Finances des petites villes : bonne résistance l'an dernier, forte incertitude désormais

La 12e édition de l'étude "Regard financier sur les petites villes", qui porte sur les comptes 2025, montre que les communes de 2.500 à 25.000 habitants ont pu l'an dernier afficher une situation globalement équilibrée : faible hausse des dépenses de fonctionnement, dépenses d'investissement dynamiques et davantage autofinancées, recettes "optimisées"... En revanche, les maires de petites villes se montrent plus que méfiants pour 2026.

En termes financiers, dans quelles conditions s'est achevé le précédent mandat municipal pour les villes dites "petites", à savoir celles comptant entre 2.500 et 25.000 habitants ? On est habitués aux tableaux sombres. Celui-ci ne l'est finalement pas tant que ça. L'Association des petites villes de France (APVF), qui présentait ce 9 juin à la presse la 12e édition de l'étude "Regard financier" réalisée chaque année avec la Banque postale, parle de "résilience". Selon cette analyse des comptes 2025 de 4.160 communes, les petites villes semblent en effet, malgré un contexte pas vraiment favorable, "avoir préservé des équilibres financiers globalement satisfaisants".

Côté dépenses, on constate un "ralentissement de la hausse" des dépenses de fonctionnement (+1,1%). Et ce, alors même que les charges de personnel (qui représentent plus de la moitié des dépenses de fonctionnement) ont continué à augmenter en lien avec, notamment, la hausse des cotisations CNRACL. "Dans ma commune je n'ai fait aucun recrutement, mais les charges de personnel ont augmenté du fait de la hausse du point d'indice, du Smic et de la CNRACL", a témoigné Jean-Baptiste Hamonic, le maire de Villepreux (Yvelines), ajoutant : "Quand le 012 augmente, il faut trouver des économies ailleurs…" Ce qui a donc été fait sur les autres dépenses de fonctionnement.

"Ce n'est plus le fonds vert, c'est le fond du verre"

Les dépenses d'investissement, elles, sont restées dynamiques (+8,2% par rapport à 2024). Une courbe assez naturelle en fin de mandature. Avec un accent mis sur "les transitions écologique, énergétique et démographique". Les dépenses moyennes d'investissement des petites villes se sont élevées l'an dernier à 458 euros par habitant. En notant que ces communes ont autofinancé une part importante de leurs investissements, via leur trésorerie. De ce fait "l'encours de dette a certes augmenté, mais de façon plus restreinte", a relevé Philippe Baeteman, responsable des études financières de la Banque postale, mentionnant que la capacité de désendettement des petites villes est aujourd'hui de 3,7 ans. Romain Colas, maire de Boussy-Saint-Antoine (Essonne), le confirme : les maires ont eu tendance à piocher dans le fonds de roulement plutôt qu'à avoir recours à l'emprunt. Ceci du fait de la remontée des taux d'intérêt.

Outre l'autofinancement, "l'optimisation du recours aux subventions", notamment celles de l'État (mais aussi du département, de la région…), apparaît également importante dans le financement des projets. Davantage d'ailleurs que les seules dotations d'investissement. Selon Romain Colas, cela ne sera toutefois plus valable en 2026, en premier lieu du fait de la diminution drastique de l'enveloppe du fonds vert. "Ce n'est plus le fonds vert, c'est le fond du verre", raille-t-il, craignant "un effondrement". Même son de cloche du côté de Jean-Baptiste Hamonic : "Je sais que je ne pourrai plus mobiliser le fonds vert."

Poids croissant des dépenses sociales

En termes de recettes, Philippe Baeteman constate sur 2025 "une situation assez confortable", avec entre autres des recettes fiscales ayant bénéficié de la revalorisation des valeurs locatives et avec une progression de la dotation globale de fonctionnement.

L'étude propose par ailleurs une ventilation des dépenses de fonctionnement par grandes compétences. Et établit un lien avec la répartition de la population des petites villes par tranche d'âge. Cette répartition montre en effet que par rapport aux autres strates de communes, les 18-39 ans sont sous représentés dans les petites villes, tandis que les plus de 65 ans y sont plus nombreux. D'où davantage de dépenses en faveur des personnes âgées, mais aussi des "plus fragiles". "En moyenne, les petites villes dépensent 8% de leur budget de fonctionnement (soit environ 2,5 milliards d'euros) en interventions sociales et santé", dont la moitié "correspond à des charges de personnel, et près d'un quart permet de financer les centres communaux d'action sociale (CCAS)". Pour Jean-Baptiste Hamonic, "le volet social a vraiment pris une grande importance, le CCAS n'a jamais aidé autant de gens". Le maire songe d'ailleurs à "resserrer l'action du CCAS". "Il faut faire des choix", regrette-t-il.

2026 :  "les deux pieds sur le frein"

Qu'attendre pour 2026 ? "Les premières estimations dessinent une année très calme" en matière d'investissement, indique Luc-Alain Vervisch, le directeur des études et de la recherche de la Banque postale. "On verra en fin d'année quelles auront été les stratégies des petites villes", car pour l'heure, impossible d'avoir une vision de ce que sera l'autofinancement, puisqu'on "ne connaît pas encore les choix qui seront faits par l'État", souligne-t-il. Et l'expert de considérer que dans le cadre du prochain projet de loi de finances, si l'on peut à la limite admettre une baisse du soutien à l'investissement, il ne faudra en revanche "pas toucher au fonctionnement".

Pour Romain Colas, les choses sont assez claires : "Chez moi j'ai mis les deux pieds sur le frein pour l'investissement. C'est mon quatrième mandat, et c'est la première fois que je suis dans cette position. Il y a un net tarissement des soutiens financiers de l'État, du département… Nous n'avons plus de capacité à nous projeter. On a mangé notre pain blanc. Il y a une immense incertitude qui nous empêche de programmer nos investissements." Et l'élu de souligner combien il est notamment préjudiciable de "ralentir" sur les investissements en faveur de l'adaptation au changement climatique. Son homologue de Villepreux se dit lui aussi "assez démuni", évoque de surcroît son "inquiétude pour l'interco, qui subit le Dilico" et reconnaît que ses projets pour sa commune "sont peu nombreux", portant surtout sur "de la rénovation et de l'entretien". Il ne s'en était d'ailleurs pas caché pendant sa campagne électorale : "J'ai dit que le nouveau mandat serait plus compliqué."

 

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