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Faut-il retarder la 5G au profit de la 4G ?

Le gouvernement a décidé de programmer les enchères 5G pour septembre 2020. Devant les sénateurs, le groupe Bouygues est venu défendre son idée d'un report de six mois. Avec un argument audible pour les représentants des territoires : l'accélération de la couverture 4G des zones rurales.

Dans une interview au Figaro datée du 8 juin, la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, Agnès Pannier-Runacher, a estimé que l'organisation d'enchères pour attribuer le reliquat des fréquences de la 5G en septembre constituait "un objectif raisonnable", apportant ainsi une fin de non-recevoir aux propositions de report du PDG du groupe Bouygues. Le débat est-il pour autant tranché ? La remise à plat du new deal mobile proposée par Martin Bouygues aux sénateurs mercredi 10 juin pourrait trouver des oreilles attentives chez les élus locaux.

Des pylônes 4G supplémentaires pour le new deal

Lors de son audition, ce dernier a en effet suggéré d'ajouter 20 à 30% de pylônes 4G au new deal mobile, soit 1.000 à 1.500 pylônes venant s'ajouter aux 5.000 antennes que chacun des quatre opérateurs doit déployer. Ces investissements sur le volet "couverture ciblée" du new deal mobile pourraient ensuite être "déduits du montant des licences 5G" dont l'attribution ne serait décalée "que de six mois". Un report dont le PDG a relativisé l'impact, soulignant que "la 5G dont parle le gouvernement ne va pas sauver l'industrie française". La 5G en cours de déploiement n'apporterait en effet que des "améliorations marginales" à la 4G existante là où il y a beaucoup de trafic, essentiellement dans les grandes villes. "Les usages innovants de la 5G n'interviendront pas avant 2023, or ils mobilisent une technologie qui n'est pas encore normalisée" ont défendu les représentants de l'opérateur.

4G des champs contre 5G des villes

Le président de la commission sénatoriale, Hervé Maurey, s'est étonné d'une proposition venant "compléter un dispositif censé être complet" puisque le new deal mobile, négocié entre l'État et les quatre opérateurs en 2018, était censé résoudre une fois pour toute la question de la couverture mobile du territoire. Ce à quoi les représentants de l'opérateur ont répondu que les besoins de couverture étaient exprimés par les équipes projets [auxquelles participent l'État, les opérateurs et les élus], qui remontent des besoins beaucoup plus importants que ce que les dotations allouées par l'État permettent de couvrir…  De son côté le sénateur de l'Ain Patrick Chaize s'est interrogé sur une proposition qui pourrait aboutir à ce que "le prix à payer pour voir la 4G des champs soit de circonscrire la 5G à la ville". Il a estimé que les enjeux de couverture de la 4G et de la 5G devaient être dissociés et a rappelé les engagements pris par les opérateurs au titre du new deal, le Covid-19 ne devant pas être un prétexte pour expliquer tous les retards.

Des motivations toutes autres ?

Si l'idée est de bouger les lignes du new deal, dont l'efficacité est mise en doute par de nombreux parlementaires, les motivations de l'industriel – isolé dans ses requêtes, Free poussant à accélérer la 5G quand Orange se dit favorable à des enchères en septembre – pourraient être très éloignées de l'aménagement numérique. Les sénateurs ont ainsi relevé que l'Anssi n'avait pas encore tranché sur la possibilité d'utiliser des équipement Huawei pour déployer la 5G tricolore. Or Bouygues fait partie des opérateurs très dépendants de l'équipementier chinois contrairement à ses concurrents… Par ailleurs, l'activité BTP aurait particulièrement souffert de la crise sanitaire (600 millions de pertes en France), obligeant le groupe à faire des arbitrages financiers.

Retards dans les déploiements : cherchez les coupables

L'audition a permis d'en savoir un peu plus sur les retards du new deal mobile. 30% des sites Bouygues Telecom ne seront pas livrés à la date du 27 juin, certains devant fonctionner avec des groupes électrogènes faute d'un raccordement électrique livré dans les délais… Enedis et les syndicats d'électricité se sont ainsi vu attribuer une bonne part des responsabilités dans les retards. Idem pour la sous-traitance mobilisée pour la construction des sites. Étonnant pour un groupe de BTP.

 

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