Édouard Geffray veut faire de l'offre scolaire un élément de dynamique territoriale
Lors de sa conférence de presse de rentrée, le ministre de l'Éducation nationale a annoncé la généralisation de l'expérimentation portant sur la coconstruction de la carte scolaire. Il ambitionne aussi, en lien avec les collectivités, de faire de l'offre scolaire un élément-clé de l'aménagement du territoire.
© Capture vidéo Ministère Éducation nationale/ Conférence de presse de rentrée d'Édouard Geffray
Peu après sa prise de fonctions comme ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray avait commandé une étude sur l'évolution des effectifs scolaires à l'horizon 2035. À la suite des données préoccupantes qui en avaient résulté – une baisse du nombre d'élèves de 1,7 million d'élèves (lire notre article du 8 avril 2026) –, il avait lancé une expérimentation visant à coconstruire la carte scolaire en lien plus étroit avec les élus locaux, le tout au service de l'aménagement scolaire du territoire (lire notre article du 23 avril). Cette expérimentation, a-t-il annoncé lors de sa conférence de presse de rentrée, mardi 25 août, sera élargie à tous les départements en janvier 2027.
C'est que le temps presse, que les choses s'accélèrent. Le ministre de l'Éducation nationale a en effet confié que ce 1er septembre, ce sont 161.000 élèves en moins par rapport à la rentrée 2025 qui pousseront les portes des établissements scolaires, alors que les prévisions s'établissaient à "seulement" 150.000. "Les bouleversements démographiques fragilisent l'école dans sa géographie", a lancé Édouard Geffray, qui n'entend pas "rester tributaire d'une double annualité budgétaire et scolaire" ni "assister sans agir à la dévitalisation du territoire".
Reprendre en main notre destinée territoriale
L'expérimentation lancée dans dix-huit départements* consiste à regarder la route "à cinq ou dix ans", mais aussi à ne pas mettre la charrue avant les bœufs, autrement dit, à construire le budget de l'Éducation nationale selon les besoins des territoires et non l'inverse. Pour le projet de loi de finances 2027, "cela fonctionne, s'est réjoui le ministre, les premiers retours des départements viennent alimenter très directement les discussions que nous avons au niveau interministériel". La première ambition d'Édouard Geffray demeure donc qu'aucun maire ne découvre au mois de mars les ouvertures ou fermetures de classes du mois de septembre, comme c'est encore trop souvent le cas actuellement.
Au-delà de la carte scolaire stricto sensu et de son corollaire budgétaire, "la triste aubaine qu'est la démographie" doit également servir à "repenser l'offre scolaire" à l'échelle d'un département, d'un bassin de vie, d'une commune. "Ce que je veux, a martelé Édouard Geffray, c'est qu'un élève du rural ait les mêmes chances d'accéder à une section internationale, à une classe à horaires aménagés musique ou à une diversité linguistique qu'un élève de Paris. Actuellement, ce n'est pas le cas. Si on repense l'offre scolaire et que l'on en fait une politique d'aménagement du territoire, si on choisit d'implanter une école pour en faire un élément de dynamique territoriale, alors on reprend en main notre destinée territoriale."
Les collectivités "partenaires absolues de l'école"
Les départements expérimentateurs vont donc basculer prochainement, "si tout le monde est d'accord avec les engagements pris", vers une contractualisation sur cinq ans. Surtout, cette contractualisation sera généralisée en janvier 2027 à tous les départements. Mais le ministre a prévenu : "Cela devra reposer non seulement sur un dialogue mais sur une étape de coconstruction avec les élus locaux. Nous ne pouvons pas construire l'école tout seuls, les élus et les collectivités territoriales sont les partenaires absolues de l'école."
Et pour "mieux appuyer cette démarche" mais également l'animer, l'outiller et la documenter, Édouard Geffray va créer début novembre une direction de la politique territoriale de l'école et de l'anticipation au sein de son ministère. Cette instance, qualifiée de "Datar de l'école", en référence à la défunte délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, rassemblera les services compétents au niveau national et s'appuiera sur les travaux du comité d'anticipation en éducation lancé au printemps dernier et dont les réflexions seront connues début janvier.
* Aisne, Hautes-Alpes, Cantal, Charente, Côtes-d'Armor, Doubs, Drôme, Finistère, Gironde, Indre, Loire-Atlantique, Manche, Meurthe-et-Moselle, Pas-de-Calais, Saône-et-Loire, Yvelines, Tarn-et-Garonne et Martinique.