Datacenters : le Sénat valide la nécessité de relocaliser les centres de données en France

Le Sénat a décidé de se pencher sur l'impact environnemental de l'IA avec une première vague d'auditions le 4 février 2026. Le choix gouvernemental de privilégier une relocalisation en France des centres de données a été jugé bon pour l'impact carbone du numérique comme pour la souveraineté. Mais la maîtrise des externalités environnementales négatives de ces centres de données reste centrale.

Cinq ans après la loi visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France (Reen), la commission du développement durable du Sénat a décidé de se remettre à l'ouvrage pour intégrer la déferlante de l'IA et son double physique : les datacenters. La directrice des affaires publiques de la licorne française de Mistral AI a été la première à reconnaître l'ampleur du problème lors d'une première vague d'auditions le 4 février 2026 : "L'IA  pollue, il faut le dire très clairement", a déclaré sa directrice des affaires publiques Audrey Herblin-Stoop abondant dans le sens des alarmes convergentes du Shift project (voir notre article 2 octobre 2025), de l'autorité de la concurrence (voir notre article du 12 janvier 2026) et surtout de l'Ademe (voir notre article du 5 novembre 2024).

Consensus sur la relocalisation

Face à des sénateurs très attachés à une localisation des serveurs en France, Baptiste Perrissin Fabert, directeur général délégué de l'Ademe, a nié défendre l’idée d'un "moratoire" sur les centres de données. Il estime que les scénarios publiés début janvier par l'agence, dont certains très alarmistes sur l'envolée de l'empreinte carbone, avaient été "mal interprétés". Au contraire, l'agence défend la relocalisation : "L'impact principal de l'IA venant des datacenters, le mix électrique du territoire d'accueil devient prépondérant dans le calcul de l'empreinte carbone."

Anne Bouverot, coprésidente du Conseil de l'IA et du numérique, abonde en ce sens, mettant en avant la nécessité de réduire les dépendances aux géants américains, de valoriser une énergie décarbonée grâce au nucléaire et d'écouler "une production électrique supérieure aux besoins"… au moins pour le moment. Quant à amorcer une relocalisation du traitement des données au nom de la protection contre les lois extraterritoriales, Mistral affirme montrer l'exemple : il a abandonné le Nevada pour investir 3 milliards d'euros dans ses propres infrastructures à Brétigny-sur-Orge (91).

L'IA frugale comme boussole

Face à la vague d'investissements annoncée, l'Ademe anticipe une multiplication par trois de la consommation électrique des datacenters en France d'ici 2035. Aussi la frugalité des installations devient-elle impérative. Mistral a travaillé dès le départ sur des "modèles plus frugaux" ou plus spécialisés, comme sur le code informatique. C'est un des rares leaders du secteur à avoir publié des chiffres sur le cycle de vie de ses installations, selon une méthodologie discutée avec l'Ademe.

La frugalité des infrastructures, grande oubliée de l'AI Act, doit ensuite a minima pouvoir être objectivée. Le fleuron tricolore appelle de ses vœux une standardisation des indicateurs "pour pouvoir comparer les solutions" face à des concurrents susceptibles de faire du "greenwashing". Sans aller pour autant jusqu'au "bilan carbone obligatoire" suggéré par un sénateur. C'est plutôt la voie de la "soft law" et des critères de souveraineté associés à la commande publique (objet d'une proposition de loi) qui a été poussée par plusieurs intervenants.

Tous ont cependant reconnu que les avancées techniques ne suffiraient pas, l'Ademe poussant à une "maîtrise des usages" voire à leur "priorisation". De fait, un changement de paradigme est à l'œuvre : "alors que l'empreinte du numérique se répartissait à 80% sur la fabrication des terminaux et 20% sur les usages, la tendance est en train de s'inverser sous l'effet de l'IA", alerte Baptiste Perrissin Fabert. En clair, il devient urgent de sensibiliser largement aux conséquences de l'inférence (l'usage de l'IA).

Les collectivités veulent être associées

Les sénateurs ont ensuite interpellé Anne Bouverot sur l'absence des collectivités dans la stratégie IA nationale. Celle-ci a reconnu le "besoin de planification territoriale sur la localisation des datacenters" en citant les régions comme principaux interlocuteurs. Cette question devrait en tout cas revenir à l'occasion d'une prochaine loi de programmation pluriannuelle de l'énergie, les parlementaires insistant sur la nécessité d'y intégrer l'IA.

Des demandes ont aussi été faites pour éclairer les choix d'implantation. L'installation au vert des datacenters peut se justifier pour éviter des zones de tensions sur l'eau et l'usage de l'électricité. Mais dans les zones urbaines, il est plus facile de réutiliser la chaleur fatale pour chauffer un quartier, sous réserve que préexiste un réseau de chaleur.

Quant à la création de centres de données par les collectivités pour leurs besoins propres, suggérée par quelques élus, on leur a surtout vanté les mérites d'une mutualisation. Et celle-ci serait avant tout européenne.

La mission d'information du Sénat poursuivra ses travaux jusqu'au printemps. Un rapport est attendu pour l'été, potentiellement suivi d'initiatives législatives.

 

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