À Bron, les personnes âgées accompagnées pour sortir de chez elles (69)

Certaines personnes âgées ne sortent plus de chez elle, c’est pourquoi la régie de quartier de Bron, avec le soutien de la ville, leur propose le service Mobi-cité seniors. Cet accompagnement à la mobilité s’appuie sur un long et patient travail de lien social pour rassurer et accompagner ces personnes, et leur redonner le goût des autres.

Depuis près de deux ans, Synthia Kourakoumba accompagne des personnes âgées au quotidien dans leurs déplacements : courses, rendez-vous médicaux, promenades. Médiatrice sociale de Mobi-Cité Seniors, mis en place en 2012, elle observe que l’âge est effectivement un frein énorme à ouvrir la porte pour s’aventurer en ville. La perte de l’habitude fait que la perception des difficultés - que ce soit pour la mobilité, ou la sécurité - est décuplée pour certaines personnes. Et les pousse à se confiner.

« Passé 80 ans, les amis se font rares, les enfants, quand ils vivent à proximité, ne sont pas disponibles en journée, les seniors sont donc souvent délaissés. Ils s’interdisent eux-mêmes toute sortie et cela indépendamment de leur statut social. Beaucoup sont gênés de s’adresser à un tiers, même pour faire des courses. Ceux qui testent notre service n’hésitent en revanche plus à le solliciter, leur comportement même change, certains réservés, deviennent de vraies pipelettes, mais il faut passer la première appréhension et prendre le temps », explique la médiatrice. Plus de 60 % des utilisateurs du service ont 85 ans et plus.

L’aide au déplacement devient un prétexte

Ce service de la régie de quartier de Bron a été conçu pour lutter contre l’isolement des personnes âgées et créer du lien social, interculturel et intergénérationnel. Il est animé par une médiatrice, avec des médiateurs de la régie en appui, pour l’accompagnement individuel des adhérents dans leurs déplacements. La plaquette le précise bien, Mobi-Cité seniors n’est pas un service de taxi.

« Notre rôle est de prendre le temps de les écouter, les entourer, le déplacement est un prétexte, qui doit laisser le temps pour cela », reprend Synthia Kourakoumba, qui se charge également de faire le lien avec les activités proposées par d’autres acteurs dans les quartiers.

« Il est aussi important que les personnes maintiennent une petite activité, donc le service peut consister simplement à marcher à leur côté une demi-heure, ce qui permet de se dégourdir les jambes mais aussi de croiser un voisin, d’échanger avec une connaissance et redonner conscience que l’on fait partie de la vie de la cité », ajoute la médiatrice.

Rester accessible financièrement

Le prix de l’adhésion (3 euros par an) à Mobi-cité seniors a été calculé au plus juste, pour rester abordable aux personnes de quartiers populaires. D’autant que s’ajoute pour chaque sortie le prix facturé à l’heure : de 1,50 euro pour les personnes dont les ressources sont inférieures à 8 000 euros par an, à 8 euros pour les personnes dont les revenus dépassent 30 000 euros par an. Ce tarif plancher est encore malgré tout dissuasif pour certains habitants des deux quartiers prioritaires « politique de la ville » (où se trouvent les bureaux de la régie), qui sollicitent moins le service que ceux des autres quartiers, observe la médiatrice.

Entretenir l’envie

La relation humaine – et le temps que la médiatrice y consacre – est un facteur fondamental pour qu’un tel service fonctionne. « Le public est imprévisible, certaines personnes ont recours régulièrement à nos services, certains ne sortent que deux fois par an, par choix, certains arrêtent, cela oblige à entretenir sans cesse les relations avec les adhérents pour s’assurer que tout va bien, que ce sont des choix non contraints, et pour faire en sorte que le service tourne », explique la médiatrice. Elle tient pour cela un « cahier d’alerte », de façon à ne perdre le contact avec aucun des adhérents.

Les limites du succès

En moyenne, la régie enregistre une trentaine de nouvelles adhésions par an. Mais elle en perd également, à la suite des décès ou des déménagements notamment. En novembre 2025, elle comptait 44 nouvelles adhésions, pour un total d’environ 150 adhérents sur l’année (en grande majorité des femmes). Ce chiffre en progression chaque année est un bon signe. Mais si le nombre d’adhérents augmente, le service touche alors aux limites de ses capacités. Sauf à en augmenter les moyens financiers. Or ceux-ci reposent essentiellement sur les subventions, elles-mêmes contraintes.

Éviter de ne faire que le taxi !

L’autre écueil réside dans le fait que le service ne soit utilisé que pour se rendre à des rendez-vous médicaux. Cette catégorie représente la plus forte progression (près de la moitié des demandes), tandis que les loisirs et sorties amicales ou familiales comptent pour à peine 15 % des demandes. La régie a donc créé il y a deux ans le service Seniors +, qui offre aux adhérents l’accès à des activités collectives, en plus de l’assistance aux démarches administratives (via son antenne France services). La régie a ainsi signé une convention avec un centre de santé pour conduire chaque semaine des personnes à des ateliers anti-chute. Une autre convention a été signée avec un centre chorégraphique pour des ateliers de gym douce « réveil du corps ». « Ils ne savaient pas comment contacter ce public âgé donc ils sont venus nous voir ». Grâce à ces conventions, les personnes ne payent pas le déplacement, les coûts étant pris en charge par les structures.

Un modèle économique fragile

« Bien qu’ancienne, et soutenue par une subvention annuelle de la ville de Bron, cette activité est déficitaire », explique le directeur de la régie de quartier, Raphaël Balluet. Sa fragilité est également liée au fait qu’elle repose sur des postes d’adultes-relais. Dont le renouvellement dépend d’orientations politiques nationales. Mais la Régie se donne pour objectif « d’accompagner les médiateurs sociaux vers une professionnalisation de leurs missions » et « l’acquisition de nouvelles compétences », relève le directeur.

Crédits politique de la ville et adultes relais

La ville de Bron verse une subvention annuelle (via un contrat d’objectifs signé avec la régie de quartier) de 52 000 euros (en 2025) pour Mobi-cité seniors. Deux équivalents temps plein, dont le poste de médiatrice-accompagnatrice (pris en charge grâce à une convention adulte-relais - CDD de 18 mois renouvelable une fois), sont affectés à la mission. Le périmètre de déplacement couvre toute la commune de Bron, et jusqu’à cinq kilomètres au-delà, de façon à pouvoir se rendre dans les grandes surfaces et établissements de santé limitrophes de Saint-Priest, Vénissieux ou Vaulx-en-Velin. Le service dispose de deux voitures dont l’une a été subventionnée en partie par la Caisse d'Assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) en 2022.

Commune de Bron

Nombre d'habitants :

42982
Place de Weingarten
69 500 Bron

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