Fibre Excellence : le tribunal rejette l'offre Pigasse, Tarascon liquidé, Saint-Gaudens obtient un ultime sursis

Le scénario du sauvetage de l’entreprise Fibre Excellence se complique. En rejetant l'offre de reprise du financier Matthieu Pigasse, le tribunal de commerce de Toulouse condamne l'usine de Tarascon, tout en laissant une dernière chance au site de Saint-Gaudens, suspendue à l'offre d'un nouvel investisseur.

Le tribunal de commerce de Toulouse a scellé, lundi 27 juillet, une grande partie du sort de l’entreprise Fibre Excellence placée en redressement judiciaire fin avril. Il a rejeté l'offre de reprise présentée par l'homme d'affaires Matthieu Pigasse (Combat Holding) pour le dernier fabricant français de pâte à papier. Soutenue par les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur, le conseil départemental de Haute-Garonne ainsi que plusieurs organisations syndicales (CGT, CFDT et FO), cette proposition n'a pas convaincu les juges.

Le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire de l'usine de Tarascon (Bouches-du-Rhône), qui emploie près de 275 salariés. En revanche, le site de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) bénéficie d'un répit de deux jours, à la faveur du dépôt d'une nouvelle lettre d'intention par un industriel local. "C'est toujours mieux que rien, mais on déplore quand même de couper la moitié de la boîte", a réagi Cédric Caubère, secrétaire général de la CGT Haute-Garonne, au micro de France 3, à l'issue de l'audience.

Un nouvel espoir pour Saint-Gaudens

Le repreneur potentiel, qui souhaite conserver l'anonymat à ce stade, a déposé une lettre d'intention en vue de reprendre le seul site de Saint-Gaudens. Cette démarche reste toutefois suspendue au versement d'une garantie de 2 millions d'euros avant le 29 juillet. Si cette condition est remplie, le tribunal accordera un nouveau délai jusqu'au 27 août afin de permettre le dépôt d'une offre de reprise ferme et crédible.

Une semaine avant la décision, le cabinet d'expertise Secafi, mandaté dans le cadre de la procédure, avait pourtant jugé "crédible" le projet porté par Matthieu Pigasse. Les experts soulignaient notamment que les difficultés financières du groupe s'expliquaient en partie par la flambée du prix du bois, en hausse d'environ 50% entre 2021 et 2025.

Le marché du bois en question

"Ce surcoût est aujourd'hui estimé à plus de 25 millions d'euros par an pour Fibre Excellence", indiquaient dans un courrier adressé au président de la République le 22 juillet les soutiens de l’entreprise - les syndicats, les deux régions, le conseil départemental de Haute-Garonne, la communauté de communes Cœur et Coteaux du Comminges et la mairie de Saint-Gaudens. 

"Le développement massif et fortement subventionné du bois-énergie, sans sécurisation préalable des volumes destinés au bois d'industrie, le retard de la transposition de la directive RED III (relative à la promotion de l'énergie produite à partir de sources renouvelables) et la diminution des volumes issus des forêts publiques ont provoqué une augmentation de 50% du coût du bois", écrivaient-ils. 

Une offre conditionnée à un soutien accru de l'État

Le projet de Matthieu Pigasse prévoyait la reprise de l'ensemble des deux sites industriels et le maintien des quelque 670 emplois du groupe. Mais l'homme d'affaires conditionnait son offre à un soutien financier supplémentaire de l'État à hauteur de 110 millions d'euros, qui ne lui a finalement pas été accordé. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, avait estimé que l'apport proposé par Combat Holding - 5 millions d'euros - n'était "pas au niveau" des efforts consentis par l'État.

Depuis plusieurs années, l'État affirme avoir mobilisé plus de 200 millions d'euros en faveur de Fibre Excellence. À ce soutien direct se sont ajoutées plusieurs mesures destinées à améliorer durablement la compétitivité du groupe : une revalorisation de 20% des tarifs de rachat de l'électricité produite par les usines, une augmentation des volumes de bois fournis par l'Office national des forêts, ainsi qu'une restructuration d'une partie des dettes contractées auprès d'EDF, de l'État et de la Caisse des Dépôts.

Les collectivités toujours mobilisées

Malgré le rejet de l'offre de Combat Holding, les élus locaux continuent d'espérer sauver le site haut-garonnais. "D'ici mercredi, chaque heure compte", a déclaré la présidente de la région Occitanie, Carole Delga. "Nous travaillons à cette nouvelle offre de reprise qui porte une réelle vision industrielle pour le site commingeois."

Concernant Tarascon, dont la liquidation a été prononcée, l'élue affirme poursuivre le combat aux côtés de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les deux collectivités demandent à l'État "d'empêcher le démantèlement" de l'usine afin de préserver les possibilités d'une future reprise industrielle.

 

 

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