Le Parlement européen adopte ses recommandations pour enrayer la crise du logement dans l’UE
Si la feuille de route votée mardi 10 mars par le Parlement européen entend faciliter l’accès à des logements abordables et accélérer la rénovation énergétique, plusieurs organisations de lutte contre la précarité alertent déjà sur des garanties sociales jugées insuffisantes et sur le risque d’une criminalisation accrue des personnes sans domicile.
© Capture vidéo European Union, 2026, licensed under CC BY 4.0 /Borja Giménez Larraz et Irene Tinagli
Mardi 10 mars 2026, le Parlement européen a officiellement adopté, par 367 voix pour, 166 voix contre et 84 abstentions, ses recommandations pour faire face à la crise du logement qui frappe l'Union européenne. Ce vote vient clore les travaux de la commission spéciale dédiée, proposant une série de mesures pour garantir l'accès à un logement décent, durable et abordable face à la hausse continue des prix et aux pénuries de biens. "Une génération qui n’a pas les moyens de se payer une maison ne peut pas construire un avenir, a souligné Borja Giménez Larraz, rapporteur du texte. L'Europe manque de 10 millions de logements, les loyers augmentent de plus de 30% et les jeunes et les familles en paient le prix."
Ce manque d'accessibilité pèse directement sur le projet européen et son économie. Selon Irene Tinagli, présidente de la commission du logement, cette crise a "des conséquences profondes sur la qualité de vie des Européens, avec une incidence sur la santé des citoyens, la cohésion sociale et l’accès aux possibilités économiques".
Investissements, allègements fiscaux et simplification
Pour relancer l'offre, les eurodéputés misent d'abord sur des leviers financiers et fiscaux. Le rapport préconise la mise en place d'incitations fiscales pour soutenir les foyers à revenus faibles et moyens, ainsi que la suppression des frais d'enregistrement élevés qui freinent les primo-accédants. Le texte suggère également de "réaffecter les ressources inutilisées du plan pour la reprise et la résilience vers la construction et la rénovation de logements sociaux et coopératifs". En outre, les députés estiment nécessaire d'assouplir les règles en matière d'aides d'État afin de faciliter ces investissements publics.
L'autre levier majeur identifié par le Parlement est la réduction de la bureaucratie. Les élus réclament un allègement des formalités administratives, passant par la numérisation des procédures et l'instauration d'un délai strict de 60 jours pour l'octroi des permis de construire.
Rénovation énergétique et souveraineté industrielle
L'amélioration des conditions de vie passe également par un vaste plan de rénovation axé sur la performance énergétique et la lutte contre la précarité énergétique. Le Parlement exige que les nouveaux logements respectent des normes rigoureuses en matière d'isolation et de qualité de l'air.
Pour mener à bien ces chantiers, l'Union européenne devra renforcer sa souveraineté dans le secteur de la construction. Les députés proposent d'intégrer des critères d'origine Made in EU pour les matériaux des projets cofinancés par l'Europe, tout en facilitant la mobilité de la main-d'œuvre qualifiée et la reconnaissance des qualifications professionnelles au sein du marché unique.
Un équilibre délicat entre propriétaires, locataires et tourisme
Sur le plan réglementaire, le texte tente de ménager les intérêts de toutes les parties prenantes. D'un côté, il invite les États membres à renforcer les droits des locataires en empêchant les hausses de loyers jugées disproportionnées. De l'autre, le Parlement condamne fermement les occupations illégales (le squattage) et réclame des mesures plus strictes pour assurer la protection des propriétaires.
Enfin, face à la prolifération des locations de courte durée qui pèsent sur l'offre locale, les députés appellent à une législation capable de trouver un équilibre entre le développement touristique et la garantie d'un accès au logement pour les résidents.
Des garanties sociales jugées insuffisantes par le secteur associatif
L'adoption de cette feuille de route se heurte toutefois aux vives inquiétudes des acteurs de la lutte contre la précarité. Quelques jours avant le scrutin, le Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN) mettait en garde contre une approche jugée "encore trop centrée sur l’offre et les investisseurs". L'organisation craint en effet que la simplification des procédures et la mobilisation de financements privés n'alimentent des "modèles lucratifs", faute de "conditionnalités sociales claires" pour protéger durablement l'accès au logement des ménages les plus modestes. L'EAPN déplore également que le sans-abrisme, qui frappe au moins 1,2 million de personnes, reste l'"angle mort européen" du texte.
De son côté, la Fondation pour le logement, soutenue par la FEANTSA et de nombreuses autres associations, a vivement alerté sur le paragraphe 28 du rapport. Ce dernier préconise la mise en place de politiques coordonnées au niveau européen contre l'occupation illégale de logements, en suggérant notamment la collecte de données, le partage d'informations entre États membres et l'utilisation des outils d'Europol.
Pour les associations, ces demandes reviennent à exiger "le fichage des personnes concernées et risquent d'entraîner une hausse de la criminalisation des personnes sans domicile". Elles rappellent que l'occupation de bâtiments vides par des publics vulnérables (personnes issues de l'immigration, familles monoparentales, jeunes) relève souvent de "stratégies de survie" face à l'absence de solutions d'hébergement ou de logement dignes, et demandent des réponses sociales plutôt que des sanctions pénales. Enfin, ces organisations soulignent que la protection de la propriété est d'ores et déjà assurée par des législations nationales et que le droit pénal en la matière relève exclusivement des compétences des États membres, au titre du principe de subsidiarité.