Culture - Deux annonces d'Emmanuel Macron relancent le débat sur la restitution d'oeuvres d'art

Deux annonces d'Emmanuel Macron ont relancé le débat sur le sujet de la restitution d'œuvres d'art ou de pièces appartenant à des collections muséales. La première est intervenue lors du déplacement du chef de l'Etat en Algérie, le 6 décembre. Il s'est alors dit "prêt" à restituer 37 crânes d'insurgés algériens, tués lors de révoltes contre la colonisation française durant la seconde moitié du XIXe siècle et conservés depuis lors dans les réserves du Musée de l'Homme à Paris. La seconde déclaration remonte au 28 novembre, dans son discours à Ouagadougou (Burkina Faso), au cours duquel le chef de l'Etat a évoqué "des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique".

Consensus sur la restitution de restes humains

La question des crânes algériens semble la plus simple, dans la mesure où plusieurs affaires récentes ont tracé la voie : la restitution de la Vénus hottentote à l'Afrique du Sud en 2002, l'affaire des têtes maories en 2008-2010 (voir nos articles ci-dessous), ou encore la restitution du crâne du guerrier Ataï et de son sorcier à la Nouvelle-Calédonie (voir notre article ci-dessous du 3 septembre 2014). Il a toutefois fallu en passer par des lois ad hoc pour permettre la restitution de la Vénus hottentote et des têtes maories, un texte législatif n'étant en revanche pas nécessaire pour la Nouvelle-Calédonie, territoire de la République.
Sur la question des crânes algériens, Emmanuel Macron a déclaré au site d'informations TSA (Tout sur l'Algérie) : "Je souhaite qu'on ravive la relation avec le travail mémoriel entre nos deux pays, que la restitution des crânes soit décidée, je la déciderai, je suis prêt." L'idée d'une restitution des restes humains conservés dans des collections de musées, notamment en vue de les enterrer sur leur terre natale, est aujourd'hui assez largement admise.
Elle n'en pose pas moins des problèmes pour les musées possédant d'importantes collections anthropologiques, comme le Musée de l'Homme ou le Muséum d'histoire naturelle. Elle soulève également des questions de fond sur le périmètre de ces restitutions, qui se limitent jusqu'à présent à des restes récents. Mais faudra-t-il restituer un jour des momies égyptiennes ?

"Je veux que d'ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique"

Dans son discours de Ouagadougou, Emmanuel Macron est allé au-delà de la question de la restitution des restes humains, pour évoquer celle des œuvres d'art : "Je ne peux pas accepter qu'une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France. Il y a des explications historiques à cela, mais il n'y a pas de justification valable, durable et inconditionnelle ; le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans des collections privées et des musées européens. Le patrimoine africain doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, à Lagos, à Cotonou, ce sera une de mes priorités. Je veux que d'ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique."
Même s'il reste à connaître le périmètre de ces éventuelles restitutions définitives, cette annonce suscite une inquiétude chez les conservateurs, dans la mesure où elle remet en cause le principe de l'inaliénabilité des collections et risque d'ouvrir une boîte de Pandore aux conséquences difficiles à imaginer. Comme tous les grands pays développés, la France s'était d'ailleurs tenue à l'écart de la "Conférence pour la protection et la restitution du patrimoine culturel", qui réunissait une quinzaine de pays au Caire en avril 2010.

Un cadre juridique un peu plus souple, mais toujours des réticences

Sur le plan juridique, la situation a légèrement évolué avec la loi du 18 mai 2010 visant à autoriser la restitution par la France des têtes maories à la Nouvelle-Zélande et relative à la gestion des collections (voir nos articles ci-dessous du 30 juin 2009 et du 5 mai 2010). Celle-ci a en effet remplacé la commission scientifique des musées de France - instaurée par la loi relative aux musées de France du 4 janvier 2002 - par une "commission scientifique nationale des collections". Outre une composition élargie, cette commission voit également ses compétences étendues - au-delà des seules collections des musées de France - à toutes les collections publiques, voire privées. Elle a notamment pour mission "de conseiller les personnes publiques ou les personnes privées gestionnaires de fonds régionaux d'art contemporain, dans l'exercice de leurs compétences en matière de déclassement ou de cession de biens culturels appartenant à leurs collections, à l'exception des archives et des fonds de conservation des bibliothèques". Outre des avis sur des cas particuliers, la commission est également chargée de définir "des recommandations" de portée générale en matière de déclassement des biens appartenant aux différents types de collections couverts par la loi.
Mais le monde des musées n'est pas pour autant plus ouvert à l'idée d'un déclassement. On rappellera simplement l'affaire de la restitution à la Corée du Sud - à l'occasion d'un déplacement de Nicolas Sarkozy en 2010 - de 297 manuscrits royaux "acquis" lors d'un pillage en 1867 et figurant dans les collections de la BnF. Pour faire passer la mesure, celle-ci a été présentée comme un "prêt renouvelable" tous les cinq ans, la France restant officiellement propriétaire des manuscrits. Mais, pas vraiment dupes, les conservateurs de la BnF ont alors lancé une pétition qui avait recueilli un large soutien dans le milieu des musées.

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis

Choix du format

 

Pour en savoir plus sur le traitement de vos données nous vous invitons à consulter notre Politique de protection des données à caractère personnelle