Les régions demandent une nouvelle gouvernance des politiques du cinéma

Dans une "note politique" publiée en plein Festival de Cannes, Régions de France plaide pour une nouvelle gouvernance des politiques publiques du cinéma. Les régions revendiquent un rôle de "co-architecte", tant au niveau national que territorial.

Les régions françaises aiment le cinéma. Au point de vouloir figurer au générique, ou plutôt d'être reconnues comme "co-architectes des politiques publiques du cinéma", selon une "note politique" de Régions de France publiée le 20 mai à l'occasion de la tenue du Festival de Cannes. Intitulée "L'engagement des régions pour une politique publique du cinéma ancrée, partagée et ambitieuse", cette note présente les positions "structurantes" de l'association représentative des conseils régionaux.

Avant d'en venir à ces propositions, Régions de France pointe les défis "sans précédent" que le cinéma français doit relever. D'abord celui des "mutations technologiques" (prolifération des écrans individuels, montée en puissance des plateformes mondiales, etc.) qui "fragilisent durablement la fréquentation en salles et le modèle économique de la filière". Puis l'inévitable défi des financements publics. Régions de France pointe "les choix du gouvernement [qui] conduisent les collectivités à traverser une période budgétaire particulièrement contrainte" et réduisent la capacité des régions "à maintenir dans la durée leur niveau d'engagement en faveur du cinéma". Car si en 2024, elles ont soutenu à hauteur de 140 millions d'euros la production, l'éducation aux images, la modernisation du parc de salles, le patrimoine cinématographique et l'accompagnement des auteurs, cette aide "ne peut être tenue pour acquise", prévient la note.

Régions de France conditionne donc l'engagement des régions dans le cinéma à trois mesures : une architecture de financement national qui tienne, un État qui assume sa part, et un modèle de gouvernance partagée qui les reconnaisse comme co-architecte des politiques publiques.

Comité stratégique État-collectivités

C'est sur ce dernier point qu'insiste d'abord la note. Régions de France demande de réaffirmer la décentralisation "comme axe structurant des politiques publiques du cinéma et de l'audiovisuel". Dans le même ordre d'idées, l'association souhaite refonder la gouvernance publique des politiques du cinéma. Objectif : passer d'une logique de concertation ponctuelle et descendante à une coconstruction assumée, à toutes les échelles du territoire.

La proposition-phare vise à créer un comité stratégique État-collectivités réunissant le ministère de la Culture, le CNC (Centre national du cinéma) et les régions. Réuni avec une périodicité définie et autour d'un ordre du jour coconstruit, "cette instance permettrait de définir conjointement les orientations des politiques publiques du cinéma et de l'audiovisuel, d'aborder les critères d'accès aux dispositifs structurants, les enjeux européens, la régulation des nouvelles technologies, ainsi que les évolutions des métiers de la filière". Régions de France donne deux conditions à la réussite de cette nouvelle gouvernance : l'ensemble des régions devra y être associé indépendamment de leur niveau d'engagement financier, et l'accessibilité effective des collectivités ultramarines devra y être garantie.

Adapter les conventions aux réalités territoriales

Au niveau territorial, la note estime que "chaque région a vocation à organiser un dialogue coconstruit associant les services déconcentrés du ministère de la Culture, le CNC, les représentants des filières et les pôles d'éducation aux images". Elle demande en conséquence que chacune dispose d'une instance de gouvernance partagée dédiée au cinéma. 

Autres revendications portant sur la gouvernance : améliorer la transparence, la lisibilité et le suivi des conventions triennales État-CNC-régions, et autoriser explicitement les agences régionales à signer ces conventions en tant que parties prenantes. Toujours à propos des conventions, Régions de France demande une "flexibilité réelle" pour adapter les objectifs aux réalités territoriales différenciées, par exemple en introduisant des objectifs modulables selon les priorités des collectivités concernées sans que celles-ci ne soient pénalisées "par un cadre national trop uniforme".

Évaluer les politiques publiques du cinéma

Parmi les autres propositions, on retiendra la volonté de rééquilibrer l'offre de diffusion entre bassins urbains et zones sous-équipées, l'accès de tous les jeunes aux dispositifs d'éducation aux images, notamment grâce à "une stabilité budgétaire pluriannuelle", le soutien à la création en amont grâce à des aides renforcées à l'écriture et au développement, et une meilleure articulation entre dispositifs nationaux et régionaux de soutien aux auteurs. "Cette articulation, précise Régions de France, pourrait notamment permettre de mieux prendre en compte les aides régionales dans les parcours d'accès aux dispositifs nationaux, dont l'aide au parcours d'auteur." Enfin, l'association prône pour "un modèle ambitieux de collecte, de gestion et de valorisation de la donnée", notamment en vue d'évaluer les politiques publiques du cinéma et d'assurer la transparence sur les candidats et lauréats des aides nationales.

Cette prise de position de Régions de France intervient quelques jours après que quatorze régions sur dix-huit se sont engagées dans un partenariat renforcé avec l'État et le Centre national du cinéma (CNC) pour la période 2026-2029 (lire notre article du 12 mai).

 

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