Avec FER ensemble, le Grand Cognac valorise le savoir-faire industriel du territoire (16)

Avec une pédagogie organisée autour du « faire pour apprendre », l’école FER ensemble du Grand Cognac forme des jeunes en décrochage à un savoir-faire essentiel pour les entreprises du territoire : le travail du métal.

Octobre 2024, première rentrée à l’école de production FER ensemble du Grand Cognac avec onze jeunes, âgés de 15 à 18 ans. Cet établissement propose une formation en deux ans pour obtenir un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) Réalisation industrielle en chaudronnerie ou soudage. Quatre ans auparavant, en 2020, les entreprises du secteur de la chaudronnerie avaient fait part, au cours de la démarche de labellisation Territoire d’industrie, de leurs difficultés de recrutement liées à l’absence de centre de formation sur le bassin. L’agglomération du Grand Cognac, qui se préoccupe également de lutter contre le décrochage scolaire, s’était saisie du sujet. Et découvre alors le réseau des écoles de production. Ces établissements ont pour spécificité de proposer une pédagogie centrée sur la pratique : se former tout en répondant à des commandes pour des clients, dès 15 ans.

Sous l’impulsion de l’agglo

Cheffe de file, l’agglomération du Grand Cognac constitue un comité de pilotage fin 2022, qui réunit une quinzaine d’entreprises, un syndicat d’employeurs (Union des industries et métiers de la métallurgie), ainsi que le rectorat. C’est la direction du développement économique qui mène l’étude d’opportunité et amorce le projet en lien avec la Fédération des écoles de production. En octobre 2023, l’association FER ensemble est créée. Son conseil d’administration, présidé par un chef d’entreprise, est représentatif des acteurs du territoire : six entreprises, deux organisations d’employeurs et la communauté d’agglomération. « Depuis le début, le projet est porté par les acteurs économiques locaux », se réjouit Maxime Gacher. Actuel directeur de l’école de production, il a rejoint le projet comme consultant début 2024 pour lancer la phase opérationnelle : structuration du modèle économique, recherche de financements, partenariats, recrutements...

Onze jeunes sans solution de formation

Sur les onze jeunes qui sont entrés en formation sans qualification, trois sont des mineurs non accompagnés (sans représentants légaux). Trois autres, majoritairement issus de quartiers prioritaires, étaient en décrochage ou en passe de l’être. Enfin, le dernier tiers, qui aurait pu choisir une autre formation, a été attiré par ce modèle pédagogique qui permet de travailler sur de vraies pièces pour des clients. « Ces jeunes, qui ne voulaient plus aller à l’école, sont raccrochés par notre entrée compétence et professionnalisme. Nos bâtiments leur donnent l’impression d’aller au travail tous les matins. Le groupe était hétérogène mais s’est bien adapté. Nous avons très peu d’absentéisme ou de problèmes de comportement. » Pour l’année 2025, les inscriptions étaient closes depuis mai. « On nous disait que peu de jeunes étaient intéressés par la chaudronnerie. Mais finalement, je reçois tous les jours des appels de missions locales, de centres d’information et d’orientation, de parents… », rajoute le directeur de l’école de production. 

Un carnet de commandes bien rempli

Pots à crayon, portail, cuve… sont quelques-unes des 120 commandes réalisées par les élèves en 2024-2025, pour 25 clients particuliers et professionnels. Ici, la production est en effet la clé de la pédagogie. « Une partie de mon travail est de m’assurer qu’il y ait toujours de la commande. Ensuite, il s’agit d’organiser la production selon un planning de formation en atelier et dans les enseignements généraux, en correspondance avec les objectifs et compétences du CAP. C’est délicat ! », témoigne le directeur. Certaines entreprises font appel à l'école en sous-traitance, pour faire face à des pics d’activité. « Dans ce cas, c’est toujours un peu dans l’urgence. Nous pratiquons les prix de marché pour ne pas faire concurrence déloyale. » La réalisation de prototypes pour des bureaux d’études est aussi une demande fréquente. Enfin, l’école a des clients réguliers, qui confient des réalisations toutes les semaines. « Le carnet de commandes se remplit bien. Nous pensons atteindre l’objectif de 40 % du budget la troisième année. » Reste à équilibrer ce budget à 60 % avec du financement public et privé (subvention du Ministère du travail, mécénat, fléchage de la taxe d’apprentissage des entreprises vers l’école…).

Un CAP en deux ans, l’emploi au bout

Une école de production propose un accompagnement renforcé, avec un taux d’encadrement d’un professionnel pour quatre jeunes, contre un pour sept voire un pour dix en lycée. Pour recruter des enseignants, l’école peut s’appuyer sur le réseau des entreprises clientes ou membres du conseil d’administration. « Notre premier prof de chaudronnerie était une connaissance du président de l’école, et aussi éducateur au club de rugby. Ce profil éducateur est particulièrement adapté à nos élèves », souligne Maxime Gacher. À la rentrée 2025, les effectifs de l’école sont ainsi de huit personnes (réparties sur six équivalents temps pleins), pour deux classes et 26 élèves. L’école de production offre les avantages de l’apprentissage et du lycée professionnel : situations réelles de travail, encadrement professionnel, pédagogie adaptée. Elle permet aussi de dépasser les blocages qui freinent les jeunes, comme la difficulté de trouver un apprentissage dans un milieu professionnel à risque comme l’industrie, une immersion sans transition dans le monde de l’entreprise ou un manque de lien entre cours et pratique. « Nous n’avons pas eu de pertes ni de réorientation, alors qu’il y a un fort taux de rupture dans les contrats d’apprentissage. En deux ans, nos jeunes passent 1 600 heures en atelier contre 600 heures s’ils avaient été au lycée professionnel. Les entreprises qui les accueillent en stage sont satisfaites. »

Consolidation et développement 

Après son rôle clé dans le portage du projet, la collectivité accompagne l’école de manière structurelle dans sa pérennisation. La recherche d’un nouveau bâtiment industriel est déjà engagée, pour augmenter la capacité d’accueil. « L’école pourrait se développer sur d’autres métiers : mécanique, électricité… imagine déjà Maxime Gacher. Nous réfléchissons aussi à une formation complémentaire pour les jeunes qui auront obtenu le CAP avant leur majorité. » Si l’équipe salariée compte cinq femmes et seulement trois hommes, les élèves sont pour l’instant tous des garçons. L’accès des filles à la filière devient donc un sujet de préoccupation. « Le programme "Faites entrer les filles dans l’industrie" du lycée professionnel Louis Delage à Cognac est une source d’inspiration », confie le directeur. Enfin, l’école s’est rapprochée de sa jumelle dans la région, « Les Pros d’avenir » à Limoges (qui forme à l’électricité et à la chaudronnerie), en vue d’un recrutement conjoint sur une mission de recherche de partenariat et financement. « L’idée est que les directions ne soient pas accaparées par le volet financier. »

Budget de l’école de production FER ensemble

  • Amorçage : 105 000 euros dont des financements de la Banque des Territoires (50 000 euros), de la convention de revitalisation VERALLIA (15 000 euros) et de la Fédération nationale des écoles de production (40 000 euros)

  • Investissements parc machine : Fondation Total Energies (450 000 euros)

  • Budget de fonctionnement 2025-2026 : 400 000 euros dont ministère du Travail (environ 100 000 euros), Grand Cognac (40 000 euros), fondations diverses (200 000 euros), production vendue (40 000 euros) et autres prestations (20 000 euros)

Communauté d’agglomération du Grand Cognac

Nombre d'habitants :

69000

Nombre de communes :

54
6 rue de Valdepeñas
16 100 Cognac

École de production Fer ensemble

42 rue du Buisson Moreau
16 100 Châteaubernard
contact@ecole-fer-ensemble.fr

Maxime Gacher

Directeur

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