Saint-Just : une boulangerie coopérative revitalise le centre bourg (18)
À l’initiative de la municipalité, une boulangerie bio, locale et solidaire, a ouvert en décembre 2025, sous forme de société coopérative d’intérêt collectif. Un modèle original, associant élus et habitants, unis pour redonner vie au cœur de leur village.
© Mairie de Saint-Just
Petite commune de l'agglomération de Bourges, Saint-Just (656 habitants) n’avait plus de boulangerie depuis 2008. La plus proche était à cinq kilomètres, à onze si les habitants souhaitaient du pain bio.
L'affaire aurait pu rester une question d'initiative privée. Mais la municipalité s'est emparée du sujet, entraînant avec elle les habitants du village.
Maire de Saint-Just, Stéphane Garcia avait repéré, en 2018, « un bâti en piteux état, adossé à un logement communal, en plein cœur du bourg ». Un emplacement idéal pour créer un commerce qui revitaliserait le centre-bourg. L'idée d'un « portage du projet par la commune » émerge, approuvée en conseil municipal. Et l'option boulangerie s'impose, « pour son côté convivialité et échange », associé à la possibilité de soutenir les agriculteurs locaux.
Pour mettre sur pied le projet, la commune commence par acheter le bâti et, ayant réussi à mobiliser des financements publics, investit dans sa réhabilitation, afin de créer un espace pouvant accueillir une boulangerie-pâtisserie et un local d'habitation. Les travaux débutent, avant que la crise du Covid et la guerre en Ukraine ne manquent de mettre l'initiative au tapis. Les matériaux manquent, leur prix risque de grimper... « Notre chance, pointe Stéphane Garcia, c'est d'avoir travaillé avec des entreprises locales, qui ont accepté d'attendre, sans surcoûts, que le chantier puisse reprendre. »
Engagement citoyen
Rénovés à 80 % en matériaux biosourcés, le local commercial et celui d'habitation sont terminés courant 2023. Le premier comprend un espace de vente de 25 m² et un atelier d’environ 130 m².
À la même période, le conseil municipal, engagé dans une réflexion sur la forme juridique à donner à cette future boulangerie-pâtisserie, découvre le format de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), « qui a immédiatement fait sens », souligne le maire.
« Ce commerce était en effet pour nous un projet d'intérêt général et collectif. Nous voulions qu’il réponde à plusieurs enjeux : revitaliser le centre-bourg, soutenir les agriculteurs du territoire, qui fournissent de la farine biologique, offrir aux habitants un accès à des produits locaux et de qualité, et œuvrer à l'insertion professionnelle. Porteur de valeurs de solidarité, de proximité et d'engagement citoyen, le format SCIC faisait pleinement écho à la démarche, en permettant aux habitants, collectivités, entreprises et associations locales de s'engager de concert dans l'initiative. D'autant qu'en SCIC, on est dans une gouvernance partagée. »
Courant 2025, 1 400 parts d’un montant de 50 euros sont ainsi proposées au public et plus de 950 partent très vite, 119 membres fondateurs répondant présents - des particuliers, des professionnels, des associations et des collectivités (la mairie de Saint-Just et la communauté d'agglomération de Bourges).
Insertion professionnelle et circuits courts
Dénommée Epi Phénomène, la boulangerie-pâtisserie peut ouvrir, le 1er décembre 2025, avec aux manettes, une boulangère professionnelle, Fleur Thomas, salariée de la SCIC.
La boulangerie ayant aussi pour vocation de former des apprentis et de favoriser l'insertion de personnes éloignées de l’emploi, la jeune femme n'est pas seule.
Une convention de partenariat a en effet été signée entre la mairie et le département : elle vise à favoriser l’accueil et l’immersion de bénéficiaires du RSA, dans le cadre de leur parcours de retour à l’emploi. Le département a été « séduit par le format coopératif », souligne Bénédicte de Choulot, vice-présidente en charge des affaires sociales et de l’insertion. Un partenariat avec l'Institut de formation des apprentis de Bourges a également fait l’objet d’une convention. Résultat, Epi Phénomène accueille aujourd’hui deux allocataires du RSA, et, depuis le mois d'avril, un premier apprenti. Un deuxième devrait bientôt rejoindre l’atelier.
Epi Phénomène s’insère par ailleurs « dans une politique déjà en place de soutien aux producteurs locaux et d'accès à une alimentation de qualité », insiste Stéphane Garcia. Tous les pains, pâtisseries et viennoiseries sont ainsi fabriqués à partir de farines biologiques locales.
La boulangerie fournit déjà les cantines des écoles du territoire et a pour ambition « de livrer également collèges et lycées sous peu. Et, qui sait, les Ehpad aussi... »
Zoom sur les éléments financiers
- 600 000 euros d’investissement dans le bâtiment (boulangerie et maison d’habitation, un four et une chambre de fermentation) : dont 185 000 de la région, 250 000 euros de l'État, 20 000 euros du conseil départemental, 20 000 euros de fonds de concours et 125 000 euros de la commune (emprunt, remboursé au fil des années avec le loyer perçu de la SCIC Epi Phénomène - 450 euros par mois)
- Investissement SCIC Epi-Phénomène (remboursement effectué à la mairie qui a avancé la trésorerie) :
- Recettes :
- Levée de fonds via des parts sociales : 46 000 euros (119 sociétaires)
- Appel à projet Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) : 25 000 euros
- Dispositif « À Vos Idées » de la Région : 71 000 euros
- Dépenses :
- Achat de matériel : 130 000 euros
Commune de Saint-Just
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