Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat : une volonté d'agir "à l'échelle des territoires"

Attendue depuis plus de deux ans, la très controversée Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a enfin été publiée par le gouvernement ce 11 février 2026. Le document, jugé timoré par des acteurs de la santé et de l'environnement, entend articuler santé publique, transition écologique et souveraineté alimentaire. Dans cette optique, entre gouvernance territoriale renforcée, consolidation des projets alimentaires territoriaux (PAT), restauration collective et lutte contre la précarité alimentaire, les collectivités ont un rôle à jouer.  

Elle en aura subi, des reports, avant d'être finalement publiée ce 11 février 2026. Issue de la Convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience qui a suivi en 2021, la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) fixe les orientations de la politique de l'alimentation durable et de la nutrition pour la période 2025-2030. Elle s'appuie sur le Programme national pour l'alimentation (PNA) et le Programme national nutrition santé (PNNS), tout en intégrant plus fortement la dimension climatique et environnementale.

Viande : "limitation" l'emporte sur "réduction"

Une chose est sûre : le système alimentaire français pèse lourd sur le climat. L'alimentation représente près du quart de l'empreinte carbone des Français, dont 61% issus des "produits d'origine animale". Or les négociations ont été particulièrement âpres sur la formulation concernant la consommation de viande. Le terme de "limitation", préféré au ministère de l'Agriculture à celui de "réduction" qui figurait dans le projet initial et qui était défendu par le ministère de la Transition écologique, a fini par l'emporter. "Big Mother veut limiter notre consommation de viande", s'est exaspéré  sur X David Lisnard, président de l'Association des maires de France, dénonçant "la folie du sermon technocratique […] jusque dans l'assiette" et appelant à en finir avec "l'Etat nounou". 

Serge Hercberg, cocréateur du Nutri-Score, tout comme Stéphanie Pierre, chargée des questions de santé publique à France Assos Santé, se sont félicités que "la Snanc sorte enfin" malgré des renoncements, notamment concernant la consommation des aliments ultra-transformés. Le ministère de l'Agriculture était réticent à cibler ces aliments, jugeant les risques insuffisamment définis. Le document final appelle à plus d'études sur le sujet, sans se prononcer sur des mesures dédiées.

17% des adultes sont obèses

Pourtant, en termes de santé publique, le rapport rappelle qu'en France, 17% des adultes sont obèses, 1/3 en surpoids. Des chiffres qui sont respectivement de 4% et 17% chez les enfants. Ajoutons que les maladies chroniques liées à l'alimentation constituent une cause majeure de mortalité prématurée. 
À ces enjeux sanitaires s'ajoutent des fractures sociales persistantes : la précarité alimentaire est passée de 12% à 16% des Français en 2022, dans un contexte d'inflation alimentaire durable.
Dans le même temps, la France affiche une balance agroalimentaire globalement excédentaire mais dépend fortement des importations pour certaines filières (fruits et légumes, protéines végétales, produits de la mer), interrogeant la notion de souveraineté alimentaire territorialisée.

Volonté affichée d'agir "à l'échelle des territoires"

C'est donc l'un des apports majeurs du texte consacré à la gouvernance, qui affiche la volonté d'agir "à l'échelle des territoires". L'objectif est double : mieux coordonner les politiques publiques (santé, agriculture, environnement, solidarité) et renforcer l'ancrage territorial des actions.

Les projets alimentaires territoriaux (PAT) sont évidemment identifiés comme des outils structurants. Au 1er juillet 2025, 450 PAT étaient reconnus, dont 241 opérationnels, majoritairement portés par des collectivités (notre article du 27 février 2025). La stratégie prévoit de consolider leur rôle dans l'accompagnement des transitions locales, en articulation avec les déclinaisons régionales des politiques alimentaires et nutritionnelles. La Snanc 2030 fixe l'objectif "d'au moins 80% du territoire couvert par des PAT ".

Pour les intercommunalités, départements et régions, la Snanc constitue aussi un "cadre de cohérence" : elle encourage la mise en synergie des politiques agricoles, des stratégies climat-air-énergie (PCAET), des plans régionaux de santé, ou encore des pactes locaux des solidarités.

Restauration collective : cap sur les légumineuses

Autre voie d'action concrète : la restauration collective identifiée comme un levier d'action territoriale. La Snanc entend soutenir les collectivités dans la mise en œuvre des obligations issues de la loi Egalim (50% de produits durables et de qualité, dont 20% de bio) et renforcer les engagements sur certains secteurs. L'enjeu est triple : améliorer la qualité nutritionnelle, réduire l'empreinte carbone des menus (diversification des sources de protéines), et structurer des filières locales. La stratégie promeut une "évolution des régimes alimentaires cohérente avec les recommandations sanitaires, notamment la limitation des viandes hors volailles et charcuteries au profit des légumineuses".

Les collectivités sont également incitées à développer l'éducation alimentaire dans les établissements scolaires  - ce qui fait l'objet d'une proposition déposée fin janvier à l'Assemblée ( notre article du 27 janvier 2026) et à lutter contre le gaspillage alimentaire, qui représente 4,3 millions de tonnes en 2022, dont 42% imputables aux ménages.

Justice sociale et accès à l'alimentation

A noter : la Snanc fait de la "réduction des inégalités" un enjeu à part entière. Elle vise à garantir "l'accessibilité physique et financière" à une alimentation saine et durable, notamment via la restauration collective et l'aide alimentaire.

Les quartiers prioritaires, les zones rurales isolées ou les territoires ultramarins sont particulièrement concernés. Dans les Drom, la prévalence du diabète est deux fois supérieure à celle de l'Hexagone, et l'obésité touche jusqu'à 34% des femmes à Mayotte. La stratégie prévoit d'ailleurs des déclinaisons spécifiques adaptées aux réalités locales.

Pour les départements, chefs de file des solidarités, et les communes engagées dans des politiques de santé publique, la Snanc renforce la légitimité d'actions transversales associant CCAS, acteurs de l'aide alimentaire, agences régionales de santé et réseaux associatifs, etc. 

Réduire les intrants... ou voter une nouvelle PPL Duplomb

En intégrant l'approche "Une seule santé", dite "One Health", la Snanc reprend à son compte la  vision systémique de la définition internationale adoptée par l'Alliance quadripartite OMS, OMSA, FAO, PNUE qui considère que "la santé des hommes, des animaux, des plantes et de l’environnement au sens large (y compris les écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante". La stratégie encourage le développement de pratiques agroécologiques,  la diversification des cultures et la préservation des ressources en eau et... la réduction des intrants. Rappelons qu'une nouvelle séquence législative s'ouvre avec l'annonce, pour le printemps, d'un projet de loi d'urgence agricole, dont le contenu devrait être présenté, fin février, au Salon de l’agriculture, et le dépôt, le 30 janvier, par le sénateur Laurent Duplomb, d'une nouvelle proposition de loi (PPL) visant le retour de deux insecticides, l’acétamipride et le flupyradifurone. 

Les collectivités, quant à elles, via leurs compétences en aménagement foncier, développement économique ou gestion des espaces naturels, disposent de moyens d'action concrets : soutien à l'installation agricole, préservation des terres agricoles, structuration de circuits courts, accompagnement des filières protéines végétales.

La question de la souveraineté alimentaire est abordée filière par filière, invitant les territoires à analyser leur taux d'auto-approvisionnement et leur dépendance aux importations.

Une feuille de route à territorialiser

En définitive, la Snanc ne crée pas de nouveaux outils juridiques mais propose un cadre stratégique "intégrateur". Sa réussite dépendra largement de sa traduction dans les politiques locales et de la capacité des collectivités à coordonner acteurs publics et privés.
La stratégie prévoit un suivi annuel fondé sur des indicateurs partagés. Reste à savoir si les moyens financiers et humains seront à la hauteur des ambitions affichées, dans un contexte budgétaire contraint.

 

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