Le gouvernement veut resserrer l’étau sur les dérives sectaires

Deux décrets parus au Journal officiel réorganisent l’architecture institutionnelle de la lutte contre les dérives sectaires. Le premier officialise la création de VigiRep, né de la transformation de l'ancien SG-CIPDR en véritable délégation interministérielle dont les compétences sont élargies aux dérives sectaires. Le second adapte les missions de la Miviludes aux "nouvelles formes" de dérives, en application de la loi du 10 mai 2014.

"Un nouvel élan dans l'action de l'État visant différents phénomènes de rupture avec l'ordre républicain." C’est ainsi qu’est présenté sur son site "VigiRep", nouvelle cheville ouvrière de la politique de prévention de la délinquance. Vingt ans après la création du Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR), un décret du 13 octobre 2026 officialise cette transformation, qui en fait une véritable délégation interministérielle dotée d’un périmètre élargi. La principale nouveauté réside en effet dans l’ajout explicite de la lutte contre les dérives sectaires dans ses attributions jusque-ici limitées à la prévention de la délinquance et, depuis 2016, à la lutte contre la radicalisation, dans le contexte des attentats commis en France. 

Le délégué interministériel se voit ainsi chargé "d'élaborer, coordonner et animer les politiques publiques de prévention de la délinquance, de la radicalisation, de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, en veillant à leur cohérence". Sur le site de VigiRep, on peut lire que ces trois politiques sont mises en œuvre "au plus près des territoires". Ainsi de la prévention de la délinquance dont les grandes orientations sont définies dans une stratégie nationale (la stratégie 2026-2030 ayant été présentée par la ministre Marie-Pierre Vedrenne à Brest le 24 avril 2026), elle-même déclinée au sein de plans locaux et départementaux, "en lien avec les maires et les responsables de l’animation des conseils locaux et/ou intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance". De même pour la prévention de la radicalisation, Vigirep "coordonne l’action des ministères et des acteurs territoriaux impliqués au sein des cellules de prévention de la radicalisation et d'accompagnement des familles (CPRAF)".

"Nouvelles formes" de dérives sectaires

Le décret vient préciser que le ministère de l’Intérieur assure "le soutien de la gestion administrative et budgétaire" de Vigirep et de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) "qui lui est rattachée". D’ailleurs, la création de VigiRep s’accompagne d’une réorganisation de la Miviludes, dont les missions sont actualisées par un second décret publié le même jour pour tenir compte de la loi du 10 mai 2024 sur les dérives sectaires (lire notre article). La mission est désormais chargée d’observer non seulement les mouvements sectaires classiques mais aussi "les nouvelles formes qu'ils peuvent prendre". Sans les définir, cette référence renvoie à la loi de 2024, avec la création d’un délit de provocation à l’abandon de soins, et aux récents travaux de la Miviludes. D’ailleurs celle-ci vient tout juste de publier un guide intitulé "Santé et dérives sectaires" qui pointe les "pseudo-thérapeutes". "La dérive thérapeutique devient sectaire lorsqu’elle essaie de faire adhérer la personne à une croyance ou un nouveau mode de pensée", peut-on y lire.

La Miviludes se voit d'ailleurs confier, avec le ministère de l'Éducation nationale et le Conseil supérieur des programmes, le soin d’intégrer dans les programmes scolaires "la sensibilisation des élèves aux dérives thérapeutiques et sectaires". Le décret mentionne explicitement la possibilité pour la Miviludes de travailler avec les associations d’aides aux victimes. Enfin, il permet à la Miviludes d’être informée, avec l’accord du maire, des travaux menés au sein de conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) sur les dérives sectaires.

Références : décret n° 2026-950 du 13 octobre 2026 portant création d'une délégation à la prévention de la délinquance, de la radicalisation, de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (VigiRep) ; décret n° 2026-949 du 13 octobre 2026 modifiant le décret n° 2002-1392 du 28 novembre 2002 instituant une mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, JO du 14 octobre 2026.
 

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