Tourisme - La Vienne négocie un transfert de la gestion du Futuroscope à la Compagnie des Alpes
A l'occasion de l'examen de la décision modificative numéro 2, le 30 avril, le conseil général de la Vienne a adopté, à l'unanimité, une délibération donnant mandat à son président pour engager des négociations exclusives avec la Compagnie des Alpes (filiale de la Caisse des Dépôts), en vue d'ouvrir le capital du Futuroscope et d'en confier la gestion à cet opérateur. Créée en 1989 et cotée en Bourse depuis 1994, la Compagnie des Alpes est aujourd'hui le premier groupe mondial dans la gestion des domaines skiables (Tignes, Les Arcs, La Plagne, Les Menuires...). La société s'est diversifiée, depuis 2002, dans les parcs de loisirs. Elle gère notamment le Groupe Grévin & Cie (exploitant du musée homonyme), les parcs Wallibi, la Mer de sable ou encore le parc Astérix, accueillant au total environ 10 millions de visiteurs par an. La Compagnie des Alpes affiche un chiffre d'affaires consolidé de 576 millions d'euros en 2009.
D'après les précisions données par Claude Bertaud, président du conseil général, au quotidien Les Echos du 4 mai, ce projet se traduirait par la création d'une "nouvelle SEM faîtière". Celle-ci réunirait le département (aujourd'hui détenteur de 70,3% du capital du Futuroscope) et la Caisse des Dépôts (déjà actionnaire du parc à hauteur de 21,6%). Cette nouvelle SEM détiendrait plus de 50% d'une société d'exploitation, créée pour l'occasion. La Compagnie des Alpes détiendrait, pour sa part, 40% de cette dernière et aurait le pilotage opérationnel du parc. Les autres détenteurs actuels de parts de la SEM (Unibail-Rodamco et I Parks International) seraient invités à conserver leurs parts s'ils le souhaitent. Le département conserverait ainsi une minorité de blocage et disposerait de "droits de gouvernance particulier".
Aucune échéance n'est fixée, mais le département souhaite aboutir avant la fin de l'été. Lors de la discussion à l'assemblée départementale, Claude Bertaud a pris soin de préciser qu'il veillerait à "baliser les aspects juridiques d'un éventuel accord". Une prudence qui s'explique par les déboires rencontrés entre 2000 et 2002, lorsque le département avait confié l'exploitation du parc au Groupe Amaury (et que l'activité des parcs de loisirs se trouvait au plus bas). Le président du conseil général a également affirmé que les nouveaux statuts permettront d'éviter "une modification du concept du Futuroscope, qui ne doit pas devenir un parc d'attractions". Il se veut aussi très ferme sur les périodes d'ouverture du parc, qui conditionnent, pour une bonne part, le volume de l'emploi. Ces différents engagements doivent notamment rassurer les organisations syndicales du Futuroscope, qui est devenu l'un des principaux employeurs de la Vienne, avec 650 salariés dont 370 en contrats à durée indéterminée. Pour la Compagnie des Alpes, "le rapprochement envisagé permettrait [...] d'accroître l'expertise et la force de frappe du Futuroscope, comme celles du Groupe, notamment en matière de production de contenus et de capacité de commercialisation".
A la différence de l'expérience de 2000-2002, le projet avec la Compagnie des Alpes se situe à un moment très favorable pour le Futuroscope. Outre l'efficace politique de redressement et de diversification des attractions menée par la direction du parc, ce dernier bénéficie à plein de l'attrait actuel des parcs de loisirs, qui resteront parmi les principaux bénéficiaires de la crise économique (voire notre article ci-contre du 21 septembre 2009). Assez peu sensibles - contrairement à EuroDisney - au fort recul des arrivées de touristes internationaux, les parcs de loisirs bénéficient en revanche à plein du repli des touristes français sur l'Hexagone. Dans un communiqué du 3 mai, publié très opportunément juste après l'annonce des négociations, le conseil général rappelle ainsi que "le Futuroscope a accueilli 558.000 visiteurs depuis son ouverture 2010, soit 100.000 de plus qu'en 2009". Cette croissance des entrées de 22% s'accompagne, sur la même période, d'une progression de 25% du chiffre d'affaires.
Jean-Noël Escudié / PCA