Gestion des déchets : un guide pour remettre l'usager au cœur du système
La FNCCR publie un guide pratique invitant les collectivités à mieux prendre en compte les comportements et contraintes de leurs habitants dans leurs stratégies de gestion des déchets, jugées trop souvent "pensées à partir de considérations techniques et logistiques". Remettre le citoyen au cœur du dispositif, en somme.
© FNCCR et territoire d'énergie
"La folie, c'est de faire toujours la même chose en espérant un résultat différent", prête-t-on à Einstein. En matière de gestion des déchets, la FNCCR a décidé de rompre avec cette logique, en publiant un guide pratique fondé non plus sur une approche descendante, techniciste, voire paternaliste – "un dispositif pas incohérent techniquement", juste "décalé socialement" – mais en partant du terrain, en se cognant au réel et à ses contraintes.
Partir des usages et des territoires
"Cela fait 20 ans que le tri sélectif est mis en place, 20 ans qu'il s'accompagne de tout un tas de campagne de communication et que les performances stagnent", observe la docteure en sociologie Camille Dormoy, qui a conduit les travaux avec la ferme intention de "changer de focale, en partant vraiment des usages et des territoires, en ajustant concrètement les dispositifs aux conditions dans lesquelles ils sont effectivement utilisés".
"Il ne s'agit plus seulement d'informer, mais d'adapter nos dispositifs aux réalités vécues par les habitants", appuie Jean-Luc Dupont, président de la fédération. Le guide attire ainsi l'attention sur l'inefficacité de multiplier les "supports explicatifs", les messages "à la tonalité injonctive" ou insistant "sur la gravité des enjeux", qui peuvent même se révéler contre-productifs, sans prendre en compte la réalité. "L'expérience de terrain met en évidence un biais fréquent : supposer que si les habitants n'adoptent pas les comportements attendus, c'est qu'ils n'ont pas compris", est-il observé. Aussi ce guide entend-t-il "parler vrai et apporter des solutions", comme le résume Damien Grasset, à la tête de la commission Déchets de la fédération et du syndicat département de traitement des déchets vendéens Trivalis.
Indispensables participations
Concrètement, le guide présente dix fiches thématiques allant de la clarification des rôles et responsabilités au développement de l'économie circulaire en passant par la réduction des dépôts sauvages, l'amélioration de la qualité du tri ou encore la gestion de la saisonnalité. Chacune présente dans un premier temps une analyse du sujet, qui prend en compte les comportements des usagers, variables, identifie les freins et leviers d'actions, et dans un second temps propose des solutions à mettre en place, illustrées par des exemples.
Avec comme principal fil rouge le développement de la participation et de la concertation citoyennes, ou plutôt des participations, tant il faut prendre en compte les différents profils d'usagers. Le guide en recense six : les "engagés cohérents", convaincus et mobilisés ; les "engagés contraints", convaincus mais empêchés ; les "pragmatiques contextuels", ni engagés ni opposés, leur adhésion dépendant de la facilité du dispositif ; les "opportunistes rationnels", qui ne réagissent qu'à trois variables : le coût, l'effort requis et le risque encouru ; et les "distants normatifs", dont l'adhésion dépend de la perception d'équité et d'efficacité du service public.
Le guide met ainsi en exergue le risque d'une concertation qui ne se limiterait qu'aux "engagés cohérents", déjà "sur-représentés dans les espaces participatifs classiques", invitant plutôt à privilégier les "pragmatiques contextuels", "particulièrement utiles pour éprouver les dispositifs". Ou, autre exemple, souligne l'ineptie de marteler "l'injonction à bien trier" à des habitants qui constatent par ailleurs que les conteneurs de leurs quartiers débordent régulièrement.
Clarté et fluidité du système…
Autre enseignement transversal, la nécessité de la clarté et de la fluidité du système de gestion des déchets, qui feraient plutôt défaut. Le guide pointe la pluralité des acteurs à l'œuvre, qui ont en outre tendance à s'ignorer, ce qui est d'autant plus préjudiciable que "celui qui qui est interpellé n'est pas toujours celui qui décide".
À la dissociation commune / intercommunalité, "point de friction structurant", le guide met en relief une seconde dissociation, à l'œuvre dans certains territoires, entre "l'EPCI qui décide et le syndicat mixte qui met en œuvre". Résultat : "plusieurs logique des responsabilité coexistent sans toujours coïncider" : la "responsabilité juridique" – qui est compétent ? –, la "responsabilité d'interpellation" – qui est sollicité en cas de problème ? –, la "responsabilité visible" – qui apparait responsable ? – et la "responsabilité d'action" – qui peut réellement modifier le service ? Et le guide de souligner l'importance de "structurer une gouvernance territoriale du système déchets", coordonnant l'ensemble des acteurs pour éviter chevauchements et angles morts et permettre un réel pilotage.
… et de la communication
Le guide met encore l'accent sur la nécessité d'une communication claire et répondant à un objectif préalablement défini : "On ne communique pas pour les mêmes raisons selon que l’on cherche à informer, à prévenir ou à inciter […]. Confondre ces trois objectifs conduit à des messages trop généraux ou inadaptés".
Côté clarté, le guide invite à se garder d'un vocabulaire technique particulièrement prégnant. Damien Grasset prend l'exemple des "biodéchets" – "Même certains élus ne savant pas ce que c'est" –, invitant à parler plutôt de "restes de repas ou d'épluchures". L'attention est également attirée sur la nécessité de bien nommer les choses. Camille Dormoy prend l'exemple des dépôts sauvages, et de l'erreur d'englober dans cette même catégorie les dépôts opérés à côté d'un point d'apport volontaire qui déborde et les dépôts sur un chemin de terre : "Tous ne se valent pas et n'appellent pas le même type de solutions."
Le guide invite encore à mettre davantage l'accent sur le comportement attendu : "Déposez les cartons pliés dans la borne papier" est plus opérant que "Ne laissez pas vos cartons au sol", observe-t-il. Et d'insister plus largement sur la nécessité de "faire prendre conscience aux habitants que l'objectif n'est plus tant de se débarrasser d'un déchet que d'essayer de lui apporter une deuxième vie".