Bordeaux Métropole teste l'auscultation par drone pour ses réservoirs d'eau (33)

Pour ausculter ses réservoirs d'eau potable, la régie de l'eau de Bordeaux Métropole expérimente l'inspection par drone, via une start-up locale, depuis fin 2025. Avec la modélisation 3d des ouvrages, la régie peut détecter les désordres avant qu'ils ne se transforment en fuite.

« Pour inspecter l'intérieur d'un réservoir, il faut le vider, monter des échafaudages pour permettre à un expert spécialisé en béton armé de procéder à une auscultation visuelle et à des carottages. C'est long, coûteux, et certaines zones restent inaccessibles », explique Mélanie Valaize, cheffe de projet au sein de la direction recherche innovation et transition écologique de la Régie de l'Eau de Bordeaux Métropole. C'est alors que la cellule innovation de la régie a découvert qu'une jeune société implantée dans une technopole bordelaise, Lynxdrone, s'était spécialisée dans l'inspection en milieux confinés et avait déjà travaillé avec Eau de Paris.

Une société locale via un marché d'innovation

Si les drones sont largement utilisés pour l'inspection d'infrastructures, le cas d'usage de la régie est sans précédent connu. C'est ce qui a justifié de recourir à un marché d'innovation, la collectivité devant apporter des indices attestant qu'aucune solution équivalente n'existe sur le marché. Plus précisément, le marché lancé en octobre 2025 porte sur la visite de trois réservoirs de typologies différentes, afin de tester le dispositif dans des configurations variées. Il mobilise un budget de 40 000 euros.

En pratique, une fois à l'intérieur du réservoir, l'opérateur de drones utilise une caméra 4K (très haute définition) et la technologie LiDAR, un laser qui cartographie les objets sous forme de nuage de points. Ces données ont permis de produire une modélisation 3d ultra-précise des réservoirs.

Le drone donne accès à des zones jusque-là jamais observées, comme le dessus des poutres. La proximité du prestataire a permis de gérer les aléas : une protection a été ajoutée contre la condensation qui se dépose sur la caméra et le LiDAR, et une pale défectueuse a été remplacée sur place grâce à une imprimante 3d. « Sur ce type de projet, avoir un acteur local réactif fait une vraie différence », souligne la responsable du projet.

À ce jour, deux des trois réservoirs ont été inspectés en intérieur, un seul également en extérieur. Il faut dire que les ouvrages ne sont vidés qu'à l'occasion de leur nettoyage annuel. L'inspection par bureau d'études béton armé est maintenue en parallèle : Lynxdrone fournit la donnée, ce sont des experts qui l'analysent. La mise en correspondance des désordres intérieurs et extérieurs doit aider à localiser l'origine des fuites.

Vers un jumeau numérique ?

Le défi du projet est de devoir analyser des quantités astronomiques de données, se comptant en téraoctets. « C'est une mine d'or mais encore faut-il être capable d’exploiter ces données », observe la responsable du projet. L'enjeu est de transformer ces données en un outil manipulable par les équipes en charge du patrimoine. Une cartographie des désordres classés par code couleur et déclinée à plusieurs niveaux de lecture est en cours. Par exemple : les fissures dans une teinte, les armatures apparentes dans une autre… Une vision macro sera privilégiée pour les élus, cet outil permettant de prioriser et d'évaluer les investissements.

Avec cette modélisation, la régie dispose surtout d'un point zéro, d'une sorte de jumeau numérique de ses réservoirs, à mettre au service d'une gestion patrimoniale de long terme. « On va pouvoir revenir dans cinq ans, avec un survol ciblé pour vérifier l'évolution d'une fissure, sans avoir à refaire toute la modélisation », illustre Mélanie Valaize.

Un impact sur l’organisation

À ce stade de l'expérimentation, des enjeux de transformation numérique apparaissent. Le projet se révèle être avant tout un « projet data », ce qui induit des changements dans les pratiques et les métiers. Si la régie a la chance d'être dotée de compétences data en interne, il faut que le produit final soit pleinement utilisable par les agents du service patrimoine. L'équipe projet peut à cet égard compter sur un premier acquis : si certains agents pouvaient être dubitatifs sur l'usage de drone, les premiers rendus 3d les ont convaincus de sa pertinence. Et il est possible qu'à terme, la conduite de drones soit gérée par le service patrimoine, des agents ayant déjà été formés aux drones dans le département assainissement.

Le statut de régie se révèle enfin être un atout, en autorisant un « temps long » : la seule priorité est de concevoir un outil utile pour ses services. La démarche pourra par ailleurs s'étendre aux équipements d'assainissement des eaux usées, sur les bassins d'orage et les ouvrages des stations d'épuration. Et avant cela, la régie devra lancer un appel d'offres plus classique.

En quelques chiffres

  • 3 réservoirs d’eau potable ciblés par l’expérimentation 
  • Drones équipés d’un LiDAR et d’une caméra 4K
  • Marché d’innovation de 40 000 euros
  • Aboutissement attendu : fin 2026

Régie de l’Eau de Bordeaux Métropole

Nombre d'habitants :

770000

Nombre de communes :

23
91 rue Paulin
33000 Bordeaux

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