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Islamisme, communautarisme, séparatisme : ces mairies sous pression

Se refusant à légiférer, l’exécutif s’apprête à dévoiler une "stratégie de lutte contre le séparatisme dans la République", à l’approche des élections municipales. Le sujet est directement pris en main par l’Elysée dans la continuité de directives qui ont déjà été données aux préfets fin novembre pour resserrer les contrôles sur les structures noyautées par les islamistes. Avec déjà deux propositions de loi déposées sur le sujet du communautarisme, et une commission d’enquête, le Sénat n’est pas en reste.

"Séparatisme." Le mot a été prononcé à plusieurs reprises par le président de la République au cours des derniers mois. Et c’est bien une "stratégie de lutte contre le séparatisme dans la République", et non plus seulement contre le "repli communautaire", qu’Emmanuel Macron devrait lui-même présenter avant les élections municipales, comme l’a confirmé sa porte-parole ce dimanche 9 février. En ligne de mire : l'islamisme et le communautarisme qui gangrènent de nombreux quartiers et font courir un risque de rupture ouverte avec le pays.

En 2016, l’ancien ministre de la Ville Patrick Kanner indiquait déjà qu’une centaine de quartiers en France présentaient "des similitudes potentielles avec ce qui s'est passé à Molenbeek", la ville de la banlieue bruxelloise connue pour être un fief djihadiste… Ce qui lui avait valu quelques quolibets. Mais selon une cartographie de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) classée "secret défense", récemment divulguée par le Journal du dimanche, 150 quartiers en France seraient sous l’emprise de l’islam radical (sur 1.500 quartiers de la politique de la ville). On y trouve les banlieues de Paris, Lyon et Marseille, des cités du Nord comme Maubeuge, Denain ou Roubaix, mais aussi des villes de Haute-Savoie (Annemasse), de l’Ain (Bourg-en-Bresse, Oyonnax), de l'Isère (Bourgoin-Jallieu), voire même des communes du rural profond avec l’essor de petites communautés. On a parfois ainsi des poches, comme Artigat, au beau milieu de l’Ariège, qui abrite une filière salafiste bien connue fréquentée en son temps par Mohamed Merah.

"Il ne s’agit pas de proclamer l’interdiction pour régler le problème (du communautarisme, ndlr). Ce qui compte c’est de faire tomber les masques de ceux qui combattent la devise inscrite sur les frontons des mairies qu’ils convoitent." En quelques mots prononcés lors du dernier congrès des maires, le 19 novembre, le chef de l’Etat avait opposé une fin de non-recevoir à l’initiative de Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, de légiférer pour "interdire les listes communautaristes" lors des élections. Le président soulignait que "dans certaines communes, dans certains quartiers, progresse depuis quelques années un projet de séparation d'avec la République", évoquant "les revendications sur les horaires réservés aux femmes dans les piscines", les "pressions exercées dans certains services publics", "les déscolarisations d'enfants"... Depuis, l’Elysée a érigé "la lutte contre le repli communautaire et l’islamisation" au rang de "grands enjeux pour 2020". Mais l’exécutif préfère s’appuyer sur le droit existant que faire voter une nouvelle loi.

Un nouveau pôle au sein du CIPDR

La stratégie annoncée s’appuiera sur un précédent dispositif mis en place depuis 2018 dans 15 quartiers prioritaires dont le chef de l’Etat a dressé un premier bilan devant les maires. En réalité, des jalons ont déjà été posés lors d’un grand séminaire sur "la lutte contre l’islamisme et le communautarisme" organisé place Beauvau le 28 novembre. A cette occasion, le ministre de l’Intérieur a adressé aux 125 préfets présents une circulaire leur demandant de placer la lutte contre le communautarisme et le repli communautaire au cœur de leur action et d’accentuer les contrôles susceptibles d’aboutir à des fermetures administratives (les procureurs ont reçu des instructions du même ordre). Conséquence de ces nouvelles orientations, le Secrétariat général du comité interministériel et de prévention de la délinquance (SG-CIPDR), maître d’œuvre de cette politique, se dotera prochainement d’un nouveau pôle consacré au "communautarisme et au repli communautaire", après avoir déjà vu son champ élargi à la lutte contre la radicalisation en 2016, a-t-on eu confirmation. Il accueillera également un pôle consacré aux dérives sectaires, censé pallier la suppression de la Miviludes.

Cependant, le Sénat ne s’en laisse pas conter. Dans une course de vitesse avec l’exécutif à l’approche des élections, le président de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas (LR), a déposé une proposition de loi constitutionnelle, lundi 3 février, visant à "garantir la prééminence des lois de la République" face aux "revendications communautaristes" (voir encadré ci-dessous). Le texte cosigné par Bruno Retailleau et Hervé Marseille (chef de file des centristes) comporte deux articles. Le premier tend à compléter l'article 1er de la Constitution pour affirmer le principe selon lequel "nul individu ou nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour s'exonérer du respect de la règle commune". Le second précise que les partis et groupements politiques doivent respecter non seulement les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie, comme le prévoit déjà l'article 4 de la Constitution, mais également la "laïcité". Les sénateurs entendent ainsi empêcher tout financement public de partis communautaristes ou de leurs candidats. Mais le texte n’a pas vocation à s’appliquer aux prochaines élections (il faut un délai de six semaines entre le dépôt d’une loi constitutionnelle et son examen et, une fois adoptée, elle doit être ratifiée par référendum ou Congrès). Il s’agit sans doute de prendre de court l’exécutif et, surtout, de marquer les esprits face à un phénomène dont de nombreux signaux montrent qu’il gagne du terrain.

"Entrepreneurs religieux"

Depuis deux mois, la commission d’enquête sénatoriale "sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre" sonde les meilleurs connaisseurs du sujet. A commencer par Bernard Rougier (Les territoires conquis de l’islamisme, PUF, 2020), reçu le 12 novembre par le ministre de l’Intérieur, en même temps que Bruno Retailleau. "Au cours des trente dernières années l'islamisme a pris, très largement, le contrôle de l'islam de France. Les imams ne sont pas tous islamistes, mais une grande partie d'entre eux le sont", a ainsi alerté le chercheur devant les sénateurs. Pour son ouvrage, le directeur du Centre des études arabes et orientales de l’université Paris III Sorbonne-Nouvelle s’est appuyé sur un réseau d’étudiants - le plus souvent de confession musulmane et issus des quartiers - qui ont mené l’enquête dans plusieurs villes : Argenteuil, Aubervilliers, Sevran ou Tremblay-en-France… Il y explique que le fondamentalisme prend aujourd'hui quatre formes : les Frères musulmans (qui ont étendu leur influence en France depuis l’affaire du voile de 1989), originaires d’Egypte et appuyés notamment aujourd’hui par la Turquie, le salafisme (qui s’est répandu depuis Marseille, en particulier auprès des communautés maghrébines), le Tabligh (originaire de la péninsule indienne, il a son centre à Saint-Denis) et les djihadistes. Des "chapelles" en concurrence les unes avec les autres mais qui se retrouvent dans une même opposition à la société française. Quand ces variantes "travaillent" les quartiers depuis longtemps, il est très difficile de revenir en arrière.

Bernard Rougier souligne le rôle des "entrepreneurs religieux", ces prédicateurs qui sont engagés dans une véritable conquête territoriale. Qu’ils soient fréristes ou salafistes, leur objectif est de contrôler l’espace pour contrôler la population, avant de prendre le pouvoir. Le but est de mettre la main sur les lieux de culte (mosquées ou salles de prière), mais aussi sur tous les lieux collectifs jugés "stratégiques", à commencer par les salles de sport, ou les terrains de basket qui sont "un lieu majeur de diffusion". Pour le spécialiste de la radicalisation en milieu sportif Médéric Chapitaux, la discipline la plus radicalisée est la lutte, sous contrôle tchétchène. Les prédicateurs disposent en outre avec Google d’un allier de poids : les écrits fondamentalistes y sont les mieux référencés.

Peu à peu se met en place un "écosytème" englobant les champs cultuels, éducatifs, socio-culturels, parfois avec la complaisance des maires. Il devient alors très difficile d’échapper au contrôle collectif. "La pire des situations se produit quand l'écosystème islamique mord sur le système politique local", exprime Bernard Rougier, citant le cas de certaines villes dans lesquels il faudrait par exemple "passer par la mosquée pour trouver un logement social ou un emploi dans l'équipe municipale - c'est terrible !". Les violences à l’encontre des maires, dont il a beaucoup été question ces dernières semaines, proviennent souvent, selon lui, de promesses non tenues : "Une mouvance qui a apporté au maire les voix nécessaires à son élection fait valoir des demandes impossibles à satisfaire, ce qui provoque de la violence."

"Les listes communautaires sont extrêmement marginales. Il y a une liste qui a fait 40% dans un bureau de vote à Maubeuge où le taux de participation était de 20%, on en a fait un grand débat national", a cherché à minimiser Hakim El Karoui, membre de l’Association musulmane pour l’islam de France (Amif) - association sur laquelle Emmanuel Macron veut s’appuyer pour bâtir un "Islam de France". L’Union des démocrates musulmans français (UDMF), un parti qui se revendique "de l'anti-impérialisme, de l'antisionisme et de l'anticolonialisme", avait en effet obtenu 40% dans le quartier de l’Epinette en 2019, lors des élections européennes. Mais cette pénétration du milieu politique local montre aussi que les listes dites "communautaires" ne sont qu’un des aspects du problème. Souvent, un parti classique sert de paravent. Ainsi, lors des prochaines élections, des représentants d’associations musulmanes très marquées se trouveront ainsi en position éligible. Les villes où l’islam politique a des chances de faire une percée seront scrutées par la DGSI.

Bricolage

Rares sont les élus qui, comme François Pupponi (Les émirats de la République, Les Editions du Cerf), osent parler ouvertement de ce sujet. Sollicitée par Localtis, l’association Ville et Banlieue, qui était montée au créneau en 2016, n’a pu donner suite à notre demande. Mais Bernard Rougier, dont le livre consacre un chapitre entier à Aubervilliers, s’est attiré les foudres de Mériem Derkaoui, maire de la ville, qui, sur son blog, a répondu par un article acerbe intitulé : "Les territoires perdus de l’égalité". Elue en 2016 sur une liste communiste (suite à la démission de Pascal Beaudet), elle dit combattre le clientélisme "depuis toujours". "La rhétorique des territoires perdus est un écran de fumée (…) De manière analogue à certaines zones rurales, nous subissons quotidiennement la promesse non tenue d’égalité républicaine", dénonce-t-elle. Une vision que n’est pas loin de partager le spécialiste de l’islam Olivier Roy pour qui"il n'y a pas un acteur qui pense le séparatisme". "Le séparatisme n'est pas une volonté de fait. Le quartier se sépare parce que, j'insiste, l'État en est parti et qu'il y a des tensions entre des groupes qui n'ont pas grand-chose à voir, a-t-il fait valoir devant les sénateurs. Deux phénomènes sont parallèles et concomitants : la structuration du marché de la drogue dans certains quartiers et l'existence de mosquées salafistes."

Nombre d'élus ont le sentiment d’être livrés à eux-mêmes et de devoir recourir au "bricolage" permanent, comme l’explique Arnaud Lacheret, ancien chef de cabinet auprès du maire de Rillieux-la-Pape (une commune de la banlieue lyonnaise comptant une cinquantaine de nationalités) qui a témoigné de son expérience dans Les territoires gagnés de la République (Bord de l’eau, 2019). Souvent aux limites de la légalité, les maires se mettent en porte-à-faux. Par deux fois, la justice s’est opposée à la décision du maire de Chalon-sur-Saône de ne plus proposer de menus de substitution au porc à la cantine. La sénatrice LR Eustache-Brinio, rapporteure de la commission d’enquête, se demande si les moyens juridiques sont suffisants pour lutter contre l’islamisme, alors que "la moindre parole critique s'expose à des procédures judiciaires démentes" de la part du CCIF (collectif contre l’islamophobie en France). Elle est bien placée pour le savoir. Il y a dix ans, alors maire de Saint-Gratien (Val-d’Oise), elle avait engagé un bras de fer avec l’islam radical mais avait accumulé les condamnations du tribunal administratif qui lui avait notamment enjoint de louer une salle municipale à une association musulmane pour l’Aïd. Aujourd’hui, elle se plaint que l’Etat ne lui ait prêté l’oreille qu’à partir de 2015. Auteure d’une proposition de loi, votée par le Sénat en novembre, visant à interdire le port de signes religieux aux accompagnateurs de sorties scolaires, elle avait fait l’objet de menaces sur les réseaux sociaux et décidé de porter plainte.

D’où ce sentiment récurrent : l’Etat se défausse sur les maires, alors qu’il a perdu pied. Les préfets "ont l'illusion de contrôler quand ils souffrent d'une méconnaissance dramatique", estime même Bernard Rougier. "À cet égard, la destruction des Renseignements généraux a considérablement nui à la connaissance des tissus sur le territoire. La reconstruction est lente et pas encore accomplie", dit-il.

L’initiative du ministre de l’Intérieur d’organiser des assises territoriales de l’islam de France est aussi vivement critiquée. "Il faut comprendre que la plupart des militants qui ont assuré un véritable maillage du territoire sont les Frères musulmans. Ils sont présents dans quasiment chaque département. Vouloir, consciemment ou inconsciemment, en faire des interlocuteurs serait une faute stratégique car cela non seulement les légitimerait, mais ferait également croître leur influence", estime pour sa part l’écrivain Mohamed Sifaoui.

Au fil des auditions de la commission d’enquête du Sénat, un leitmotiv revient : la loi de 1905 est bien conçue, c’est surtout la loi de 1901 sur les associations qui mériterait d’être adaptée. Pour la journaliste Zineb El Razhoui, "l’islam en France est structuré sous forme associative". Il y a "urgence extrême : faire un grand nettoyage dans les subventions (…) C’est une responsabilité colossale que portent les élus, ce sont eux qui possèdent les leviers sur cette manne". Elle suggère d’appliquer le principe de "la reddition des comptes" aux élus (c’est-à-dire l’obligation de contrôler l’usage qui est fait des subventions). Il faut être "très vigilant" avec les associations, confirme le chercheur à l’Ecole normale supérieure Hugo Micheron. "Les frères Clain (à l’origine des attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan et à Saint-Denis) ont ainsi monté des dizaines d'associations loi de 1901. Les Frères musulmans font de même."

Jacqueline Eustache-Brinio suggère par exemple d’instaurer des commissions municipales d’évaluation de la radicalisation qui comprendraient l’ensemble des acteurs locaux, dont les clubs sportifs.

Suspicion entre Etat et collectivités

Entre clientélisme et "accommodements raisonnables" avec la laïcité, les relations entre l’Etat et les élus sont parfois empreintes de suspicion. Ce qui explique les réticences des préfets à communiquer aux maires les informations dont ils disposent. Depuis le début des attentats, c’est une revendication forte de l’Association des maires de France qui a trouvé écho dans une circulaire du 13 novembre 2018.  A ce jour, 153 chartes ont été signées impliquant 277 communes. "De toute façon, cet échange existait de façon un peu informelle avant la circulaire, certains maires préfèrent même travailler de cette façon", explique-t-on au CIPDR. Devant la commission Ciotti chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements qui ont conduit à l’attentat du 3 octobre 2019 (attentat de la préfecture de police de Paris), le maire de Gonesse (d’où était originaire l’auteur Mickaël Harpon), Jean-Pierre Blazy, a récemment dénoncé la "non-application" de la circulaire, et demandé une loi. "Jusqu’à l’affaire Harpon, je n’ai aucune indication sur la présence de personnes radicalisées sur la commune de Gonesse", a-t-il témoigné. Il s’est dit "sidéré" par la lecture d’un article du Canard enchaîné publié à la suite de l’attaque, indiquant que la salle de prière de Gonesse faisait l’objet d’une attention particulière de la DGSI et du renseignement territorial. "Je reste dans l’ignorance de la véracité des informations révélées."

Jusqu’ici, les pouvoirs publics se sont surtout attachés à la lutte contre la radicalisation, avec des effets pour le moins mitigés. Au ministère de l’Intérieur, on reconnaît une "porosité" entre communautarisme et radicalisation. "Si nous avons eu tant de départs vers l'État islamique, c'est que nous avons les quartiers les plus travaillés par le salafisme", insiste Bernard Rougier qui ne cache pas son "pessimisme". "Il y a de la part d'une partie de nos concitoyens musulmans une demande d'État et de République, contre les islamistes. Si nous n'y répondons pas, nous rompons le pacte républicain." Plus que jamais, préfets comme élus, attendent une stratégie claire.

Trois questions à Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat

Localtis - Vous êtes à l’origine de deux propositions de loi, l’une vise à interdire les listes communautaristes dans les élections, l’autre est une proposition de loi constitutionnelle visant "à garantir la prééminence des lois de la République" face aux revendications communautaristes. Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur ?

Bruno Retailleau - La proposition de loi constitutionnelle vient de loin, je l’avais proposée dans mon livre "Refondation", paru il y a un an et que j’ai écrit il y a dix-huit mois. Ce qui me paraît important dans cette initiative, c’est de poser des limites claires sur le communautarisme, l’islamisme conquérant qui cherchent à construire une contre-société française à visée sécessionniste. Lorsque la Constitution de 1958 a été rédigée, nous n’étions pas confrontés à ce type d’enjeux, notamment sur les aspects laïcité et loi de 1905. Le texte comprend deux éléments. L’article 1er rappelle que la laïcité en France repose sur deux définitions. La première, la plus connue, c’est celle qui s’impose à l’État : le principe de neutralité à l’égard des religions. L’autre définition s’adresse, elle, à chaque citoyen. C’est ce qu’il faut rappeler dans la Constitution. Si vous faites cela, vous réglez un certain nombre de problèmes, cela permet au principal de collège, aux municipalités, aux cantines, aux piscines, aux hôpitaux, de répondre à un certain nombre de revendications communautaristes. Il n’existe pas de droit à avoir un médecin femme, par exemple…
Le second article consiste à ajouter à l’article 4 de la Constitution le mot "laïcité". Aujourd’hui, les partis politiques doivent respecter deux principes : la démocratie et la souveraineté nationale. La souveraineté nationale s’entend aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Quand vous avec un mouvement, le parti Égalité et Justice, dans l’Est, qui est un prolongement de l’AKP (le parti du président turc Recep Tayyip Erdogan, ndlr), cela pose un problème. Et à l’intérieur, dès lors qu’une communauté veut imposer dans les espaces publics ses propres normes à visées ethniques et religieuses. Nous avons donc voulu ajouter comme troisième principe la laïcité pour que ce soit plus clair. Dans le même temps, cela permettrait de conforter notre première proposition de loi sur l’interdiction des listes communautaires.

S'agissant des listes communautaires, on vous rétorque que l’UDMF (Union des démocrates musulmans de France), par exemple, se compare aux partis démocrates-chrétiens et qu’elle se dit non-confessionnelle… Comment mettre en application votre proposition ?

La question n’est pas dans les mots – les termes égalité et justice ne posent pas de problème – mais dans le projet. Lorsqu’un parti ne respecte pas les principes que l'on vient d'évoquer, qu'il veut imposer une forme de sécessionnisme avec la République, qu'il entend privilégier une section du peuple à raison de considérations ethniques ou religieuses, il faut se donner les moyens d'intervenir. C’est exactement comme pour les mosquées, si elles posent problème, on les ferme.

Vous parlez de sécessionnisme, le président de la République de "séparatisme". On peut dire que vous vous retrouvez sur le constat. Qu’attendez-vous de la "stratégie de lutte contre le séparatisme" qu’il s’apprête à présenter ?

J’attends du courage, de sortir d’une ambiguïté, j’attends du président de la République qu’il dise ce qu’il entend par laïcité. Je pense par exemple que la nomination de Yassine Belattar (humoriste connu pour ses prises de position sur l'islamisme, ndlr) au conseil présidentiel des villes n’est pas un bon signal.

Propos recueillis par Michel Tendil / Localtis

Références : proposition de loi tendant à assurer le respect des valeurs de la République face aux menaces communautaristes ; proposition de loi constitutionnelle visant à garantir la prééminence des lois de la République.

 

 

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