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Lucas Boncourt / EVS pour Localtis

Mobilité - Le "court voiturage" cherche sa voie

Transport mobilité durable

Infrastructures numériques, données

Lutter contre l’autosolisme dans les trajets quotidiens fait désormais figure de priorité pour les territoires. Les applications collaboratives de covoiturage courte distance facilitent grandement cette pratique mais l’appui des collectivités s’avère indispensable pour son développement. Dans le cadre de la future loi d'orientation des mobilités (LOM), le court voiturage pourrait également bénéficier d’un effet "gilets jaunes".

Si le covoiturage n’est pas nouveau, ces dernières années ont été marquées par de profondes évolutions. La multiplication des plateformes locales, souvent portées par des départements, n’a pas produit l’effet escompté, l’insuffisance des communautés de covoitureurs ne permettant pas un bon fonctionnement du système et elles sont aujourd’hui en pleine reconfiguration. Mais elles ont surtout été challengées par des acteurs privés – on compte une quinzaine de startups sur ce créneau du covoiturage courte et moyenne distance – avec des solutions souvent nationales maximisant les bénéfices des smartphones, de la géolocalisation et des algorithmes pour ajuster en temps réel l’offre et la demande. Pour autant le "court voiturage" ne décolle pas vraiment, même s’il a été boosté par les grèves du printemps dernier où le taux de covoiturage a été multiplié par 10 les jours de grève. Il faut dire qu’au-delà de l’application ou plateforme, le court voiturage a besoin d’infrastructures et d’un accompagnement pour un service qui implique des changements culturels. Il bute surtout sur le modèle économique : les passagers se révèlent peu disposés à payer pour un service utilisé essentiellement pour les trajets domicile-travail.

Infrastructures et données

L’intervention des collectivités, détaillée dans une étude du Cerema publiée l’automne dernier, prend des formes diverses. Tout d’abord, elles déploient des infrastructures avec la création d’aires de covoiturage et de pôles multimodaux pour fluidifier la prise en charge des passagers. La Gironde, le Grand Lyon, Rennes métropole testent également la création de voies ou de parking réservés, toute la difficulté étant de vérifier que les utilisateurs de ces infrastructures sont bien des covoitureurs. La mise à disposition de données en open data s’inscrit aussi dans cette logique : grâce aux données d’Ile de France mobilité (IDFM), l’application Karos propose par exemple un arbitrage covoiturage/ transports en commun et facilite l’interconnexion multimodale.

Subvention du covoiturage

Le subventionnement des covoitureurs à titre expérimental a été testé par IDFM et Orléans métropole en 2018. L’expérience menée par IDFM avec une dizaine de startup en 2018 – à hauteur d’environ 2 euros par trajet – a contribué à faire décoller le covoiturage, avec 360.000 trajets sur une période d’un an contre 3 fois moins auparavant. A Orléans, qui a travaillé avec Klaxit sur une opération similaire, le bilan est beaucoup plus mitigé, une grande partie des demandes de covoiturage n’ayant pas trouvé de véhicule. Dans l’Hérault, le conseil départemental a signé pour sa part en décembre une convention de trois ans avec la société coopérative Rezo pouce qui promeut un système de stop intelligent et sécurisé (lire notre article). Il s’appuie sur les communautés de communes, aidées financièrement par le département, pour promouvoir la plateforme. Le modèle du subventionnement "sec" apparaît cependant insuffisant : la mobilisation des entreprises – potentiellement également financeurs – s’avère essentielle pour atteindre une masse critique d’utilisateurs. Du reste, plusieurs startups vivent de la mise en œuvre de plans de mobilité en entreprise, l’application servant aussi bien aux besoins internes qu’aux trajets domicile-travail.

Lignes de transport virtuelles

Une troisième voie se dessine cependant, à la croisée des chemins entre covoiturage et transports en commun classiques. Les technologies dynamiques des startups renouvellent ainsi des services comme le transport à la demande (TAD). A Orléans, qui a travaillé avec Padam, une application de TAD dynamique testée avec succès en 2018 sera généralisée en 2019. Elle offre la possibilité de réserver un minibus jusqu’à 15 minutes avant le départ, faisant baisser drastiquement le délai d’attente pour les utilisateurs. Le service repose sur des lignes de transport virtuelles, également expérimentées par d’autres territoires. Blablalines opère ainsi sur les trajets Reims-Châlons-en-Champagne et Toulouse-Montauban. Ce service mise sur des axes structurants très fréquentés, des arrêts identifiés et évite les détours aux conducteurs. iDvroom est déployé pour sa part sur l’autoroute A43 pour les trajets Lyon-Bourgoin-Jallieu, avec une "ligne" de covoiturage dynamique jalonnée de huit points de rendez-vous. 

Un effet "gilets jaunes" ?

Ces lignes virtuelles à fort trafic sont susceptibles d’être intégrées aux DSP transport des collectivités afin de compléter l’offre locale de mobilité comme c’est du reste le cas pour le TAD dynamique d’Orléans métropole. La DSP n’est cependant pas un modèle exclusif et s’avère rarement adaptée aux zones peu denses. C’est la raison pour laquelle les acteurs du court-voiturage attendent beaucoup de la loi sur les mobilités, discutée en 2019, qui a fait de ces nouvelles formes de mobilité un sujet central. Avec potentiellement un effet "gilets jaunes" pour pousser les pouvoirs publics à y affecter des moyens financiers à la hauteur des enjeux de la "France périphérique".

Les recommandations du Cerema

  • Définir des stratégies de covoiturage régionales déclinées au niveau des départements et intercommunalités,
  • Créer des incitations au covoiturage qu’elles soient économiques ou pratiques (voies et stationnement réservés),
  • Permettre aux collectivités d’utiliser le versement transport ou le produit du forfait post-stationnement pour financer le covoiturage,
  • Développer l’open data dans le secteur du covoiturage pour mieux connaître les pratiques,
  • Capitaliser et diffuser les initiatives et expérimentations pour aider les acteurs de la mobilité à s’emparer de la question du covoiturage courte et moyenne distance.
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