L'Argonne Ardennaise incite à planter haies et fruitiers (08)
Avec « Ma haie pour les abeilles », la communauté de communes de l'Argonne Ardennaise et ses partenaires ont planté 31 kilomètres de haies et 2 000 arbres fruitiers en trois ans. Enfants et adultes sont sensibilisés à la trame verte et aux pollinisateurs et les effets de leurs actions sont mesurés grâce à des diagnostics écologiques.
© Argonne Ardennaise
« Ici, planter des arbres est maintenant une habitude bien ancrée », se réjouit Valérie Genesseaux, chargée de mission Trame verte et bleue à la communauté de communes de l'Argonne Ardennaise. Après l'opération « Chouettes vergers d’Argonne Ardennaise », puis « Ma haie pour les hérissons », la communauté de communes termine sa troisième saison de plantations sous le nom de « Ma haie pour les abeilles », avec une ambition qui monte en puissance.
Dès le premier programme (2012-2014), l'Argonne Ardennaise a proposé une commande groupée de fruitiers aux habitants, ainsi que des formations à la taille et au greffage. En 2019, la collectivité est passée à la vitesse supérieure, dans le cadre du premier appel à projets « Trame verte et bleue Grand Est », porté par la région, l’État, l’Office français de la biodiversité et les Agences de l’Eau. « Ma haie pour les hérissons » (2019-2021) a ainsi permis de planter près de 1 600 fruitiers et 19 kilomètres de haie bocagère. Territoire engagé pour la nature (2020-2025) et signataire d'un pacte territorial de transition écologique (2021), l'Argonne Ardennaise a décidé d'amplifier la dynamique, en 2022, à l'occasion d’un nouvel appel à projet de la région : « Nous nous sommes appuyés sur des partenaires associatifs locaux, spécialistes en biodiversité, pour proposer un projet commun, explique la chargée de mission. Nous le coordonnons et chaque association est maître d'ouvrage associé, responsable d'un volet. »
Planter à un coût réduit : un grand succès
« Nous proposons de jeunes plants de haies bocagères et des fruitiers à des prix très attractifs, grâce aux subventions du Fonds vert », précise la chargée de mission. Au lancement de l'opération, chaque habitant reçoit un guide pratique et pédagogique, puis un bon de commande, chaque automne, dans sa boîte aux lettres. Il vient récupérer sa commande fin novembre. « Nous en profitons pour partager avec lui des conseils de plantation et faire évoluer ses pratiques en faveur de la biodiversité. » En trois ans, onze cents particuliers différents ont profité de ce programme et planté vingt kilomètres de haies et deux mille fruitiers. Dans ce territoire très peu dense, cela représente 13 % des ménages. Une trentaine de mairies et d'associations ont aussi été impliquées - notamment pour les cours d'école. « C'est un grand succès, qui rapproche la communauté de communes des habitants et a permis de créer une ceinture verte autour des villages », se réjouit la chargée de mission. L'opération s'est tenue à un moment où les plantations étaient particulièrement encouragées et mises en valeur (plantations de l’Office National des Forêts suite au dépérissement, dispositif France Relance…). Or, le végétal requiert de l'anticipation. « Les pépiniéristes ont parfois du mal à suivre, assaillis de demandes », témoigne la chargée de mission.
Les plaines de grande culture, territoires à convaincre
« Ma Haie pour les abeilles » s'adresse aussi aux agriculteurs. Pour ce public, seuls les plants de haie bocagère sont vendus à prix réduit : proposer des fruitiers reviendrait à accorder une aide à la production, et cette pratique est interdite. En complément, dans les plaines de grande culture de la Champagne crayeuse (un tiers du territoire), le Regroupement des naturalistes ardennais (ReNArd) propose un accompagnement technique et la prise en charge de la main-d’œuvre, pour créer des haies propices à la biodiversité. Sur ce même secteur, le Réseau biodiversité pour les abeilles soutient le semis de jachères mellifères. L'atout de ces offres réside dans leur accessibilité. Pas de dossier complexe à remplir, un frein qui empêche parfois les exploitants de passer à l'action. Une trentaine d'agriculteurs ont ainsi profité de ces dispositifs et planté 11,6 kilomètres de haies, créé ou restauré sept mares et semé six hectares de jachères mellifères. « Les projets dans la Champagne crayeuse sont cependant très en deçà de nos objectifs, alors que c'était une cible prioritaire pour replanter des haies », regrette Valérie Genesseaux. Difficile de lutter contre les primes de la Politique agricole commune (PAC), plus profitables que des haies, et l'autorisation européenne de remettre en culture les jachères, à la suite de la guerre en Ukraine.
Un suivi scientifique
Le jeune public n’est pas oublié dans le projet, et profite des animations scolaires de la Maison de la nature de Boult aux Bois. Des ateliers pratiques de plantation, de taille, observations de la biodiversité, sorties photos… s’adressent à tous. Chaque site de plantation est répertorié sur une cartographie numérique : « Sur les plantations les plus structurantes, celles des agriculteurs et collectivités, nos partenaires associatifs effectuent des diagnostics écologiques des oiseaux, papillons et autres pollinisateurs, ce qui permet de dresser un état des lieux de la situation, avant toute intervention », explique la chargée de mission. Il est prévu de repasser quelques années après, pour évaluer l'impact des plantations sur la biodiversité. D'ores et déjà, une doctorante du Centre d'études et de formation en Eco-Ethologie (CERFE) - antenne locale de l'université de Reims Champagne-Ardenne - étudie l’intérêt pour les hérissons des haies réalisées lors du précédent programme. Le travail engagé pour renforcer la Trame verte et bleue pourrait bientôt apporter la preuve scientifique de son impact sur la biodiversité.
Les partenaires biodiversité de l'Argonne Ardennaise
Outre la communauté de communes de l'Argonne Ardennaise, le projet associe le Regroupement des naturalistes ardennais et le Réseau biodiversité pour les abeilles. Ils assurent l’accompagnement technique des travaux du volet agricole de l'opération (haies, jachères fleuries et mares), sont chargés des diagnostics écologiques des sites plantés et réalisent des campagnes de sensibilisation et ainsi que des formations grand public. La Maison de la Nature et l'association Croqu'Ardenne proposent respectivement des animations scolaires et grand public. Enfin, le programme intègre un volet Trame bleue pour restaurer trois ruisseaux sur 31 kilomètres et valoriser une zone de prairies inondables sur l’amont de la Bar, en lien avec le Conservatoire d’espaces naturels de Champagne-Ardenne.
Les chiffres clés du projet
- 31 kilomètres de haies plantées
- 2 000 arbres fruitiers plantés
- 6 hectares de jachères mellifères semés
- 1 100 participants différents sur trois ans, 30 mairies ou associations et 30 agriculteurs
- 300 adultes sensibilisés ou formés au cours de 17 animations
- 1 430 élèves (tous élèves de maternelle et de primaire) ont profité de trois demi-journées de sensibilisation sur la haie et les pollinisateurs
- 700 000 euros : coût global du programme Trame verte et bleue, dont 473 000 euros engagés en maîtrise d'ouvrage communautaire
- Financement : communauté de communes (20 %), Fonds vert (70 %), région Grand Est (7 %) et Agence de l'Eau Rhin-Meuse (3 %)
Communauté de communes de l'Argonne ardennaise
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