En Haute-Saône, La Rochelle divise par deux sa consommation d’eau (70)
La Rochelle, commune de 40 habitants, gère son eau en régie. Elle a réduit de moitié sa consommation d’eau en quinze ans. Après avoir sécurisé son réseau et installé un système de télégestion en 2021, la commune déploie désormais des compteurs communicants, pour détecter les fuites de manière précoce.
© commune de La Rochelle
Il y a une vingtaine d’années, les habitants de la petite commune de La Rochelle, en Haute-Saône, vivaient avec des coupures d’eau aléatoires chaque été. « À l'époque, le maire était quelquefois contraint de couper l’eau à midi et de rallumer à 16 heures », se souvient Alexandre Multon, maire de la commune depuis 2008. Le réseau, géré en régie, souffrait d'une infrastructure vieillissante, datant des années 1965.
Rénover le réseau
Avant d’investir dans des outils numériques, la commune a donc travaillé sur les bases. Les compteurs ont été déplacés pour être accessibles, ce qui a permis de clarifier la responsabilité des fuites, entre domaine public et domaine privé. Tous les raccords, vannettes et pièces d’usure ont été remplacés sur le réseau. « On a résolu ainsi énormément de fuites sans les avoir localisées précisément », explique l’élu. Un périmètre de protection a également été créé autour des sources.
Passer d’un système réactif à proactif
En 2021, la commune a installé un hyperviseur* connecté en 4G pour superviser l’ensemble de son installation : niveau du réservoir, pompes de refoulement, débit de la source, gestion des fontaines... Le système envoie des alertes par SMS dès qu’un seuil est dépassé – consommation journalière anormale, débit instantané élevé – et produit chaque matin un rapport de consommation. « Avant, nous avions un voyant qui nous alertait, mais c’était déjà trop tard. Maintenant, nous sommes capables de voir un début de fuite avant que ça devienne une grosse fuite », souligne Alexandre Multon.
Le rapport journalier, consulté quotidiennement, permet d’identifier les pics de consommation inhabituels et d’observer le débit minimal nocturne du réseau. Lorsque ce débit ne tombe pas à zéro plusieurs nuits de suite, il y a fort à parier qu’une fuite est en cours.
Indirectement, la télégestion améliore aussi la sensibilisation des habitants. Les fontaines municipales sont en effet alimentées gravitairement la journée et le réservoir municipal la nuit, par la source. Aussi, dès que le niveau du réservoir est insuffisant, l’eau est automatiquement détournée vers le remplissage plutôt que vers les fontaines. « En période de sécheresse, quand les gens voient que les fontaines s’arrêtent en milieu d’après-midi, ils comprennent qu’il y a peut-être un souci », note l’élu.
Des résultats tangibles
En quinze ans, la consommation d’eau de la commune a été divisée par deux. Ce résultat tient à plusieurs facteurs combinés : réduction des fuites sur le réseau communal en changeant des équipements, sensibilisation des habitants, et déconnexion d'une petite exploitation agricole, qui a réalisé son propre forage. Autre motif de satisfaction : les dernières grandes sécheresses n’ont pas occasionné de coupures à La Rochelle, bien que plusieurs aient donné lieu à des restrictions départementales.
La télégestion a aussi permis d'améliorer le suivi de la ressource en eau. Le débit de la source, recoupé avec les données pluviométriques, apporte des informations précieuses sur la santé hydrologique du site.
L'apport des compteurs communicants
La télégestion a cependant une limite : elle ne permet pas de localiser précisément les fuites. Or la plupart du temps, elles sont chez les particuliers. C'est la raison pour laquelle la commune a souhaité mettre en place des compteurs communicants, qui permettent un suivi plus fin des consommations individuelles.
La commune a pu profiter des investissements du syndicat mixte Haute-Saône Numérique. En 2025, ce dernier a décidé de mailler son territoire en antennes LoRa*, dédiées aux objets connectés (compteurs, capteurs…). En février 2026, les premiers compteurs ont été déployés à La Rochelle. Les données sont remontées sur l'hyperviseur du syndicat mixte, une interface sur laquelle la commune a eu son mot à dire en étant site pilote. Ces compteurs sont par ailleurs équipés d'un détecteur de fuite, avec possibilité de créer des alertes. Elles vont permettre à la commune d'être proactive dans la résorption des fuites.
Côté financier, le maire concède que ces investissements sont conséquents pour une commune aussi petite : 15 000 euros pour la télégestion et 6 500 euros pour les compteurs… Avec un paradoxe, puisque détecter les fuites revient à réduire les recettes de la régie. Car moins de fuites, signifie moins d’eau facturée, et donc moins de recettes… Mais c'est un choix assumé : « Nous avons préféré nous passer de salle des fêtes pour privilégier des dépenses ayant une utilité quotidienne », résume Alexandre Multon.
*Un hyperviseur est une interface numérique qui permet de superviser, centraliser et piloter l’ensemble des installations
**LoRa pour « Long Range » (longue portée) est une technique de communication par ondes, qui permet de connecter des appareils sur de longues distances.
Le budget des aménagements en faveur de l’eau à La Rochelle
- 15 000 euros HT pour le système de télégestion (2021)
- Compteurs communicants : 4 500 euros HT + 1 600 euros de pose + 400 euros/an d’abonnement pour l'hyperviseur de Haute-Saône Numérique
Commune de La Rochelle (Haute-Saône)
Nombre d'habitants :
Alexandre Multon
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