Les intentions d'investissements atteignent leur plus bas niveau depuis 2019
Le nombre de projets d'investissements est en baisse de 18% en 2025, après un repli de 5% en 2024. Il atteint son plus bas niveau depuis 2019. Le baromètre annuel de l'attractivité des territoires du groupe Scet, filiale de la Caisse des Dépôts, et du cabinet Ancoris, publié le 10 mars 2026, insiste sur les principaux freins que sont le foncier mais aussi l'instabilité politique nationale. Les collectivités, elles, restent optimistes et sont vues comme les principaux acteurs sur lesquels les entrepreneurs peuvent s'appuyer.
© Scet – Ancoris et Adobe stock
Le nombre d'intentions d'investissements entre 2024 et 2025 en France est en baisse de 18% selon le baromètre annuel* du groupe Scet, filiale de la Caisse des Dépôts, et du cabinet Ancoris, spécialiste du conseil en développement territorial, publié le 10 mars 2026. Le volume de dossiers est passé de 1.595 en 2024 à 1.305 en 2025, soit le niveau le plus bas atteint depuis 2019, bien loin du record de 1.871 projets atteints en 2021. Cette baisse intervient après un premier repli de 5% en 2024 et se retrouve dans tous les secteurs, la logistique étant le secteur le plus touché (-26%). Suivent le secteur industriel (-10%) et les activités tertiaires (-8%). Et pour l'industrie, il y a un "risque d'un véritable décrochage structurel", d'après le baromètre, la tendance baissière ayant démarré en 2023. Les projets industriels sont de taille plus modeste en termes de créations d'emplois et de consommation foncière : la part des projets générant moins de cinq emplois progresse fortement pour atteindre 41% en 2025, contre 30% en 2024 et 27% en 2023. À l'inverse, les projets de taille intermédiaire (20 à 50 emplois) reculent nettement en 2025 (9% contre 16% en 2024).
Le foncier et l'instabilité politique comme principaux freins
Le principal frein reste le foncier (60%). "Cette pression pousse les collectivités à exercer une sélectivité accrue, notamment en écartant les projets trop consommateurs de foncier par rapport au nombre d'emplois générés", indique le document. Deuxième frein identifié : l'instabilité politique nationale (52%). Deux tiers des décideurs locaux considèrent ainsi que le contexte politique national influe fortement sur l'évolution de l'attractivité de leurs territoires.
Seul point positif : les collectivités territoriales restent optimistes. En 2025, huit décideurs locaux sur dix se déclarent ainsi encore optimistes ou très optimistes pour leur territoire. "Les élus locaux y croient encore, souligne Yannick Musseta, directeur du développement d’Ancoris. Ils ont à cœur de développer leur territoire." Et cela, malgré une pression budgétaire croissante, qui les oblige à des arbitrages sur leurs priorités. "En 2025, les budgets dédiés à l'attractivité économique des territoires ont majoritairement stagné et la pression budgétaire a conduit à recentrer les moyens financiers sur des leviers opérationnels directs", précise le document, comme la structuration de l'offre foncière et immobilière, la promotion et la communication territoriale et l'accompagnement des prospects et des entreprises.
Les élus, un véritable socle pour les entrepreneurs
Mais les élus sont "un socle sur lequel les entrepreneurs peuvent s'appuyer, insiste le directeur du développement d'Ancoris. À l'inverse, l'État, l'Union européenne sont vécus comme des freins." Les collectivités attendent d'ailleurs une simplification réelle et profonde du cadre réglementaire, des règles administratives et des financements de la part de l'État. "Paradoxalement, seulement 14% des collectivités attendent de l'État une amélioration du niveau et du système éducatif français alors que le niveau général d'éducation d'un pays est pourtant l'un des prérequis du développement économique et social de ses territoires", insiste le baromètre.
Un territoire sur deux souhaite une réforme de la décentralisation visant à renforcer le rôle des territoires dans la conduite des politiques d'attractivité et de développement économique. Avec des situations contrastées. "Certains territoires dépendent de métropoles bien armées en matière d'ingénierie, avec des écosystèmes importants mais souvent peu de foncier, et d'autres territoires, souvent plus ruraux, ont du foncier, des bâtiments mais ont moins de main d'œuvre et peu d'ingénierie, détaille Yannick Musseta. Il faudrait pouvoir rééquilibrer à certains endroits pour pousser les écosystèmes locaux à créer des emplois industriels. La formation joue aussi beaucoup."
Changer de paradigme
En matière de choix de projets d'implantation, les collectivités privilégient les filières souveraines et ancrées dans le territoire : l'industrie en premier lieu mais aussi l'agroalimentaire, le tourisme, la santé et les "health tech", l'énergie et la décarbonation. "25% des décideurs locaux déclarent pouvoir refuser un projet si la filière est jugée non prioritaire pour le développement du territoire, précise le baromètre, et 21% pourraient s'opposer à un projet lorsque l'activité est perçue comme concurrente des entreprises déjà implantées sur le territoire."
Plus globalement, les auteurs estiment qu'il faut changer de paradigme et passer d'une gestion du déclin à une véritable planification de la relance. "Il y a des nouvelles priorités chaque année, l'hydrogène, puis les datacenters… On manque de vision à long terme", déplore Yannick Musseta. Au cœur des enjeux également, la notion de souveraineté qui doit "devenir une stratégie offensive traduite en actes à toutes les échelles, des politiques d'achats publics à la structuration des filières, jusqu'aux négociations européennes et internationales", détaille l'étude.
À l'avenir, Ancoris ne prévoit pas tout de suite d'amélioration. "L'instabilité politique a vraiment joué, on va arriver à l'élection présidentielle et, avant, il y aura beaucoup d'attentisme. La situation internationale, notamment au Moyen-Orient, risque d'avoir des répercussions négatives sur le coût de l'énergie, précise Yannick Musseta qui s'attend encore à "un ou deux ans compliqués".
* Le baromètre se base sur 9.000 entretiens menés auprès de décideurs publics et privés complétés par une enquête réalisée auprès de 156 collectivités françaises.