Extinction des réseaux 2G/3G : collectivités, cybersécurité… les enjeux d'une bascule à marche forcée d'ici 2026 et 2029

Le Sénat alerte sur les conséquences économiques, budgétaires et opérationnelles de l'arrêt programmé des réseaux mobiles 2G en 2026 et 3G en 2029. Si la modernisation technologique apparaît inéluctable, la commission de l'aménagement du territoire dénonce une transition conduite sans réelle concertation et appelle l'État à mieux piloter les risques, notamment pour les collectivités et les services publics locaux.

L'arrêt des réseaux 2G fin 2026 et 3G à l'horizon 2029 marque la fin d'une époque, l'aboutissement d'un cycle technologique engagé il y a plus de trente ans. Apparue dans les années 1990, la 2G a introduit la voix numérique et les SMS ; la 3G, dans les années 2000, a ouvert l'accès mobile à internet et aux communications entre machines (MtoM). Depuis, 4G puis 5G ont profondément modifié les usages.

Le rapport d'information sénatorial enregistré le 11 février 2026, rappelle que cette extinction est d'abord une décision des opérateurs, prise dans un cadre concurrentiel soumis au principe européen de neutralité technologique. L'État ne peut ni imposer le maintien d'une technologie, ni en privilégier une autre, sauf justification impérieuse d'intérêt général.

Sur le plan technique, la 2G et la 3G apparaissent désormais dépassées. Leur maintien mobilise des fréquences qui pourraient être réallouées à des technologies plus performantes. La commission souligne en particulier trois effets attendus :
- une réduction du risque de cyberattaques, liées aux failles structurelles de la 2G ;
- une réallocation plus efficiente des fréquences radio au profit de la 4G et de la 5G ;
- une diminution de l'empreinte énergétique des réseaux, les infrastructures anciennes étant plus coûteuses à exploiter.

Le trafic internet ne cesse en effet de croître, avec une hausse annuelle significative relevée par le régulateur. Les opérateurs avancent donc un argument d'optimisation technique et économique : rationaliser un réseau aujourd'hui stratifié (2G/3G/4G/5G) pour en améliorer la performance globale.

Trois millions d'objets à migrer…

Derrière cette logique industrielle se cache une réalité plus rugueuse. Selon le rapport, environ 3 millions d'appareils professionnels restent connectés à la 2G, et presque autant à la 3G. Il s'agit d'équipements aussi variés que des dispositifs de télésurveillance, des systèmes d'alarme, des équipements médicaux connectés, des ascenseurs, des automates de gestion d'eau potable ou d'assainissement etc. 

Ces équipements sont souvent fonctionnels, amortis, et intégrés à des contrats de maintenance de long terme. Leur remplacement anticipé génère des coûts significatifs.

Pour les seuls services d'eau potable et d'assainissement, la bascule technologique est estimée, selon les scénarios étudiés par la commission, entre 330 millions et 4 milliards d'euros si l'ensemble du matériel devait être renouvelé.

Les représentants de secteurs professionnels auditionnés ont dénoncé un calendrier jugé trop court, certains estimant qu'un délai de dix ans aurait été nécessaire pour absorber la transition sans heurts. La commission pointe un "dialogue de sourds" entre opérateurs et acteurs économiques, ainsi qu'une concertation tardive.

Elle relève également une communication "brouillonne" entre opérateurs, avec des annonces évolutives sur le calendrier, susceptibles de perturber les anticipations industrielles.

Collectivités territoriales en première ligne

Les collectivités territoriales se retrouvent en première ligne. Réseaux d'eau, d'assainissement, éclairage public, systèmes d'alerte ou équipements de télégestion reposent encore, dans certains territoires, sur des modules 2G ou 3G.

Le rapport souligne que l'anticipation a été inégale, en partie faute d'un accompagnement structuré. Les préfectures des départements pilotes, comme La Réunion ou les Pyrénées-Atlantiques, ont été mobilisées pour gérer localement les conséquences opérationnelles.

Sur le plan fiscal, la commission s'est penchée sur la trajectoire de l'impôt forfaitaire des entreprises sur les équipements réseau (Ifer) mobile. Les estimations transmises indiquent que la recette devrait continuer à progresser, pour atteindre près de 500 millions d'euros annuels à l'horizon 2035, malgré de légères contractions attendues en 2027, 2030 et 2031. Le risque "d'érosion" durable des recettes locales n'est donc pas confirmé à ce stade.

En revanche, le risque organisationnel est réel : défaut d'anticipation contractuelle, clauses techniques inadaptées dans les marchés publics, dépendance à des technologies en fin de vie. La commission appelle à sécuriser juridiquement et techniquement les futurs contrats, afin d'intégrer la question des cycles technologiques dans les achats publics.

Cybersécurité et inclusion numérique 

La vulnérabilité du réseau 2G constitue l'un des arguments les plus forts en faveur de son extinction. L'absence de mécanisme robuste d'authentification des antennes-relais et la faiblesse des protocoles de chiffrement exposent les utilisateurs à des attaques de type "smishing" (hameçonnage par SMS). Les populations âgées, souvent équipées de terminaux anciens, sont particulièrement exposées. La commission souligne en effet un paradoxe : si la fin de la 2G répond à un impératif de sécurité, elle peut aussi fragiliser les publics les moins à l'aise avec le numérique.

D'où plusieurs recommandations structurantes parmi les treize adoptées :
- faire de l'Arcep la "vigie" des futures bascules technologiques ;
- systématiser l'information via les bulletins communaux ;
- mobiliser les réseaux France Services et les conseillers numériques ;
- appuyer les TPE-PME via les chambres consulaires ;
- lancer des campagnes nationales de communication lors des transitions majeures ;
- accélérer la structuration des filières de collecte, recyclage et réemploi des terminaux obsolètes.

Sur ce dernier point, la commission rappelle qu'aujourd'hui moins d'1 téléphone mobile sur 5 est collecté pour recyclage, ce qui pose un enjeu environnemental majeur au moment où des millions d'équipements pourraient être renouvelés.

Anticiper les prochaines bascules

Au-delà de la seule 2G/3G, le rapport met en lumière un enjeu plus large : la dépendance collective à des technologies obsolètes. La modernisation des réseaux s'inscrit dans un cycle d'innovation rapide — une dizaine d'années pour la 2G, la 3G ou la 4G — bien plus court que celui des infrastructures fixes.

Pour les sénateurs, l'enjeu n'est pas de contester le progrès technique, mais d'en maîtriser les effets. L'État, bien que juridiquement limité par la neutralité technologique, dispose de leviers d'accompagnement, de coordination territoriale et d'information. À l'approche des échéances 2026 et 2029, la question centrale devient donc moins celle de l'extinction elle-même que celle du pilotage des risques : continuité des services publics locaux, de soutenabilité financière pour les collectivités et les PME, de protection des publics vulnérables et de cohérence environnementale de la transition.

La fin des réseaux 2G et 3G marque ainsi la fin d'une époque. Elle ouvre surtout un débat plus large sur la gouvernance des transitions numériques, dans un contexte où les cycles technologiques s'accélèrent et où la résilience des territoires devient un impératif stratégique.

 

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