Logement social : 2,9 millions de demandeurs... et 8,6 milliards d'euros nécessaires pour affronter les canicules
Alors que 2,913 millions de ménages sont désormais en attente d’un logement, l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui se réunit bientôt en congrès à Bordeaux, alerte sur une crise qui gagne de nouveaux territoires. Face au blocage du secteur privé, ainsi qu'à l’intensification des canicules, les bailleurs sociaux entendent maintenir la production et adapter le parc existant, à condition de disposer des moyens financiers nécessaires. Le mouvement HLM entend aussi faire front contre les récupérations politiques de la crise du logement.
© Elena Jeudy-Ballini/ Emmanuelle Cosse
À l’approche de son congrès "Habiter 2032 - Pour un quinquennat utile", prévu du 22 au 24 septembre à Bordeaux, l'Union sociale pour l'habitat (USH) a dépeint ce 15 septembre devant la presse la réalité d'un secteur au bord de la surchauffe. Au 30 juin 2026, la barre des 2,9 millions de ménages en attente d'un logement social a en effet été franchie.
La tension s'accroît dans les zones traditionnellement sous pression, telles que l'Île-de-France et la Côte d'Azur, tout en s'étendant à des territoires autrefois plus préservés comme la Bourgogne-Franche-Comté, sous le double effet du blocage du secteur privé et des difficultés d'accès à la propriété. Dans cette tourmente, les bailleurs sociaux continuent d'amortir le choc en maintenant leurs volumes de construction et en rachetant massivement des programmes neufs en bloc aux promoteurs privés agonisants. "S'il n'y avait pas la part de logements sociaux achetés en bloc dans cette partie-là, il n'y aurait plus grand chose. Nous sommes un secteur qui arrive à se maintenir et à produire", a souligné Emmanuelle Cosse, la présidente de l'USH.
Un plan d'adaptation de 8,6 milliards d'euros face aux canicules
Face à la répétition des vagues de chaleur, l'USH a présenté un plan d'action dédié à l'habitabilité du parc existant lors des périodes de fortes températures. Les études menées par l'organisation évaluent à 8,6 milliards d'euros le besoin total d'investissement pour équiper l'ensemble du parc social métropolitain en occultants et en brasseurs d'air.
L'état des lieux technique indique que 56% des logements sociaux sont actuellement équipés de volets ou de stores, ce qui laisse 44% du parc à pourvoir. Concernant la ventilation, seuls 2,8% des logements disposent d'un brasseur d'air, ce qui implique d'en équiper 97%, afin de diminuer la température ressentie de 5 degrés dans une pièce.
L'USH préconise un déploiement prioritaire dans la zone 3 identifiée par le Centre scientifique et technique du bâtiment (lire notre article), qui englobe le sud de la France et les grandes métropoles confrontées aux îlots de chaleur urbains comme Paris, Lyon ou Toulouse. Ce volet prioritaire cible 1,45 million de logements classés A, B, C ou D situés dans ces territoires vulnérables, représentant une enveloppe financière d'urgence de 2,5 milliards d'euros. Pour financer ces interventions sans ralentir les rénovations thermiques des passoires E, F et G, l'USH propose un bonus à l'éco-prêt de 3.000 euros par logement attribué par la Caisse des Dépôts, assorti d'une subvention de 30% pour les zones les plus exposées.
Parallèlement, la direction de l'USH pointe du doigt les décalages du diagnostic de performance énergétique (DPE) lorsqu'il est employé comme outil unique de pilotage des politiques de réhabilitation. Les adaptations successives du mode de calcul du DPE entraînent des variations de classement théoriques sans modifier la réalité du confort thermique d'été. "En fait, ça ne marche pas. Il y a des patrimoines qui vont changer de lettres, qui vont passer de passoire à non-passoire, uniquement grâce à un calcul théorique sur la part d'énergie", a pointé Emmanuelle Cosse. "Ce que ça démontre surtout, c'est que le DPE n'est pas le meilleur outil de pilotage. Mais ça, on le sait depuis un moment."
Négociations budgétaires et PJL logement
Alors que le calendrier du projet de loi Relance Logement prévoit un passage devant l'Assemblée nationale en novembre, l'organisation insiste sur la nécessité absolue d'adopter l'article premier du texte, condition indispensable au lancement du troisième programme de rénovation urbaine. La présidente de l'USH a appelé les parlementaires à leurs responsabilités : "C'est l'article 1er qui nous permettra de lancer l'ensemble des études et des travaux pour notamment décider des quartiers retenus. Il est extrêmement important que nous arrivions à une conclusion positive sur cet article."
Afin de dégager des marges de manœuvre financières pour le plan d'adaptation climatique d'ici 2034, l'USH sollicite à nouveau une diminution progressive d'au moins 100 millions d'euros, voire la suppression définitive, de la réduction de loyer de solidarité (RLS), dont le montant annuel s'élève à environ 900 millions d'euros. Selon la présidente de l'organisation, la suppression de ce prélèvement permettrait d'autofinancer les investissements d'adaptation.
Enfin, l'USH a recadré les conclusions d'un rapport de l'Ancols évoquant un sous-investissement de nombreux bailleurs sociaux (lire notre article). L'organisation précise que ce résultat découle de l'utilisation d'une médiane statistique et qu'une analyse lissée sur trois ans ramène à 14 le nombre d'organismes en sous-investissement effectif, la plupart situés dans des zones détendues.
Ne pas "nourrir les lubies xénophobes de l’extrême droite"
Emmanuelle Cosse s'est par ailleurs vivement inscrite en faux contre les propositions formulées dimanche 13 septembre par Marine Le Pen relatives à la préférence nationale dans l'attribution des logements sociaux. Elle a mis en garde contre l'exploitation politique des difficultés d'accès au logement : "La crise du logement actuelle ne doit pas être utilisée pour nourrir les lubies xénophobes de l'extrême droite. Pour nous, la question que pose la crise du logement, c'est évidemment celle du pouvoir d'achat, de la capacité à vivre dignement dans notre pays, de faire société. Parce que quand on est mal logé ou quand beaucoup de ménages galèrent dans leur vie quotidienne, il est extrêmement difficile derrière d'avoir une société apaisée."
S'appuyant sur les statistiques sectorielles, l'USH rappelle qu'aucun privilège ne bénéficie aux ménages étrangers pour l'attribution des logements sociaux : "Contrairement à ce qu'elle dit [Marine Le Pen], les étrangers ne sont pas favorisés dans l'entrée au logement social. Leur accès est même inférieur par rapport aux ménages français !"
L'USH réaffirme que le traitement de la crise nécessite la maîtrise des coûts fonciers, l'encadrement des loyers privés et le maintien intégral de la loi SRU. La démarche politique de l'USH se poursuivra après le congrès, le 9 mars prochain, par l'audition de l'ensemble des candidats déclarés à l'élection présidentielle.