Exposition aux pesticides : en Haute Gironde, le dialogue prend place (33)

Réunissant élus, viticulteurs et associations écologistes, le programme Cepa(h)ges a pour objectif de réduire l’exposition des habitants aux pesticides. Créé dans le cadre du contrat local de santé de Haute Gironde, il place le dialogue au cœur de son action. Les progrès, fragiles, tiennent à l’implication de chacun.

C’est un territoire qui, au printemps 2014, s’est retrouvé sous le feu des projecteurs, quand des élèves du village de Villeneuve et leur institutrice ont été pris de maux de tête et de nausées, alors que deux châteaux venaient de pulvériser des pesticides sur les parcelles jouxtant la cour de récréation.

Première dans l'histoire du vignoble bordelais : les châteaux ont été condamnés, en 2020, à des amendes avec sursis pour « utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques ». Douze ans après cet événement, les vignes ont reculé autour de l'école de Villeneuve. Mais sur le territoire, la vigne n'est jamais loin, la présence des pesticides aussi. En décembre dernier, une cartographie du Monde et d'un collectif de chercheurs révélait d'ailleurs qu'en France une école sur quatre est soumise à une pression pesticide forte. Une sur trois en Gironde. En 2023, l'Inserm publiait une étude qui établissait « une association entre le risque de développer une leucémie de type « lymphoblastique » et l’étendue de la surface couverte par les vignes, dans [un] périmètre de 1 000 mètres autour de l’adresse des enfants ».

Un programme fondé sur le dialogue

Cela étant, les pratiques commencent à bouger. Et, pas à pas, des solutions se construisent, localement, par le dialogue. En Haute Gironde, celui-ci a lieu via le programme Cepa(h)ges : Construire ensemble les pratiques agricoles en Haute-Gironde pour l’environnement et la santé. Il a débuté en 2020, peu après la création, en décembre 2019, de l’Observatoire Local Santé Environnement (OLSE). Cep(h)ages s’inscrit dans le cadre du contrat local de santé (CLS). « Ce temps fondateur a permis de mettre tout le monde autour de la table », se remémore Eve Lalande, chargée de la transition écologique à la communauté de communes de l’Estuaire. « Certes, les premiers échanges ont été vifs. Et les choses sont dites sans détour. Mais pas à pas, l’impératif de travailler ensemble s’est imposé et le dialogue s’est apaisé. Car on ne peut plus dire :"on ne sait pas" », souligne-t-elle.

Un comité de pilotage s'est mis en place, réunissant les quatre communautés de communes de Haute Gironde, l’Agence régionale de santé, le CLS, les représentants du monde viticole local et l’association de riverains Alerte Pesticides Haute-Gironde. Le programme a deux principaux objectifs : limiter l’exposition des habitants aux produits phytosanitaires et réduire l’utilisation des pesticides, en accompagnant les viticulteurs dans l’évolution de leurs pratiques.

Prendre en compte la complexité

« Si l’entente fait aujourd’hui sens pour chacun, c’est que Cepa(h)ges, reconnu Laboratoire d'innovation territoriale en 2022, est une histoire de concret », insiste Ève Lalande. Afin d'informer et de sensibiliser le plus grand nombre, Cepa(h)ges a ainsi réalisé des supports de communication (brochures podcasts...), organisé des temps d’échange entre habitants, élus et professionnels de santé. Les temps de sensibilisation s’adressent également aux médecins et aux infirmiers, afin que tous appréhendent au mieux les enjeux liés aux produits phytosanitaires.

Pour accompagner les viticulteurs, Cepa(h)ges organise des visites de domaines en agroécologie. Le programme a financé également l'accompagnement de quatre exploitations pour qu’elles diminuent l’usage de produits sur des parcelles proches de lieux accueillant des personnes vulnérables, comme les écoles.

Ces sites sensibles (écoles, Ehpad, hôpitaux…) ont d’ailleurs été cartographiés sur les 63 communes du territoire, en 2022, afin que leur présence soit prise en compte dans les documents d’urbanisme. 

Cepa(h)ges soutient aussi la plantation de haies, barrières naturelles contre la dérive des pulvérisations, via des visites de terrain et l’accompagnement des plantations. En 2025, le dialogue a abouti à la signature de deux chartes « sites sensibles » entre mairies et viticulteurs. L'une d'elles concerne Gauriac, où la mairie a racheté les parcelles jouxtant l’école pour y créer une forêt nourricière pédagogique et un verger expérimental.

Travail de fourmis

Eve Lalande le reconnaît : la dynamique engagée par Cepa(h)ges reste complexe. Et difficile. 

Coordinatrice du CLS, Melissa Mathé confirme. Changer les pratiques viticoles ? « Un travail de longue haleine. » Planter des haies ? Oui, mais qui pour les entretenir ? Sensibiliser les professionnels de santé ? Oui, « mais encore faut-il qu'ils soient disponibles. Cepa(h)ges implique que chacun joue le jeu ». 

« Le défi, c'est de tenir dans la durée », en sachant que les progrès tiennent à peu de choses : l'animation, l'échange, le dialogue… Ainsi, les graines plantées depuis 2020 commencent à germer. Eve Lalande, souligne notamment l'importance de l’implication des élus. En 2026, la formation des nouveaux maires figure dans les priorités de Cepa(h)ges, qui continue par ailleurs de déployer sensibilisation et incitiations au changement. Un colloque sera consacré aux victimes invisibles des pesticides. Des capsules vidéo seront diffusées dans les maisons de santé du territoire, sur les moyens de prévention. Et à l’adresse des exploitants : un serious game collaboratif nommé « parcelle vivante » va être déployé.

Eléments financiers

Cepa(h)ges réunit, dans son comité de pilotage, les quatre communautés de communes de Haute Gironde (communautés de communes de Blaye, de l'Estuaire, Latitude Nord Gironde et du Grand Cubzaguais), l’Agence régionale de santé, le Contrat local de santé, les syndicats viticoles Côtes de Bourg, Blaye Côtes de Bordeaux et Bordeaux et Bordeaux Supérieur, l’association Bordeaux 45, la cave des Vignerons de Tutiac et l’association de riverains Alerte Pesticides Haute-Gironde.

Pour la période 2023-2025, pour couvrir les frais salariaux (une chargée de mission et une assistante) et l’essentiel de ses actions, le programme a bénéficié de subventions à hauteur de 79 037 euros de la part du Feder (63,26 %), la région (22,22 %), les quatre communautés de communes (3,15 % chacune) et les syndicats viticoles de Blaye et de Bourg (0,95 % chacun). Des recettes complétées par la communauté de l'Estuaire en autofinancement à hauteur de 2 491 euros.

Certaines des dépenses liées aux actions de réduction de l'utilisation des pesticides et de leur exposition - 5 080 euros - ont été financées à 78 % par la région et à 22 % par les syndicats Blaye Côtes de Bordeaux et Côtes de Bourg.

Communauté de communes de l'Estuaire (CCE)

Nombre d'habitants :

16468

Nombre de communes :

14
38 avenue de la république
33820 Braud-et-Saint-Louis
contact@cc-estuaire.fr

Eve Lalande

Chargée de mission transition écologique

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