Charlieu Belmont communauté teste la filière chanvre (42)

Comment relancer une filière chanvre intégrée, et relocaliser une production adaptée au changement climatique ? Dans la Loire, portée conjointement par des acteurs publics et privés, une expérimentation vise à réintroduire la culture du chanvre comme matière première, à destination de la production textile et du BTP.

« Le chanvre poussait dans nos régions jusqu’à la fin du XIXe siècle, et a disparu avec l’arrivée des textiles industriels et du coton, mais ce n’est pas une fatalité ! » estime René Valorge, maire de Saint-Denis-de-Cabanne* et président de la communauté de communes de Charlieu-Belmont**. L’idée de relancer cette culture lui a été soufflée par les Tissages de Charlieu, une entreprise textile de 130 salariés, qui projette d’introduire le chanvre dans son processus de fabrication de Jacquard.

Le chanvre, assez rustique, est une plante qui supporte bien la sécheresse. Les fibres longues peuvent être utilisées pour la production textile, et la moelle ou chènevotte, c’est-à-dire la partie qui s’apparente à du bois, peut être intégrée aux matériaux de construction.

En 2023, la rencontre avec Virgocoop, coopérative textile implantée dans le Lot, et accompagnée un temps par les collectivités, achève de convaincre les élus. Rapidement, six communautés de communes (voir encadré) constituent un pôle territorial, appuyé par Aura Chanvre, une association régionale qui se consacre à la relance de la plante.

Un allié pour le travail de la terre

Les agriculteurs sont partants, sous réserve qu’un revenu leur soit garanti. C’est pourquoi, durant la phase expérimentale, les collectivités participent financièrement aux aides à la production agricole, pour prendre en charge les coûts de production, dont le travail, au prorata du nombre d’exploitations et d’hectares. Le groupement est rejoint par la Fédération du bâtiment de la Loire, prête à innover et intégrer le chanvre dans les matériaux de construction. Onze agriculteurs se lancent ainsi dans l’aventure pour exploiter vingt hectares. La production démarre en 2024, aidée par une subvention de fonctionnement du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) pendant trois ans. L’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) s’engage, elle aussi, dans le soutien de cette aventure et garantit l’achat de vingt tonnes de paille, au service du développement de produits laine et chanvre dans le Massif Central.

Sobre en eau, le chanvre est intéressant d’un point de vue agronomique pour son système racinaire, qui travaille le terrain en profondeur et constitue un excellent précédent cultural pour les plantations futures. Il ne peut être exploité qu’une seule année sur six ou sept et ne vient donc pas en concurrence avec d’autres cultures. Les agriculteurs étant majoritairement des éleveurs, le chanvre entre dans la rotation des surfaces cultivées pour nourrir les bovins.

Une coopération public privé inédite

La filière avance sur trois pieds. « Tout tient dans l’équilibre entre les trois filières : agricole, textile et BTP, l’un ne peut avancer sans l’autre », souligne René Valorge. Pour la filière textile, « c’est d’abord une question de souveraineté sur la matière, dans un contexte géopolitique très incertain », ajoute Antoine Saint-Pierre, directeur général des Tissages de Charlieu. L’industriel est en phase de test, afin d’adapter les outils de filature et de tissage à cette matière locale, alternative à l’hégémonie du coton. D’autres entreprises emboîtent le pas pour intégrer le chanvre dans la chaîne de valeur. Elite création, implanté à une vingtaine de kilomètres de Charlieu, procède à des essais de tricotage. Linder, créateur et fabricant de tissus, basé à Violay, identifie des prestataires capables de produire un fil 100 % chanvre. 

L’intérêt du BTP

L’autre débouché de proximité réside dans la construction. Le BTP produit déjà un isolant thermique efficace à base de chanvre, mélangé à de la chaux. Pour aller plus loin, l’entreprise Sagra, fondée en 1938 dans la Loire, étudie la conception d’un béton décarboné intégrant le chanvre, avec l’appui de la Fédération départementale du BTP. Un hectare de chanvre stocke autant de CO2 que son équivalent en forêt chaque année. Sa culture sans pesticides, ni désherbage est également sobre en carbone. « Notre président, Didier Brosse, est un maçon engagé dans ce projet et notre objectif est de développer des blocs béton porteurs à base de chanvre, pour construire de l’habitat collectif », confirme Tristan Vacheron, secrétaire général de la fédération BTP de la Loire. Une demande de subvention a été déposée auprès de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avec l’appui de l’Enise, l’école d’ingénieur stéphanoise, pour engager un doctorant sur ces travaux de recherche et développement. D’ores et déjà, en 2026, la collaboration des ingénieurs d’Aura Chanvre et de la Fédération du bâtiment a donné lieu à la formation d’artisans à la mise en œuvre de béton chaux-chanvre.

Aura Chanvre, promoteur de la filière

Partie prenante des pôles de compétitivité Techtera et Végépolys Valley, Aura Chanvre promeut sans relâche la filière et est labellisée Pépite France (Pôle étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat). « Nous avons instruit les dossiers de subvention auprès du Feader et de l’ANCT et animons l’écosystème local en appui aux collectivités », raconte Margaux Lamourelle, ingénieure de l’association, qu’elle a cofondée en 2022. 

L’innovation, dans tous ces domaines, impose un temps long, comme le retour progressif d’une culture. Lorsque les procédés industriels pour le tissage et pour la fabrication du béton seront au point, il s’agira de lever les fonds pour implanter une usine de transformation sur le territoire. Puis augmenter la production de chanvre et passer de 20 à 350 hectares cultivés. À l’heure où l’élevage bovin rencontre des difficultés, où les étés sont plus chauds et plus secs, cette filière pourrait constituer une piste intéressante pour les agriculteurs de la Loire.

 

*Réélu en 2026

** Au moment où cette expérimentation a été lancée

Six communautés de communes au chevet de la filière chanvre

Six communautés de communes participent à la relance de la filière et se réunissent au grand complet chaque année, en comité de pilotage avec tous les partenaires. Au quotidien, les services économie de chaque structure collaborent, pour suivre l’avancée de la filière, avec l’association Aura chanvre.

  • Charlieu Belmont communauté (25 communes, 24 405 habitants)
  • Roannais agglomération (40 communes, 104 276 habitants)
  • Communauté de communes du pays entre Loire et Rhône (16 communes, 14 406 habitants)
  • Forez-Est (42 communes, 66 443 habitants)
  • Vals d'Aix et Isable (12 communes, 6 179 habitants)
  • Pays d’Urfé (11 communes, 5 256 habitants)

Chiffres clés

  • Financements publics (FEADER, ANCT) : 150 000 euros sur trois ans
  • 6 Communautés de communes impliquées
  • 3 filières engagées : l’agriculture, le textile et le BTP
  • 3 entreprises textiles
  • 11 exploitations agricoles et 20 hectares exploités
  • 1 entreprise du BTP

 

Charlieu-Belmont communauté

Nombre d'habitants :

24405

Nombre de communes :

25
9 place de la Bouverie
42 190 Charlieu

Voir aussi

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