Les députés refusent de mettre un terme au remboursement des cures
La commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a rejeté une mesure visant à cesser le remboursement des cures thermales. Les députés veulent attendre la prochaine évaluation de la Haute Autorité de santé sur l'efficacité médicale des cures avant de trancher.
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Le remboursement des cures thermales est – provisoirement – sauvé. Jeudi 15 octobre 2026, la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, réunie pour l'examen du PLFSS (projet de loi de financement de la sécurité sociale) pour 2027, a rejeté un amendement visant à réduire drastiquement la prise en charge par l'Assurance maladie des soins relatifs aux cures thermales.
Véritable serpent de mer de la vie parlementaire ces dernières années, la question du déremboursement des cures thermales (actuellement prises en charge à 65%) avait de nouveau été soulevée le 8 octobre dernier par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, qui annonçait un transfert de la prise en charge vers les mutuelles complémentaires afin d'économiser 200 millions d'euros.
0,1% des dépenses de l'Assurance maladie
Cette annonce a immédiatement provoqué une levée de boucliers chez les élus. Le 11 septembre, Denis Fégné, président du groupe d'études "thermalisme" à l'Assemblée nationale, avait pris les devants en soulignant, d'une part que présenter le thermalisme comme un levier crédible de redressement des comptes sociaux relevait d'"une illusion budgétaire", puisqu'il ne représente que 0,1% des dépenses de l'Assurance maladie, d'autre part que "plusieurs travaux scientifiques et médico-économiques sont venus rappeler que les cures thermales améliorent significativement la qualité de vie des patients atteints de pathologies chroniques, notamment en rhumatologie, réduisent la consommation médicamenteuse et limitent le recours à certains soins plus coûteux".
Quant à l'association Régions de France, elle a réagi le 12 octobre en dénonçant "une annonce sans méthode du gouvernement, qui menace la santé des patients et nos territoires", alors que "les cures thermales ne sont ni un luxe ni un simple confort, mais une composante d'avenir du système de santé français et un outil de prévention reconnu", et en pointant l'absence d'obligation pour les mutuelles complémentaires de prendre en charge les soins thermaux en cas de déremboursement.
"Vous allez un peu vite, madame la députée"
Malgré cette large opposition, la députée du Maine-et-Loire Nicole Dubré-Chirat a déposé, comme elle l'avait déjà fait un an auparavant, un amendement au PLFSS visant à ne plus rembourser, à partir du 1er janvier 2027, les soins et prestations des établissements thermaux, à l'exception de ceux prescrits en complément d'un traitement médical pour les patients relevant d'une affection de longue durée (ALD), pour les pathologies graves ou invalidantes et pour les troubles du développement de l'enfant. Son argument : le coût du dispositif, qui s'élevait à 250 millions d'euros en 2023. "Eu égard au déficit de la sécurité sociale, cette mesure me semble indispensable", lançait-elle en commission, après avoir précisé qu'"aucune évaluation n'existe sauf celle des propres centres de cure thermale et aucune ne prouve les bienfaits réels [des cures]".
Ce dernier argument va alors se retourner contre elle. Car si aucune évaluation indépendante n'existe en effet, ce travail est en cours. Thibault Bazin, rapporteur général de la commission des affaires sociales, va lancer la première salve : "Vous allez un peu vite, madame la députée. Le gouvernement a annoncé que la HAS (Haute Autorité de santé) devait engager une revue de la littérature scientifique en 2026 puis rendre un avis plus complet sur le service médical rendu et l'intérêt de santé publique des cures thermales d'ici la fin 2027. Votre serviteur est l'interlocuteur et le référent auprès de la HAS, dont le président m'a confirmé qu'il y avait un travail en cours. Donc toute mesure qui irait dans un sens ou dans l'autre sur les cures thermales me semble prématurée."
"On évalue, et si c'est bénéfique, on rembourse"
Les prises de parole vont ensuite converger vers un point : il faut attendre les résultats de l'étude en cours. Pour Joëlle Mélin, "l'utilité [des cures thermales] se vérifie dans le cadre journalier de l'activité médicale, plus particulièrement la mienne, qui était médecin rééducateur. Au-delà de ça, la cure thermale se place tout à fait dans un contexte de prévention [...]. Et enfin, des bassins économiques entiers vont se trouver perturbés. Il faut véritablement réfléchir et attendre l'avis de la HAS." Danielle Simonnet a, elle, lancé qu'"on ne peut pas dans une même intervention regretter qu'il y ait des évaluations forcément intéressées si ce sont des évaluations des [établissements de] cures thermales et tout d'un coup décréter un déremboursement alors que la HAS et les ARS ont des études en cours. Ce qui doit dicter, ce n'est pas une logique comptable de casse des droits, c'est une logique médicale de santé publique. On évalue, et si c'est bénéfique, on rembourse, si le bénéfice n'est pas démontré, on ne rembourse pas." Enfin, Nicolas Turquois a conclu : "Je crois aux vertus d'un certain thermalisme, mais la meilleure façon de trancher, c'est l'évaluation objective par la HAS et je suis sûr qu'il y aura des différences d'efficacité, d'utilité d'une cure thermale à l'autre. C'est je pense la meilleure façon de clore ce débat."
L'amendement visant à dérembourser les cures thermales est finalement rejeté. Mais, on l'a bien compris, le débat est loin d'être clos. Rendez-vous est pris pour la fin 2027, après que la HAS aura rendu son évaluation.