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Frédérique Macarez : "J'ai l’impression que l’on retrouve un sentiment de fierté qui était peut-être perdu"

Dans la perspective des rencontres Coeur de ville organisées le 15 décembre, Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin, dans l’Aisne, analyse pour Localtis les raisons du regain d’attractivité dont bénéficient de nombreuses villes moyennes comme la sienne et revient sur les axes de sa politique qui permettent de surfer sur cette vague.

Localtis : Selon vous, en quoi la mise en œuvre du programme Action Cœur de Ville a-t-elle participé à créer un regain d’attractivité pour la ville Saint-Quentin ?

Frédérique Macarez : Clairement, nous avons grâce à Action Cœur de Ville des moyens de dynamiser la politique du logement et de renforcer l’attractivité d’une ville moyenne. De fait, entre 2018 et 2019, nos ventes immobilières ont augmenté de 17%. Et sur la même période, les permis de construire ont été multipliés par cinq. De plus, nous pouvons disposer d’une ingénierie de grande qualité et à moindre coût qui n’est souvent pas présente dans les villes de taille moyenne. Les "marchés à bons de commandes" de la Banque des Territoires nous permettent de mener des réflexions sur des projets concernant par exemple un schéma de développement hôtelier, la restructuration du marché couvert, d’un bâtiment Art déco, etc.  

 

Une récente enquête (1) a classé Saint-Quentin en tête des sous-préfectures les plus aimées par leurs habitants et visiteurs. Ce regard positif est-il complètement nouveau ? Traduit-il une amélioration des conditions de vie dans les villes moyennes ?

J’ai l'impression, en effet, qu'il y a un changement de regard. C’est vrai pour Saint-Quentin, et encore plus depuis la crise sanitaire, que les villes de taille intermédiaire deviennent des villes de choix. L'achat d’un logement y est moins cher, le temps de trajet moyen - sept minutes à Saint-Quentin - fait rêver la région parisienne ! La qualité de l’air est meilleure. Donc, nous sentons qu’il y a un regain d’intérêt pour les villes moyennes. Un autre sondage, réalisé par l’Ifop (2) révèle que 82% des Français de moins de 35 ans affirment préférer vivre dans une ville moyenne plutôt que dans une métropole. Cela nous a beaucoup surpris. Car il y a encore quelques années, les étudiants avaient le rêve de la métropole. C’est un changement sur la vie que l’on a envie de mener. Nous avons donc fait beaucoup d'efforts notamment sur l’augmentation du nombre des activités de loisirs et culturelles pour les familles. Nous sommes capables aujourd’hui d’offrir un panel de services dans un décor agréable. J’ai l’impression que l’on retrouve un sentiment de fierté qui était peut-être perdu. Ce regain d'intérêt préexistait. La crise sanitaire l’a juste renforcé. 

 

Quels sont les secteurs dans lesquels la ville a choisi d’investir ? Et quels sont les enjeux autour de ces secteurs ? 

Nous avons beaucoup travaillé sur la thématique du patrimoine et de la culture ainsi que la proximité avec les habitants. Saint-Quentin a cette particularité d’être reconstruite selon le style Art déco, avant l’exposition universelle de 1929. Nous avons la chance d’avoir un lycée des métiers d’art avec une section ébénisterie de grande qualité. Chaque année nous leur passons commande. À l’occasion de la rénovation de l’espace Le Casino Jean qui rit, Jean qui pleure, dont l'ouverture est prévue pour 2021, la ville a commandé au lycée une borne d’accueil dans le style Art déco. À terme, tout le mobilier du hall sera conçu par le lycée des métiers d’art. Concernant la proximité, du fait que nous sommes une ville plus pauvre qu’ailleurs, je tiens à ce que nous ayons dans chaque quartier un lieu d'accueil de la population de proximité : une mairie annexe, un centre social, un espace d’inclusion numérique avec du personnel formé... Je crois beaucoup à cette offre de proximité où l’on peut retrouver un lien de confiance et de solidarité indispensable. 

 

(1) Etude "La pulsation des villes sur Instagram", du Lab Nouvelles Marges du 30 novembre 2020 analysant le classement et les hashtags de plus de 72 millions de photographies postées par les instagrammeurs dans 330 villes françaises.
(2) Le regard des Français sur les villes moyennes

Les villes moyennes face à la crise : l'atout Action Cœur de Ville

En prévision, notamment, des "Rencontres coeur de ville" organisées en visioconférence le 15 décembre par la Banque des Territoires, Localtis a interrogé plusieurs maires concernés par le programme Action Cœur de Ville et membres de Villes de France. Dont Caroline Cayeux, présidente de l'association. Ainsi que le directeur du département "Opinion" de l'Ifop, pour revenir sur le baromètre 2020 de Villes de France. D'autres interviews sont à venir dans nos prochaines éditions. Une façon de décliner les divers enjeux de ce programme, en fonction des spécificités et priorités propres à chaque ville. Et de donner à voir la façon dont la crise a frappé les villes moyennes... mais a aussi mis en lumière leurs atouts, à l'heure où il se dit que nombre d'habitants des plus grandes métropoles aspirent aujourd'hui à un autre lieu de vie.

 

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