Evénements climatiques extrêmes : au moins un quart des communes françaises vulnérables, selon une nouvelle cartographie
Sécheresse, inondations, tempêtes... Un quart des communes françaises sont aujourd'hui vulnérables aux conséquences du changement climatique et à la dégradation des conditions d'assurance, selon les associations Reclaim Finance et Data For Good, qui ont lancé ce 1er juillet une carte interactive pour illustrer cette situation.
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Selon la cartographie Assurermaville.fr lancée ce 1er juillet par Reclaim Finance et Data For Good, au moins un quart des communes françaises sont vulnérables aux évènements climatiques extrêmes, soit 9.398 communes.
Pour concevoir cet outil, pensé "pour les élus locaux et les citoyens", soulignent-elles, les deux associations ont développé un indice de vulnérabilité reposant sur quatre facteurs : l'exposition aux catastrophes naturelles, la prévention des risques, la situation économique et les dépenses d'assurance multirisques (couverture des dommages aux biens, notamment en cas d’évènement climatique extrême). Assurermaville.fr permet donc de croiser les difficultés vécues par les communes face aux impacts des événements climatiques extrêmes avec le niveau de leurs dépenses d'assurance.
Disparités géographiques face aux risques
L'outil met en évidence de fortes différences géographiques. Dans les départements et régions d’outre-mer, plus de 1 commune sur 2 est vulnérable face aux conséquences du changement climatique (confrontées à la fois aux inondations, aux vents cycloniques et à un marché assurantiel tendu), tandis qu’en France hexagonale, les départements les plus vulnérables sont ceux qui font notamment face au risque de retrait-gonflement des argiles (RGA) mais aussi aux inondations répétées, comme la Haute-Garonne, le Pas-de-Calais ou encore l’Aude.
Plus de 200 communes en état d'"extrême vulnérabilité"
Dans le détail, cette nouvelle cartographie révèle que plus de 200 communes, situées majoritairement dans les départements de l’Hérault (24 communes), la Haute-Garonne (21 communes) et l’Indre-et-Loire (21 communes) sont en situation d’extrême vulnérabilité (indice 5/5). Des villes comme Nîmes affichent une vulnérabilité très élevée (4,2/5). La cité gardoise a été touchée par plusieurs inondations et sécheresses successives depuis 2020. Ses dépenses d’assurance multirisque ont atteint plus de 1,7 million d'euros, en hausse de 130% depuis 2020. Saran dans le Loiret (touchée à plusieurs reprises par la sécheresse et avec des dépenses d’assurance en hausse), fait partie des communes les plus vulnérables, au côté de villages comme Millam, dans le Nord. Frappée par les inondations de novembre 2023, cette commune a vu ses dépenses d’assurance bondir de 8.839 euros en 2023 à 24.294 euros un an plus tard.
Hausse des dépenses d'assurances...
"Alors que le rythme des évènements climatiques extrêmes s’accélère, la vulnérabilité des communes est également exacerbée par la dégradation des conditions en assurance multirisques", relèvent les associations. De fait, entre 2020 et 2024, les dépenses d’assurance multirisques, couvrant notamment les bâtiments publics et équipements locaux et à laquelle est intégrée la garantie catastrophe naturelle ont augmenté pour 82% des communes. Par exemple les dépenses d’assurance multirisques de la commune de Florensac, dans l’Hérault, sont passées de 16.549 euros en 2021 à 128.579 euros en 2024. De même, la commune de Vivonne, dans la Vienne, a vu ses dépenses augmenter de 19.203 euros en 2021 à 114.862 euros en 2024, notent les associations.
L’impact est particulièrement fort pour les petites communes : 7,5% d’entre elles dépensent plus de 5% de leur budget annuel dans leur couverture d’assurance multirisques. La commune de Saint-Gauzens, dans le Tarn, a ainsi enregistré en 2024 des dépenses de 22.035 euros au titre de son assurance multirisques, soit près de 10% de son budget annuel.
... ou diminution des équipements assurés, voire suspension de contrat
Lorsque les communes voient au contraire leurs dépenses d’assurance baisser, cela résulte souvent d’une diminution des équipements assurés voire d’une suspension de contrat, constatent les associations. Les communes doivent également faire face à des réductions de garanties, des franchises plus élevées, des résiliations de contrats ainsi qu’à l’absence croissante de réponses à leurs appels d’offres – certaines communes se retrouvant ainsi temporairement sans assurance, comme début janvier 2026, la commune de Breil-sur-Roya dans les Alpes-Maritimes qui indiquait ne plus pouvoir assurer les bâtiments publics (écoles, crèches…)… "Autant d’éléments qui témoignent d’un système sous tension alors même que les assureurs affichent une santé financière exceptionnelle", estiment Reclaim Finance et Data For Good.
Initiatives des pouvoirs publics jugées insuffisantes
"Si certaines initiatives ont été lancées par les pouvoirs publics, elles restent insuffisantes pour faire face aux coûts croissants des dommages liés aux événements climatiques extrêmes et leur intensification sur le long terme", pointent-elles. La cartographie de l'assurabilité en France réalisée à la demande du gouvernement par la Caisse centrale de réassurance (CCR) et rendue publique le 15 juin dernier étudie uniquement le cas des particuliers (lire notre article) tandis que le dispositif d’aide aux collectivités, Collectiv’Assur, a été peu saisi depuis sa création, notent-elles.
Alors que le coût des événements climatiques extrêmes pourrait doubler d'ici 2050, Reclaim Finance "alerte sur la situation des communes françaises et appelle le gouvernement à mettre en place des solutions d'assurance durables". Cette cartographie "illustre la nécessité de se mobiliser pour protéger les communes françaises et leur permettre d'accéder à des conditions d'assurance justes et abordables", clame Reclaim Finance.
Les assureurs se défendent
"Les assureurs et les pouvoirs publics ont pris la mesure des difficultés assurantielles de certaines communes", et le 14 avril 2025, le Premier ministre François Bayrou organisait le Roquelaure des collectivités locales sur l'assurabilité "pour réfléchir à des mesures curatives et préventives", a indiqué la fédération professionnelle France assureurs dans une déclaration. A la suite de cette rencontre, les assureurs ont mis en place il y a un an la cellule CollectivAssur avec 4 consultants dans le but de connecter les collectivités à la recherche d'une assurance avec des intermédiaires. "Sur les 35.000 communes françaises, 146 collectivités territoriales au total ont saisi la cellule CollectivAssur à fin juin 2026, dont 116 en 2025 ; 21 d'entre elles avaient un problème d'assurabilité immédiat" sur certains risques, indique France assureurs.