelle du continent.

 

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