Ivac 2025 : comment certains collèges en éducation prioritaire tirent leurs élèves vers le haut
En croisant résultats bruts et valeur ajoutée, les indicateurs de valeur ajoutée des collèges publiés vendredi 3 avril 2026 par la Depp livrent une lecture nuancée des performances de près de 7.000 établissements analysés. Si les écarts de réussite restent fortement corrélés au profil social des élèves, près d'1/3 des établissements surperforment au regard des attentes. Une étude des données met notamment en lumière le cas des collèges en éducation prioritaire, souvent en difficulté en résultats bruts mais nettement mieux positionnés en performance relative.
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La direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de l'Education nationale a publié vendredi 3 avril 2026, les indicateurs de valeur ajoutée des collèges, les Ivac. Mais avant de s'y pencher, constatons tout de même que l'analyse des résultats au diplôme national du brevet (DNB) confirme le poids déterminant du contexte social. Les collèges les plus favorisés concentrent l'essentiel des établissements situés dans le quart supérieur des taux de réussite et des notes. À l'inverse, les collèges relevant de l'éducation prioritaire apparaissent massivement en retrait. Dans les réseaux REP+, près de la totalité des établissements se situent dans le quart inférieur des notes au brevet, confirmant l'ampleur des écarts de niveau.
Ces résultats s'expliquent par la composition sociale des publics accueillis. Les collèges en éducation prioritaire concentrent une part très élevée d'élèves défavorisés, ce qui pèse directement sur les performances observées.
Valeur ajoutée : les collèges REP et REP+ en net redressement
Mais la lecture en valeur ajoutée modifie profondément ce diagnostic. Lorsqu'on compare les résultats observés à ceux attendus, les collèges en éducation prioritaire apparaissent nettement mieux positionnés.
Ainsi, parmi les collèges REP+, près de 60% se situent dans le quart supérieur de la valeur ajoutée, alors même qu'ils figurent quasi systématiquement parmi les plus faibles en résultats bruts. Ce basculement est l'un des enseignements majeurs des Ivac.
Plus largement, l'analyse montre que près d'un tiers des collèges initialement classés dans le bas des résultats remontent dans les niveaux élevés de performance relative. Et une part importante de ces établissements relève précisément de l'éducation prioritaire. Ce phénomène souligne leur capacité à faire progresser les élèves au-delà de ce que leur profil laissait attendre.
Les établissements "neutres" sont minoritaires confirmant une polarisation du système
Le croisement des valeurs ajoutées de la réussite au DNB et de la note à l'écrit permet de dégager cinq profils d'établissements. Les collèges "performants" représentent environ 25 à 30% des établissements. À l'opposé, les établissements "en difficulté" pèsent près d'un quart. Entre les deux, les profils intermédiaires sont significatifs : les "accompagnateurs" (environ 15%) se caractérisent par une forte capacité à conduire les élèves au brevet ; les collèges "exigeants" (près de 20%) affichent un niveau académique supérieur à l'attendu. Les établissements "neutres", autour de 10%, restent minoritaires, confirmant une polarisation du système.
Les collèges en éducation prioritaire sont particulièrement présents dans deux catégories : les établissements "en difficulté" mais aussi, de façon notable, parmi les "performants" et les profils à forte valeur ajoutée.
Les collèges présentent des profils plus tranchés que les lycées
Comparativement aux lycées (lire notre article du jour), les collèges présentent des profils plus tranchés. La part limitée d'établissements "neutres" (10%) traduit des écarts plus marqués entre situations de surperformance et de sous-performance.
Les collèges privés sous contrat performent en moyenne nettement mieux que les collèges publics sur la quasi-totalité des indicateurs Ivac : les notes écrites au DNB sont plus élevées, souvent supérieures à 12 ; les taux de réussite proches de 100% et les valeurs ajoutées (VA) sont positives dans une large proportion.
Mais cela s'explique par le fait que les collèges publics sont très hétérogènes : certains excellent au niveau des meilleurs du privé, mais beaucoup sont pénalisés par leur contexte social, notamment en REP/REP+. La supériorité apparente du privé est largement liée au profil social plus favorisé des élèves.
Au total, sur près de 7.000 collèges analysés, les Ivac confirment un double constat. Les performances scolaires restent fortement structurées par les inégalités sociales, et une part importante d'établissements – notamment en éducation prioritaire – parvient à atténuer ces effets.