Les régions mobilisées aux côtés des agriculteurs dans un salon sans bovins
Dans un contexte plus que tendu pour les agriculteurs, et dans un salon privé de bovins, les régions se sont montrées déterminées, lors d'un point presse organisé ce 25 février, à défendre les agriculteurs et à leur donner des perspectives. Un projet agricole national décliné dans les territoires, des projets de souveraineté alimentaire, le budget de la PAC… les chevaux de bataille sont nombreux.
© @Regionsdefrance / Carole Delga et Loïg Chesnais-Girard
Produire pour nourrir sainement, production maximale durable… les régions ne manquent pas d'idées pour tenter de défendre une voie ambitieuse en faveur de l'agriculture permettant de concilier les enjeux environnementaux avec ceux de la production et de la transformation. "En Occitanie, on parle de produire pour nourrir sainement, a expliqué Carole Delga, présidente de Régions de France et présidente de la région Occitanie durant une conférence de presse organisée ce 25 février 2026 dans le cadre du Salon de l'agriculture. Il ne s'agit pas de produire plus pour produire plus mais d'être dans un dispositif et de production et de transformation qui crée de la richesse sur le territoire." Pour Loïg Chesnais-Girard, président de la commission agriculture, alimentation, forêt, pêche de Régions de France et président de la région Bretagne, "la production maximale durable, c'est ce qu'on doit faire dans nos régions, au-dessus cela crée des problèmes environnementaux, en dessous, c'est une faute par rapport à l'autonomie alimentaire durable".
Présentes pour ce salon qui se déroule sans bovins, et qui est en conséquence en baisse de fréquentation, les régions entendent envoyer un message de mobilisation et d'avenir aux agriculteurs malgré un contexte difficile. "Les présidents de région souhaitent faire bénéficier la France d'un projet agricole pour que l'agriculture ait un sens et un cap et que notre pays retrouve une souveraineté alimentaire", a ainsi affirmé Carole Delga.
Des conférences de la souveraineté alimentaire pour réarmer la France
Prévues dans le cadre de la loi d'orientation agricole adoptée en mars 2025, des conférences de la souveraineté alimentaire, organisées autour de groupes de travail*, ont été lancées par le gouvernement en décembre 2025 pour réarmer la France face à la guerre agricole qui se prépare alors que l'excédent commercial alimentaire s'est réduit à 200 millions d'euros en 2025, plus bas historique - du jamais vu depuis au moins 25 ans. Les premières conclusions ont été présentées le 24 février par Annie Genevard lors du Salon de l'agriculture, avec des trajectoires de reconquête de la production et de la transformation alimentaire pour les dix ans à venir. Organisées à deux niveaux, national et régional, elles doivent permettre le lancement d'une stratégie française de souveraineté alimentaire. Les versions régionales seront lancées après le salon. Et sur ce plan, les régions se tiennent prêtes. "Chaque région a initié un projet de souveraineté alimentaire, a ainsi souligné la présidente de la région Occitanie. Nous avons élaboré des propositions, nous attendons les réponses de la ministre pour partager un projet agricole national." Pour Loïg Chesnais-Girard, "il y a des boucles vertueuses à créer entre les régions, il faut se demander ce qu'on peut produire par rapport à l'évolution du climat et comment en termes de stratégie on aménage le territoire".
Du "vrai argent" dédié pour la PAC
Autre dossier brûlant pour les régions : la politique agricole commune (PAC) qui est en cours de négociation pour la nouvelle programmation 2028-2034. "Le premier combat à mener est celui du budget, avec du 'vrai argent' dédié et pas issu d'un fonds de secours ou d'un fonds de cohésion, a insisté Loïg Chesnais-Girard. Il faut un vrai débat au niveau européen." Dans la proposition présentée par la Commission européenne en juillet 2025, la PAC ne dispose pas de fonds spécifiques. C'est une première depuis 1962 et cela représente un réel risque pour le soutien à l'agriculture : une part du fonds unique, qui rassemble les politiques en gestion partagée dont la PAC, est pré-allouée à l'agriculture, mais le reste (près d'un tiers) ne l'est pas et reste soumis à l'arbitrage des États membres chargés de définir leurs priorités. La structure de la PAC évolue aussi, la distinction entre le premier pilier, dédié au soutien direct des revenus des agriculteurs, et le second, dédié au développement rural et cofinancé par les États, étant supprimée.
Les régions se réjouissent toutefois des avancées réalisées pour tenir davantage compte du revenu des agriculteurs dans la distribution des aides, et pas seulement du nombre d'hectares** mais "il faut qu'on crante encore sur ce sujet, a indiqué Carole Delga, avec notamment la prise en compte des conséquences du changement climatique pour certains territoires comme la France, l'Espagne, l'Italie ou la Grèce".
Des chapitres régionaux dans les plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR)
En matière de PAC, les régions souhaitent aussi conserver ce qu'elles gèrent déjà depuis la précédente programmation, à savoir les aides à l'installation et à l'investissement. "Nous faisons mieux que lors de la précédente programmation, avec une consommation totale des crédits sans retour à Bruxelles", a précisé Loïg Chesnais-Girard. Elles souhaitent même aller plus loin et devenir aussi les acteurs de la transition, donc assumer les fonds européens qui devraient être dédiés à ce sujet.
Concernant les plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR) prévus dans la PAC, elles revendiquent la création de chapitres régionaux. "Ce serait une source de simplification", a assuré le président de la région Bretagne. "Nous partons d'un existant différent d'une région à l'autre du point de vue agricole, a pour sa part expliqué Carole Delga. Il est nécessaire d'avoir un projet national mais pour qu'il soit efficace il faut une déclinaison régionale adaptée à la réalité des territoires."
* Viandes blanches, fruits et légumes, grandes cultures, ruminants, vitiviniculture et cidriculture, productions végétales spécialisées et pêche et aquaculture.
** La Commission européenne propose de conserver une aide de base à l'hectare et d'introduire un mécanisme de dégressivité et une possible différenciation de l'aide en fonction du revenu.