En 2025, l'économie sociale et solidaire a perdu 10.400 emplois : un "tournant préoccupant", pour ESS France
Fin 2025, les associations et les mutuelles ont enregistré une perte nette de près de 15.000 emplois en un an, une situation que l'ESS n'avait pas connue "depuis le cœur de la pandémie en 2020", selon ESS France qui publie ce 22 avril 2026 une note de conjoncture. Dans la perspective de la stratégie nationale de l'ESS, que le gouvernement tarde à dévoiler, ESS France appelle à réserver les marchés publics liés aux personnes vulnérables – jeunes enfants, personnes âgées – à l'ESS.
© ESS france , Caisse d'épargne et AR
En matière d'économie sociale et solidaire (ESS), "le retournement de tendance amorcé en début d’année est désormais acté". Dans une note de conjoncture diffusée ce 22 avril 2026, le président d'ESS France, Benoit Hamon, déplore le fait que "l’ESS, traditionnellement résiliente face aux crises, a détruit des emplois au cours du second semestre 2025". Dans le même temps, l'emploi dans le privé lucratif a augmenté de 0,53% au quatrième trimestre, mentionne ESS France. Alors que l'ESS se mobilise pour alerter sur les conséquences de la fin de l'exonération de la taxe d'apprentissage (voir notre article), pour l'instant en vain (voir notre article), ces chiffres sont un nouveau signal d'alarme pour l'économie non-lucrative.
Les associations ont perdu 12.300 emplois, les mutuelles 2.500
Au 31 décembre 2025, 10.447 emplois ont en effet été supprimés en un an (en solde net), selon les calculs d'ESS France et de la Caisse d'Épargne réalisés à partir de données de l’Union nationale de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (Urssaf). Cela correspond à un recul de 0,15% au troisième trimestre, suivi d'une "baisse plus marquée de 0,46% en fin d’année". Pour ESS France, il s'agit d'un "tournant préoccupant", alors que l'ESS "n’avait plus connu de pertes nettes d’emplois depuis le cœur de la pandémie en 2020".
Toutes les régions françaises connaissent des baisses d'emploi plus ou moins marquées, à l'exception notable de deux régions d'outre-mer que sont la Guyane (+3%) et la Martinique (+0,8%).
Ces postes ont été supprimés dans des associations (- 12.305 postes) et dans des mutuelles (-2.465 postes), tandis que les fondations et les coopératives ont créé des emplois mais selon une dynamique ralentie par rapport au rythme de début 2025. Pour Benoît Hamon, "les perspectives ne sont guère plus encourageantes : le monde mutualiste anticipe une année 2026 plus difficile encore, tandis que le secteur associatif subit de plein fouet l’incertitude des finances publiques".
ESS France observe par ailleurs une "contraction du nombre d'établissements" (-0,19%), "particulièrement marquée chez les coopératives (-1,68%) et les mutuelles (-1,52%)". Les fondations sont la seule famille à connaître une dynamique de création (+3,09% au quatrième trimestre 2025), confirmant ainsi un mouvement "ininterrompu depuis 2014".
Le spectacle vivant, le sport et l'aide à domicile parmi les secteurs en difficulté
Les secteurs les plus touchés sont les arts et spectacles (-3,1% sur l'emploi, en solde net entre fin 2024 et fin 2025), et notamment le spectacle vivant, l'enseignement (-1,6%), les sports et loisirs (-1,1%), l'hébergement et la restauration (-1,1%, qui masque une hausse de 13,6% de la "restauration collective sous contrat"), l'aide à domicile (-0,8%) – cela alors que "les effectifs des entreprises privées hors ESS maintiennent leur dynamique (+4,0% sur un an)" – et l'action sociale sans hébergement (-0,6%).
Ce dernier domaine comprend deux sous-ensembles : d'une part des activités diverses dont la médiation sociale, l'aide à l'accès au droit et les centres d'accueil de jour, qui connaissent une baisse de l'emploi de 2,1%, d'autre part l'accueil sans hébergement d'enfants et d'adolescents qui progresse à l'inverse de 2,9%. Quelques autres secteurs gagnent des emplois : le commerce (+2%), la santé (+1,3%) et l'hébergement social et médico-social (+0,5%, dont + 2,2% pour l'hébergement d'enfants en difficulté).
Réserver à l'ESS les marchés publics et les concessions liées à la petite enfance et au grand âge : une priorité pour ESS France"Derrière le recul de l’emploi dans la culture, l’action sociale ou l’aide à domicile, se profile un risque majeur de disparition de services essentiels", estime le président d'ESS France. Pour ce dernier, le recul de l'ESS est synonyme d'un affaissement de la cohésion sociale et de la solidarité. La future stratégie nationale de l'ESS "est une opportunité pour augmenter la part de l’ESS dans l’économie", d'après ESS France qui a publié en septembre dernier une note de position destinée à alimenter cette stratégie. Annoncée pour fin 2025, la présentation de la stratégie nationale de l'ESS avait été reportée à mars 2026 (voir notre article). Selon le média les ASH, le ministre en charge Serge Papin aurait récemment annoncé un nouveau report pour une présentation en juin prochain. ESS France considère que la France doit se saisir de cette occasion pour se doter d'objectifs ambitieux : augmenter les emplois de l'ESS de 20% d'ici trois ans, puis "doubler la part de l’ESS dans l’économie d’ici 2050". Pour y parvenir, l'une des priorités mises en avant est de "[réserver] à terme certains secteurs d’activité à l’État et à l’ESS" tels que la petite enfance et le grand âge. Dans un livre intitulé "Ce qui compte vraiment", édité récemment à l'occasion du sommet de la mesure d'impact 2026 organisé par Impact tank, Benoît Hamon développe cette proposition. Après un rappel des scandales ayant mis en cause des groupes privés d'Ehpad et de crèches, révélés ces dernières années dans des livres d'enquête, le président d'ESS France y dénonce "une segmentation croissante de l’offre de prise en charge de la petite enfance et des personnes âgées en perte d’autonomie", conduisant selon lui à une fragilisation des structures privées non-lucratives qui "accueillent tous les publics" - à l'inverse du privé lucratif qui "capte les publics les plus aisés". Il appelle donc à une transformation progressive de ces deux secteurs : dans un premier temps "conforter les modèles privés non lucratifs", puis limiter les écarts de salaires "dans les entreprises qui consacrent leurs activités au soin de personnes vulnérables", pour enfin "réserver à l’ESS l’offre relevant de la petite enfance ou de la longévité dans les marchés publics et concessions". Selon Benoit Hamon, cette dernière étape "doit encourager le basculement progressif de structures du secteur privé lucratif vers le non lucratif". |