Le Sénat s'étonne de la généralisation du Pass Culture avant le bilan de l'expérimentation

Auditionnée les 12 et 19 janvier 2021 par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, Roselyne Bachelot a confirmé la généralisation du Pass Culture dès cette année. Sans l'énoncer officiellement, elle a également clairement laissé entendre que le montant du Pass serait de 300 euros et non pas de 500 euros comme prévu initialement et pratiqué durant la phase expérimentale dans 14 départements (*). L'annonce de la généralisation n'est pas vraiment une surprise, dans la mesure où elle était déjà évoquée depuis plusieurs mois et que la loi de finances pour 2021 prévoit une enveloppe de 59 millions d'euros dédiée au déploiement du Pass Culture.
Dans un communiqué du 19 janvier, le groupe de travail du Sénat sur le Pass Culture "s'étonne de la décision de généralisation du dispositif avant toute évaluation préalable d'ampleur". Il estime en effet qu'"alors que la plupart des établissements culturels sont fermés au public, cette annonce apparaît avant tout motivée par la volonté de concrétiser, avant l'élection présidentielle de 2022, la promesse faite par Emmanuel Macron en mars 2017 alors qu'il était candidat à la présidence de la République". Lors de son audition, Roselyne Bachelot a cependant confirmé que cette généralisation reste conditionnée à la réouverture de l'ensemble des lieux culturels. Malgré ces assurances, les membres du groupe de travail "s'interrogent sur le coût de la campagne de communication commandée à l'agence Havas qui doit être prochainement lancée, dans un contexte où beaucoup d'acteurs de la culture font face à une crise économique sans précédent". Au-delà des considérations politiques et de l'approche de la présidentielle, Jean-Raymond Hugonet, le président du groupe de travail et sénateur (LR) de l'Essonne, juge qu'il serait également souhaitable de s'assurer au préalable que les mesures mises en place par la société du Pass Culture en Bretagne, afin de toucher les jeunes sortis du système scolaire et universitaire, produisent leurs effets.
Il est exact que l'expérimentation du Pass Culture, dont le projet a été lancé dès 2017, n'a toujours pas fait l'objet d'une évaluation officielle. Cela ne signifie cependant pas l'absence de tout bilan. En octobre dernier, la société du Pass Culture a en effet présenté un bilan assez fouillé de l'expérimentation en cours (voir notre article du 2 octobre 2020). C'est à partir de ses enseignements sur les consommations effectives des jeunes (150 euros en moyenne) qu'est d'ailleurs née l'idée de fixer le montant du Pass à 300 euros plutôt qu'à 500. De même, ce bilan a montré, sans grande surprise, que les utilisateurs sont à 91% des étudiants ou des lycéens et à seulement 6% des apprentis ou des jeunes actifs. A l'époque, Roselyne Bachelot s'était dite "la première à reconnaître qu'il a encore des défauts. La généralisation constitue une réponse, la seule possible pour améliorer certains aspects, en particulier la communication" (voir notre article du 9 décembre 2019).

(*) Ardennes, Bas-Rhin, Doubs, Guyane, Hérault, Nièvre, Saône-et-Loire, Vaucluse, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et les quatre départements de la région Bretagne (Côtes-d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan).
 

 

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