Le Sylvetum, une forêt expérimentale à Marols (42)

Planter dans une forêt de nouvelles essences, en vue d’expérimenter leur résistance au dérèglement climatique : c’est le défi lancé par la commune de Marols. Soutenue par l’Office national des forêts et par le Centre national de la propriété forestière, l’opération a bénéficié, en outre, d’une forte participation citoyenne et d’un mécénat hors normes. 

En 2023, attentif à l’avenir de sa forêt, la municipalité rencontre des représentants de l’Office national des forêts (ONF) et du Centre national de la propriété forestière (CNPF). Ces experts sont alors en quête d’un site de sept à huit hectares, pour planter plusieurs milliers d’arbres d’essences résistantes à la sécheresse et suivre leur évolution jusqu’en 2040. La commune, propriétaire de quatre hectares, acquiert rapidement les trois hectares et demi manquants, et confie à l’ONF ce « laboratoire » à ciel ouvert, après l’avoir passé sous régime forestier, afin de sécuriser l’avenir de la parcelle. Cette aventure mobilise rapidement élus et habitants. Fin 2023, la commune aménage un chemin d’accès pour encourager les promeneurs. En 2024, les bois sont nettoyés en vue d’accueillir l’expérimentation. Celle-ci démarre officiellement le 7 novembre 2024, avec la plantation de plus de mille arbres, complétée par une deuxième saison de plantations, en mars 2025, le tout sous l’égide de l’ONF. 

2 760 arbres, de 24 essences différentes, originaires de Turquie, de Californie et du bassin méditerranéen, préfigurent ainsi ce que pourrait être la forêt française de demain, adaptée au réchauffement climatique. « Notre objectif est d’anticiper l’arrivée de nouvelles essences, et la prise de conscience des élus constitue une vraie avancée », précise Franck Flachon, de l’ONF. Des bois indigènes ont été conservés et intégrés au Sylvetum et font partie du panel suivi. À l’inauguration, en mai 2025, plus de 350 habitants découvrent le résultat : cinq îlots se dressent sur les coteaux, avec des conifères comme les pins maritimes, sapins de Céphalonie ou d’Espagne et des feuillus, comme les tilleuls.

Un financement exemplaire

Grâce au label d’utilité publique de l’association le Sylvetum de Marols, une campagne de mécénat et de financement participatif est engagée. Les promeneurs deviennent parrains et marraines d’arbres, moyennant une contribution financière de trente euros pour quatre arbres, déductible des impôts à 66 %. Le suivi technique, assuré par le CNPF est financé par anticipation. L’association est chargée de récolter les dons et en reverse 80 % à la commune. Les 25 adhérents participent au nettoyage des parcelles, à l’entretien des chemins et au remplacement des arbres morts.

Un parcours pédagogique de plus d’un kilomètre 

Jeux, parcours interactifs, bancs, passerelle enjambant la rivière, 24 poteaux avec QR codes explicatifs, un pour chaque espèce d’arbre, jalonnent un parcours pédagogique de plus d’un kilomètre. Deux mécènes locaux ont financé les installations : l’entreprise informatique Formasoft et la menuiserie Christophe Roux. Deux mascottes délivrent des explications adaptées à chaque public : Sylv, l’oiseau pour les enfants et Tom, pour les parents.

Au carrefour de plusieurs chemins, le Sylvetum du bois des Gaulois accueille une plate-forme en bois aménagée, pour accueillir les classes de plein air. La dynamique se crée. L’école, classe unique de trente enfants, organise la classe dehors tous les vendredis matin dans son « lieu de récréation », à près de 900 mètres d’altitude. Elle obtient le label territoire éducatif développement durable niveau 2. L’enseignante dispose d’un pupitre, les enfants peuvent s’asseoir sur des bancs. Un contrat avec l’Éducation nationale est scellé. Ainsi, tous les enfants du primaire du département de la Loire bénéficient d’une journée pédagogique à Marols, consacrée au bois et à la forêt, où ils découvrent l’histoire et la géographie des lieux.

Les enfants, vecteurs de l’engagement des habitants

Parents et grands-parents écoutent ce que leur racontent leurs enfants et petits-enfants. Et cela fait la différence. Nés entre 2020 et 2026, ils ont un arbre à leur nom : cette démarche suscite l’engouement des enfants, qui est communicatif. Le site devient vite un lieu de promenade. Près de 400 habitants participent au lancement en 2024, puis à l’inauguration en 2025. Des associations viennent lire des contes, des promeneurs flânent au lever et au coucher du soleil, pour admirer les vues sur les monts du Forez et du Pilat. Deux fois par an sont organisées des journées participatives, en partenariat avec les chasseurs, pour l’entretien des espaces naturels.

Démarche participative

L’ONF, mandataire, assure la gestion de la parcelle sous domaine public. Le suivi scientifique est réalisé par le CNPF, enfin, la commune mobilise les habitants pour nettoyer les abords, entretenir le mobilier et lever les financements alloués aux nouveaux plants. La démarche participative est capitale et l’effet levier de l’école est déterminant. 

Marols accueille dorénavant des groupes, et met à disposition des salles pour des réunions. Au fil des années, le Sylvetum va permettre d’observer la résilience de la forêt et mesurer la résistance d’essences génétiquement plus adaptées au stress hydrique. Des résultats fort attendus, à l’heure où les forêts françaises, sur l’ensemble du territoire, donnent des signes de dépérissement, révélant un réchauffement climatique plus rapide que l’adaptabilité génétique des essences locales.

Chiffres clés

  • Budget : 90 000 euros
  • Mécénat : 47 000 euros
  • Financement participatif : 5 000 euros
  • Département : 12 000 euros
  • Loire-Forez agglomération : 9 000 euros
  • Commune de Marols : 10 000 euros
  • 7,5 ha, 2 660 arbres, 24 essences

 

Un suivi scientifique sur quinze ans

Comment vont s’adapter les 24 essences, cohabiter, résister aux événements climatiques, comme les grêles et les gelées, à la végétation concurrente, au gibier ? Le CNPF va suivre jusqu’en 2040 l’évolution du Sylvetum. « La pousse des arbres obéit à une échelle de temps long et nous avons peu de recul sur ces essences, choisies après étude de différents paramètres : climat, sol, exposition », souligne Julien Blachon, technicien forestier au CNPF. Les premiers relevés annuels indiquent un taux de reprise satisfaisant, de 83 %. Les arbres morts sont remplacés par les mêmes essences.

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