Les touristes extra-européens, une "impasse", selon Réseau Action Climat

Un rapport du collectif Réseau Action Climat dénonce la montée en gamme du tourisme français qui encouragerait les visiteurs venus de loin au détriment des touristes français et européens et nuirait au climat ainsi qu'au cadre de vie des habitants.

La France accueille-t-elle trop de touristes extra-européens ? C'est cette question iconoclaste que pose le collectif Réseau Action Climat, qui regroupe vingt-sept associations, dans un rapport publié le 8 septembre. D'autant plus iconoclaste que Serge Papin, ministre du Tourisme, s'est récemment dit convaincu que la France, qui a accueilli 102 millions de visiteurs étrangers en 2025, conserverait sa place de première destination touristique mondiale. Si Réseau Action Climat en est venu à se poser cette question, c'est parce qu'il estime qu'en faisant venir des touristes parfois de très loin, la stratégie de la France est une "impasse" qui nuit au climat mais également au cadre de vie des habitants.

Montée en gamme de l'offre

D'entrée, le rapport pointe un paradoxe : si les résidents français sont, de loin, "le premier pilier de l'économie touristique française", représentant les deux tiers de la consommation touristique intérieure en 2023, la montée en gamme de l'offre touristique – caractérisée par la baisse du nombre de chambres d'hôtel 1 et 2 étoiles de 15% et par la hausse des 4 et 5 étoiles de 22% entre 2019 et 2025 – les conduit à partir à l'étranger ou à séjourner en France moins longtemps. Le nombre de nuitées touristiques des résidents en France a ainsi baissé de 13% entre 2018 et 2025 et les vols intérieurs ont chuté de 7 millions entre 2019 et 2025.

De leur côté, les vols internationaux portent la croissance du trafic aérien avec une hausse de 11 millions de passagers entre 2019 et 2025. Or, près de deux passagers sur trois qui prennent l'avion sont des touristes, et si les extra-européens représentent 3% des visiteurs en France, ils pèsent pour 20% des émissions de gaz à effet de serre du secteur touristique. Parallèlement, les aéroports français font partir plus de Français à l'étranger (62%) qu'ils ne font venir d'étrangers en France (38%). Autrement dit, la montée en gamme de l'offre intérieure pousse nos compatriotes vers le pourtour méditerranéen (Europe du sud, Maghreb) et ses offres bon marché. Et alors que la part du trafic aérien à bas coût est passé de 35% en 2019 à 45% en 2025, Réseau Action Climat tacle "le modèle de nombreux aéroports régionaux, subventionnés par les collectivités locales".

Concentration géographique et augmentation des loyers

Au-delà des émissions de gaz à effet de serre dues au trafic aérien, le collectif dénonce un "tourisme lointain" qui "ne bénéficie qu'à certains territoires, et contribue à augmenter les loyers". Tandis que les touristes européens, qui viennent principalement en voiture, se répartissent sur tout le territoire, 62% des nuitées des touristes venus des États-Unis se concentraient sur l'Île-de-France en 2024.

Réseau Action Climat résume : "L'essor du tourisme international, et en particulier le tourisme aérien qui est le plus concentré géographiquement, contribue donc à l'essor des locations courte durée, et à la pression sur le marché locatif traditionnel." Par ailleurs, alors que les hôteliers et les restaurateurs haut de gamme sont les premiers bénéficiaires de ce tourisme venu de loin, une part importante de la valeur ainsi créée ne revient pas au territoire, à l'image du port de Marseille, qui concentre 48% des croisiéristes en escale sur le territoire français, et dont le rapport dit qu'"il est plausible qu'une part importante de l'argent revienne directement à l'entreprise de croisière, qui aura internalisé certaines prestations (ex : visites de la ville) ou négocié des commissions avec une poignée de commerçants, et échappe ainsi au territoire".

Assumer le recentrage auprès des Européens

Rappelant qu'entre 2018 et 2022, la réorientation conjoncturelle due à la pandémie de Covid vers les clientèles européennes proches avait réduit de 16% les émissions tout en maintenant l'activité économique, Réseau Action Climat propose un "scénario alternatif". Il recommande "d'assumer le recentrage de la politique touristique de la France auprès des clientèles européennes, qui peuvent venir en train ou en voiture, et de la clientèle française". Il demande également de généraliser un nouvel indicateur : l'empreinte carbone par euro dépensé, en pointant qu'"un résident qui part en France émet dix fois moins qu'un touriste extra-européen [...] et cinq fois moins que s'il partait à l'étranger" et que "pour un euro dépensé, un touriste européen aura un impact sur le climat trois fois inférieur à un touriste extra-européen".

 

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