Emploi public versus emploi privé : quelles différences ?
Salaires, durée effective du travail, absentéisme… Dans de nombreux domaines, l'édition 2026 du rapport annuel sur l'état de la fonction publique offre des comparaisons éclairantes entre la fonction publique et le secteur privé. C'est aussi le cas en ce qui concerne les conditions de travail, qui font l'objet d'un dossier dédié. Il en ressort notamment que, à l'opposé de certains clichés véhiculés dans l'opinion, les agents publics - y compris les territoriaux - sont davantage exposés au travail sous pression que les salariés du privé.
© SDessi. Source: Enquêtes Conditions de travail 2016 et 2024-2025, Dares, Drees, DGAFP-SDessi. Traitement DGAFP-SDessi.
Le travail sous pression n'épargne pas la fonction publique. Ses agents y sont même davantage exposés que les salariés du secteur privé, indique l'édition 2026 du rapport annuel sur l'état de la fonction publique, qui a été publiée le 15 octobre.
Le dossier figurant dans ce rapport de référence en matière de statistiques sur la fonction publique, rend compte de la perception par les agents publics de leurs conditions de travail, en s'appuyant sur une enquête menée en 2024 par la Dares, service statistique du ministère chargé du Travail, complétée par des données recueillies par la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP).
Selon le dossier, 45% des agents publics déclarent devoir se dépêcher pour effectuer leur travail, contre 39% des salariés du privé. Dans la fonction publique hospitalière, le résultat atteint même 60%. Ce versant est "le plus soumis à la pression temporelle". La fonction publique territoriale (FPT) paraît plus préservée, avec 37% d'agents affirmant qu'ils doivent se dépêcher pour effectuer leur travail.
Par rapport à la même enquête menée en 2016 par la Dares, la pression temporelle est nettement en hausse en 2024 dans la fonction publique (par exemple le sentiment qu'il faut "penser à trop de choses à la fois" progresse de 8 points), alors qu'elle diminue dans le privé.
Agents s'estimant "mal payés"
Dans le cadre de leur travail, les agents publics dans leur ensemble sont également davantage soumis à des "exigences émotionnelles" (être en contact avec des personnes en détresse, cacher ses émotions, éviter de donner son avis…) que les salariés du privé. Y compris les agents territoriaux, mais l'exposition de ces derniers à ces situations est globalement plus faible en comparaison de leurs collègues de l'État et des hôpitaux.
Autre enseignement de l'étude : en 2024, les agents publics dans leur ensemble vivaient plus souvent que les salariés du privé "des situations de tension dans leurs relations au travail", que ce soit avec leurs supérieurs hiérarchiques (22%, contre 18% dans le privé) ou avec leurs collègues (23% contre 16%). Ce constat était également valable pour la FPT.
Les agents de la fonction publique souffrent également davantage du manque de reconnaissance professionnelle que les salariés du privé. 41% d'entre eux (40% pour la seule FPT) déclaraient en 2024 "être mal payés au regard du travail réalisé", contre 31% des salariés du privé. En outre, 46% des agents publics (43% pour les seuls agents territoriaux) affirmaient "ne pas avoir de perspectives de promotion satisfaisantes", alors que c'était le cas de 35% des salariés du privé. Toutefois, ce résultat traduit une amélioration globale de 5 points pour le secteur public, par rapport à 2016. Avec, à souligner, une progression de dix points des perspectives de promotion dans la fonction publique hospitalière (en tout cas à l'échelle du ressenti des agents).
Sentiment d'être utile
Le dossier révèle aussi qu'en 2024, 15% des agents territoriaux n'éprouvaient pas le sentiment d'être "utiles aux autres" dans le cadre de leur travail, contre 24% des salariés du privé.
Le rapport dans son ensemble contient toute une batterie de données sur la fonction publique et compare parfois les résultats avec ceux qui sont connus pour le secteur privé. Ainsi, le salaire net mensuel moyen (pour un équivalent temps plein) s'élevait en 2024 à 2.742 euros dans la fonction publique et à 2.814 euros dans le secteur privé. Les résultats doivent être comparés avec précaution, compte tenu des "différences entre les structures de qualification et d'âge des deux secteurs". Et ces moyennes masquent des situations disparates. Si les employés et les ouvriers sont en moyenne mieux rémunérés dans la fonction publique (2.177 euros, contre 2.053 euros dans le privé), l'inverse est observé pour les cadres et professions intellectuelles supérieures (3.884 euros dans la fonction publique, contre 4.665 euros dans le privé).
Absentéisme en baisse dans la FPT
En 2025, les agents publics (hors enseignants) ont travaillé en moyenne 1.623 heures, soit 57 heures de moins que les salariés du privé (1.680 heures), indique aussi le rapport. Cela s'explique notamment par la différence du nombre de jours de congés qui ont été pris en moyenne (34 dans le public et 25,9 dans le privé). La durée effective annuelle de travail a été plus faible dans la FPT (1.590 heures) que dans les deux autres versants publics.
En matière d'absentéisme, les statistiques de la fonction publique se rapprochent en 2025 de celles du secteur privé. Ses agents se sont absentés 11 jours en moyenne l'an dernier pour raison de santé, soit "0,5 jour de plus que les salariés du secteur privé (10,6 jours)". Ces résultats globaux sont stables par rapport à 2024. Mais l'absentéisme dans la FPT, qui s'est établi l'an dernier à 12,7 jours, a continué à baisser (-0,6 jour).